CHAPITRE XLIX
Construction de la <1 phase civilisée et de son ainbisru en grarantisme.
C'est ici la section des délassements scientifiques : on y traitera, entr'autres sujets amusants, celui de la chute prochaine du colosse nommé commerce. Quiconque n'est pas banquier ou marchand, se réjouit à cette idée : comment s'y prendrait-on pour écraser cet hydre qui épouvante les rois et les oblige à fléchir ? Il est plaisant de penser qu'une petite opération qui ne coûtera qu'un décret, peut mettre les gouvernements en possession du commerce, de la banque et de bénéfices plus énormes que n'en savent faire ces deux vampires qui se consument en frais parasites. Cette réforme aurait lieu, lors même qu'on tarderait à organiser l'harmonie.
L'occupation pourrait s'effectuer de deux manières, l'une par méthode brusque et coorcitive, d'où naîtrait la -Ie phase de civilisation; l'autre par méthode concurrente et séduisante, d'où naitraient l'ambigu et la première phase de garantisme.
On va dire qu'il n'y a pas à hésiter sur l'alternative, et que la 2e méthode est bien préférable : cela n'importe. On préférera ce qu'on voudra; mais je suis obligé de décrire toutes les chances d'option, vicieuses ou non, et de commencer par le moindre progrès, celui de mode violenté, qui ne conduirait qu'en 4e phase do
civilisation ; ensuite j'indiquerai le mode concurrent, qui est ingénieux, facile et lucratif, et qui conduirait bien plus haut que la civilisation. Toutefois je dois faire connaître l'échelle des progrès possibles, des périodes et phases intermédiaires entre la civilisation et l'harmonie; c'est le sujet de cette XIII notice.
Venez, subtils athlètes des bourses de Paris, Londres et Amsterdam ; ce ne sont pas des éloges, mais des huées que vous allez recueuillir! Venez, Lilliputiens en pillage, financiers, gens d'affaires et grapilleurs de minuties, qui vous arrêtez à des millions, la où il y a des milliards à griveler. Votre talent se borne a dévorer le présent et l'avenir du revenu ; si vous étiez moins pygmées en brigandage, vousauriez su attaquer le fonds et non le revenu. Voilà, petites gens, ce que vous n'avez pas su faire : vous êtes dignes de votre siècle; vous êtes médiocres dans le crime, comme il l'est en génie politique; vous n'avez su qu'esearmnucher en rapine fiscale, sans oser concevoir le plan de bataille décisive, d'enlèvement du fond.
Les empires modernes succombent sous le poids des dettes publiques toujours croissantes : ils marchent tous à la banqueroute dont l'Lspagne donne le signal; il ne sera que trop fidèlement compris. 11 faut donc, lors même qu'on ignorerait le moyen de s'élever à l'harmonie sociétaire, découvrir des ressources nouvelles pour subvenir aux dépenses croissantes de la civilisation. Quelques sophistes disent : il faut monétiser le territoire ; mais il faut que le gouvernement le possède, au moins en partie, avant de le monétiser. On va voir que lorsqu'il en possédera seulement un tiers, il n'aura pas besoin de monétiser les deux aoti
Au fait : Je suppose un roi qui serait ennuyé de la stérilité des philosophes, et qui se dirait : voyons si avec le secours du sens commun je saurai atteindre aux divers biens d'où nous éloignent «ontroverses philosophiques, prévenir l'indigence, éteindre las dettes publiques, réprimer la banqueroute et l'a blir la vente dans le commerce a la place du mensonge I
Supposons que Ce POÎ, sans être doue de génie inventif, eût | lementune volonté forte comme le tigre Mahmoud, et qu'il se résolût à tentei d'abord celui des met'!. itives à défaut de vraie Bdence : on \a VOIT que ce parti d conduirait déjà au but.
- ion Ce plan, il opinerait a forcer les réunions économiques,
rasssembler toute ia classe pauvre, toutes les familles sans moyens, dans des fermes fiscales où on leur procurerait a peu de frais des occupations gaies et très-productives, aux jardins, auxétables, et à des fabriques variées à choix. On pourrait créer ces fermes en proportion de un dixième de la population rurale , car dans les campagnes, sur mille familles il y en a cent et plus qui n'ont pas de quoi subsister. On fonderait lesdites fermes en nombre de une par 400 familles, afin de pouvoir réunir dans chacune, au moins 40 familles, formant 200 personnes. C'est le nombre nécessaire pour atteindre 3 buts : subsistance bonne et économique travaux variés et lucratifs, gestion peu coûteuse.
On forcerait la classe indigente à s'incorporer à ces fermes fiscales. Il faut, comme on l'a vu lors des jantes larges, forcer le peuple civilisé à faire le bien, après quoi il remercie ceux qui l'ont contraint. D'ailleurs les fermes portées à 40 familles seraient des séjours agréables, sauf la variété des travaux et l'option pour les variantes en divers genres, aux jardins, aux étables, à la grande culture, aux fabriques.
On rendrait ces fermes lucratives, en s'emparant de la fonction la plus profitable, celle du commerce dont chaque ferme réunirait les divers détails, banque, prêt sur gage, commission, entrepôt, vente, achat; le gouvernement exerce au Mont-de-piété la plus ignoble de ces fonctions, pourquoi hésiterait-il à exercer les autres qu'on croit plus distinguées ?
J'ai dit (386 1 que les 2 germes à développer pour élever la civilisation en 4e phase, sont les Monts-de-piété et les maîtrises. J'ai indiqué l'emploi de l'un des deux, il reste à parler des maîtrises.
Il est ridicule et vexatoire de décider qu'il n'y aura que tant de gens exerçant telle profession, tel nombre de cordonniers, tel nombre de courtiers, tel nombre de bouchers, etc. : ce nombre doit varier selon les temps et les chances de travail. La maîtrise ne doit jamais être limitée en nombre, ni exclusive ; il faut seulement, par une patente croissante, en éliminer tout le superflu numérique et tous ceux qui ne présenteraient pas des ressources pour coopérer à la solidarité qui doit être le but du gouvernement. Elle doit s'appliquer aux classes passibles de banqueroute, aux marchands et fabricants : si telle patente est de 100 fr. en 4 829, il faut l'élever progressivement à 200 fr. en 1830, 300 en 4 831 , 400 en 1 832, etc. , et ainsi du cautionnement.
Mais ce sera expulser tous les plus pauvres que cette patente
430 SECTION Vil. — SYNTHESE GENERALE DU MOUVEMENT.
écraserait ! Tel en est le but : qu'ils retournent à la culture, où il y aura place dans les fermes fiscales dont ils deviendront actionnaire.-, et peut-être employés. S'ils n'ont point de capitaux, Us doivent quitter le commerce où ils tomberaient en banqueroute au moindre choc, à la moindre stagnation. S'ils ont des capitaux, ils continueront leur trafic, parce que la patente croissant élaguant le grand nombre, augmentera les ventes du petit nombre à qui cette amorce sera nécessaire pour l'amener a souscrire aux solidarités. Tant que le corps social confie à des marchanda 3 revenu annuel, son capital môme, il doit exiger d'eux uni rantie solidaire. Les Parisiens voulurent appliquer cette règle aux agents de change lors de la banqueroute Sa.muue. où ils furent étrillés ; mais le commerce e?t trop puissant pour se soumettre à des lois répressives ; c'est un valet qui tient le maître enchaîné.
Qu'on demande a présent les détails d'organisation de ces établissements de maîtrise solidaire et fermes fiscales", le mode d'admission et participation des actionnaires coïnlén ࣠- c le fisc, et toutes les minuties relatives à cette régie; je ne peux pas dans une section d'argument, descendre à ces particularités; je me borne à poser les bases de l'opération : elle roule, comme on le voit, sur deux germes qui ne sent pas d'imaginative: ce ne sont pas des ressorts de faiseurs de système, car il y a bien long-temps que nous les voyons en usage sans entrevoir les développements dont ils sont susceptibles. Observons a ce sujet que les gouvernai ments étant SOUS la grilfe du commerce, ils devraient tenter quelque moyen de résistance; le plus naturel est de s'en emparer par concurrence;
Archimerie disait : qu'en me donne un point d'appui i soulèccrai l'unirn-s. 11 en etl de même dans cette aiïaire : I un point d'appui et vous opérerez contre le commerce qui ne pourra pas tenir un instant , parce qu'il n'a ni unité d'action , ni concours de l'opinion qui déteste SOS fourberies. Le point d'appui pour le gouverne -omposcra de- fermes fiscales ou fermes
d'asile dans Lee rampagnes, et des maîtrises réduit i les
villes où on ies subordonnera par la solidarité et les cautionne-
ments croissante.
J'indiquerai plus loin le mode d'envahissement du comme;
Observons ioi qu'il y va de l'honneur das gouvernements; ils b**J sou:> la férule, n»us u> rouleau
Otage, une lamine Lh Lice îemer.si Bonaparte, eu fujsani
avorter la campagne de Russie par un délai qui donna des soupçons aux Turcs, et les détermina à signer la paix. Les agioteurs auraient contrecarré de même tout autre souverain.
D'autre part les monarques, pressés par les dettes et par l'imminence de banqueroute, doivent aviser à grossir leur revenu. On ne peut prendre que sur le commerce qui accumule tant de millions, tout en plaignant sa misère. La partie lucrative du commerce est l'usure : on remarquait en 1800, que les Juifs, dans les 4 départements Cis-Rhénans (Mayence, Trêves, Cologne, Coblence), avaient envahi en dix ans, par l'usure, un quart des propriétés. Il faut que le gouvernement s'empare de cette branche et des autres, par entremise des fermes fiscales. Il acquerra bientôt un tiers des propriétés, tout en ménageant les emprunteurs. Il aura donc en France un domaine de deux milliards de rente, dont un pour les actionnaires et agents, et un pour lui, indépendamment des impôts courants; il aura de plus une influence par 80,000 fonctionnaires à sa nomination dans les fermes fiscales; il perdra à la vérité quelques produits en patentes et autres genres, mais cette réduction sera plus que compensée par l'accroissement de l'agriculture , et par le retour de 500,000 agents mercantiles au travail productif. (Je ne parle ici que de la France.) Voilà des opérations grandioses à substituer aux pauvretés qu'on nomme plans de finances, dont on peut dire : beati pauperes spiritu, puisque les pauvres d'esprit, les gens dénués d'esprit inventif, gagnent des renommées et des sinécures à ces pitoyables conceptions nommées plans de finance , livrant l'état aux usuriers , au lieu de livrer l'usure à l'état.