PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. 22o
faire un acte de résignation; ils n'ont fait qu'une bassesse Ués-nuisible, tant à la société qu'à leur propre corporation.
En effet , la réforme du commerce était , je l'ai démontré plus haut , une voie d'avènement à tous les progrès sociaux (142) ; et comme cette réforme, loin de contrecarrer l'autorité et la religion , servait toutes leurs vues , on ne conçoit pas pourquoi les philosophes, et à défaut les autres classes de savants, ont craint de porter la cognée sur cet arbre de vice. Le commerce est ie côté faible de la Civilisation, le point sur lequel il fallait attaquer: il est secrètement haï des gouvernants et des peuples ; en aucun pays la classe des nobles et des propriétaires ne voit de bon œil ces parvenus qui, arrivés en sabots, étalent bientôt une fortune à millions. L'honnête propriétaire ne conçoit rien à ces moyens d'enrichissement subit : quelque soin qu'il donne à la gestion de ses domaines , il parviendra difTicilement à ajouter quelques mille francs de rente à son revenu ; il est stupéfait des bénéflces de l'agioteur ; il voudrait exprimer son étonnement, ses soup- ■çons sur cette étrange industrie ; mais il est arrêté par la classe des Economistes , qui lance l'anathème sur quiconque oserait suspecter le commerce immense et l'immense commerce. Telles sont les phrases à la mode : on a tout dit quand on a débité ce pathos de balance , contrepoids, garantie f équilibre du commerce immense et de l'immense commerce, des amis du commerce, pour le bien du commerce.
Divers gouvernements ont entrevu le piège et ont tenté d'y échapper. On a vu, à Vienne, le ministre comte de Wallis essayer contre l'agiotage des mesures coërcitives, comme la fermeture de la Bourse : il a été obligé de céder le terrain , et vraiment il se trompait. Ce n'est point par
la force qu'on peut terrasser l'hydre mercantile : c'est un serpent qui entortille la Civilisation ; si elle veut regimber, elle sera serrée plus étroitement. Il n'était qu'un moyen de résistance aux pirateries commerciales ; c'était l'invention du procédé de négoce véridique ; invention d'autant plus précieuse, qu'elle aurait ajouté au revenu fiscal moitié en sus, tout en doublant le produit de l'industrie productive; car la 6^. société (Garantisme) donne déjà un produit double de celui de la Civilisation; et l'on entre en Garantisme du moment où on organise le commerce véridique opposé à la libre concurrence, qui n'est qu'une collusion de fraude et de complication.
L'on a manqué cette brillante invention , par excès de déférence pour les sophistes, à qui on aurait dû reprocher de flagorner bassement le commerce , au lieu de s'ingénier à en corriger les vices : mais comment s'imposeraienl-ils la tâche pénible de faire des inventions , tant qu'on les tiendra quittes pour des systèmes? Ils trouvent le mensonge établi et dominant en relations commerciales; ils publient des volumes en l'honneur du libre mensonge ou libre concurrence : qui est-ce qui a tort dans cette jonglerie? C'est le siècle qui se paye de pareilles sornettes, et qui préfère les systèmes aux inventions qu'il lui serait si facile d'obtenir (57).
Le mode actuel de commerce , le mode mensonger, s'est établi fortuitement ; il n'est pas ouvrage de l'art , mais impulsion brute et simple , tendance de l'individu vendeur à tromper autant que possible pour son intérêt.
Jamais méthode ne mérita mieux le titre de vice , et il est clair qu'il faudrait la contre-bahncer par quelque voie de garantie contre la fourberie individuelle : il faudrait y opposer l'intervention d'une agence garante de la vérité ,