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CHAPITRE L

Construction partielle de G période , Garantisme.

Obligé de franchir les détails, je transporterai le lecteur à l'époque où les Termes fiscales, fermes d'asile, auraient priscoin sistance, et commenceraient à opérer grandement sous la direction du ministre de l'intermédiaire; à l'époque où elles appre* cheraient de leur but, qui est de rendre le peuple heureux, lier d'être admis à la forme , aussi fier de cette nouvelle condition qu'il est confus aujourd'hui de son sort philosophique, de sa chau-

mière sans pain , de ses légions d'enfants à qui il est obligé de donner le fouet quand ils demandent du pain.

Qu'en coûterait-il à la ferme d'asile pour opérer cette métamorphose? Presque rien : quelques améliorations faciles, comme les salles d'éducation des petits enfant- sect III), les tentes, ou dais mobiles fournis aux "groupes de jardiniers, les avances en uniformes de travail bien remboursées sur le produit. Ces bagatelles, jointes à l'avantage de nourriture saine et copieuse, et de vie insouciante, suffiraient pour amener toute la classe gênée à détester ses petits ménages moraux, demander l'admission à la ferme, en lai vendant leurs lambeaux de champs.

Dès leur début, ces fermes extirperaient l'indigence dans les campagnes; aucun mandiant n'obtiendrait d'aumônes; chacun lui répondrait : « allez à la ferme d'asile où tout indigent trouve » bonne nourriture et travail varié à option. » Quant aux infirmes, la ferme s'en chargerait moyennant quelques centimes additionnels fournis par le canton d'environ 2 à 3,000 habitants.

Il ne resterait aucun risque de disette; la Emue aurait des approvisionnements en silos, en greniers; aucun gouvernement ne redouterait les famines; la restauration des climatures et des forêts serait assurée, en ce que la consommation de bois serait très-diminuéo et le vol de bois en même proportion ; quelques poêles remplaceraient les feux de 50 et de 1 00 pauvres familles prodigues du bois qu'elles volent dans les communaux, le vol étant l'occupation des paysans pauvres, des petits ménages si chers à la morale.

On aurait dans tout canton une grande affluence de volail!bestiaux, de bons légumes et bons fruits, par le jardin et la ferme d'asile : pour l'agrément de ses ouvriers, elle s'adonnerait au soin des jardins et étables, de préférence aux travaux de grande culture. Enfin on verrait naître en petit la plupart des biens que j'ai décrits dans l'abrégé de l'association.

Le plus remarquable des avantages Bénit la chute du commerce. Toutei ta fermes d'asile B6 concerteraient, par entremise du ministre et des préfets, pour se passer des négociants, faire leurs achat- et Ventes, directement les unes chei les autres : elles auraient abondance de denrées en vente, car elles tiendraient entrepôt pour les petits cultivateurs ou propriétaires qui n'ayant ni bons greniers ni bonnes caves . ni valets nombreux , déposeraient volontiers à la ferme, sauf modique rétribution pour les

frais de manutention et vente. D'ailleurs le propriétaire en versant à l'entrepôt, recevrait des avances à un prix modique , et serait dispensé par là des ventes prématurées qui avilissent les denrées.

Dès lors tous les amis du commerce , les légions de marchands se trouveraient dénués, comme des files d'araignées qui périssent dans leur toile, faute de moucherons, quand une fermeture exacte en interdit l'entrée. Cette chute de marchands serait effet de libre concurrence, car on ne les empêcherait pas de trafiquer; mais personne n'aurait confiance en eux, parce que les fermes d'asile et leurs agences provinciales, dont je ne peux pas décrire ici l'organisation, présenteraient des garanties suffisantes de vérité. Les vertueux amants du commerce n'auraient d'autre ressource que de sonner la retraite, en déplorant le bon temps du mensonge, les beaux jours de l'anarchie philosophique ou liberté mercantile sans concurrence; car la licence mercantile n'î» aucune concurrence, il n'existe de lutte qu'en fourberie : ce sonl toujours les plus fourbes qui réussissent le mieux.

La retraite des marchands amènerait la formation de l'entrepôt trinaire, ou triple agence opérant sousla direction du ministre. La concurrence est pleinement établie à 3 compétiteurs : chacun des 3 entrepôts aurait ses agences dans les diverses villes et dans les grands marchés , d'où elles correspondraient avec les fermes fiscales, dont chacune serait libre de consigner, soit à toi des 3 entrepôts, soit à chacun des 3, selon son choix.

Les capitaux disponibles se trouveraient tous entre les mains des fermes fiscales, car on n'en aurait plus fe placement chez les accapareurs, banquiers ou marchands qui n'existeraient plus. Les capitalistes n'auraient d'emploi qu'enterres, fabriques, entreprises judicieuses. Les 3 entrepôts n'auraient besoin d'autre capital que de la petite somme nécessaire aux frais de manutention.

Toutes les fabriques, ou du moins la très-majeure partie, abandonneraient les villes pour se disséminer dans les fermes fiscales, où l'ouvrier pouvant varier ses travaux, alterner entre les jardins, lesétables, les fabriques, etc., jouirait d'une existence aussi douce qu'elle est pénible dans les greniers des villes, où il fait du matin au soir, pendant 365 jours, le même ouvrage, au grand préjudice de sa santé.

Je ne parle pas de sa nourriture et du bien-être du peuple dans les fermes d'asile; on a vu dans le cours de cet abrégé, combien

434 SECriO.N VII. — SYNTHÈSE GÉNÉRALE DU MOUVEMENT.

les grands établissements sonl favorables à la bonne tenue du peuple, pourvu qu'on ne l«s organise pas à la maniera philosophique, sous la direction do prétendus économes dont personne ne peut inspecter les comptes ni tes tours de bâton. La comptabilité des fornus fisc ait visible a tout porteur d'un certain nombre d'actions, a tout représentant des p trieurs.

Redisons que la olasse pauvre se hâterait de se défaire d< ambeaux de terre, pour acheter des coupons d'actions à la ferme, s'\ enrôler, y mener une vie joyeuse, et abandonner son méi moral et sans pain. Il ne resterait d'exploitations séparées que celles des propriétaires ou fermiers aisés, qui paieraient cher les domestiques mieux disposés pour la ferme que pour eux. Elle joindrait à ces parcelle- de terrain beaucoup de domaines acquis des emprunteurs obérés; elle posséderait bien vite le tiers du ! toire et des établissements industriels, dont le produit estin. milliards en France, donnerait un revenu île deux milliards, élevé à trois : un au fisc, et deux aux actionnaires et coopérateurs.

Observons que la ferme serait lucrative-, en raison du charme qu'elle procurerait aux classes inférieures. A l'instar des phalanges d'harmonie, on donnerait au peuple une file réelle aux jours de fe>livité, repas plus délicats, danses, jeux, etc., au lieu des tortures et pénitences auxquelles on l'assujétit dans nos dépôts de mendicité : un pauvre y coûte 15 - - par jour à l'Etat (f oyez les comptes détaillés sur le dépôt de mendicité de Clermont en Auvergne, établi sous le règne de Bonaparte] ; il en rendrait au contraire 2") dans les fermes d'asile : on le stimulerait par les chances d'avancement en grade, esprit de propriété inhérent aux coupons d'action, insouciance de l'éducation dont se chargerai I la ferme; elle ie rapprocherait du régime sériaire et de l'attraction industrielle, dès que les enfouis seraient assez nombreux pour former les tribu- et les chœurs, au moins trois tribus aulini de cinq.

•le n'aborderai pas ici les détails relatifs a la garantie de vérité qui régnerai! dans les fermes d'asile, et d'où Résulterait l'envahissement du commerce en gros et en détail. Ce tyran des v\ des peuples n'est qu'un colosse au pied d'angHe, qui tombera coup férir quand on saura l'attaquer par \oio indirect-

l'on heurte le serpent de front, l'on sera atteint de sa morsure; il

faut lesaisiiq ai la queue, lui oter son point d'appui : o'esl ce qu'ont tgnnié le ministère autrichien [4<M) , et lotlfl ceux qui comme lui

•ont essayé la répression des menées mercantiles : tous ont commis double faute, laisser au commerce son point d'appui, et n'en donner aucun au gouvernement. Quand un siècle opèresi gauchement, faut-il s'étonner qu'il en vienne à dire avec Bonaparte , on ne connaît rien au commerce ! Dites plutôt que vous ne connaissez rien à la politique sociale.

Au moins devait-on apercevoir dans ce colosse nommé commerce, qui menace de tout envahir, les propriétés odieuses de fourberie et d'obscurantisme ! Si nos moralistes cherchaient sincèrement la vérité, ils auraient bien vu qu'elle n'est pas dans le commerce, vraie patrie de l'obscurantisme; car tout jeune homme qui laisse entrevoir du goût pour les sciences et les arts, est réprouvé dans les comptoirs des négociants et n'y obtiendra pas d'avancement. Le bon sens ne conseillait-il pas de suspecter ce vampire d'obscurantisme et de fourberie, qui peu à peu s'empare de toutes les richesses? N'était-il pas évident qu'à défaut de con ■ naître un procédé pour rivaliser le commerce, on aurait déjà essuyé moins de lésions sous un monopole général et préservatif? Comment l'administration et la philosophie, qui ont reconnu les dangers de la fourberie dans diverses professions, telles que médecine et pharmacie, jugent-elles bon de la favoriser dans le commerce et d'y encourager une pullulalion d'agens élevée au vingtuple du nécessaire? D'où vient tant d'impéritie chez les modernes, sinon de leur obstination à se confier aux sciences politiques et morales dont la tactique est d'encenser tous les vices dominants, pour se dispenser d'en chercher le remède?

On a vu, dans ces deux chapitres , la marche que suivrait l'industrie dans le cas de progrès réel et antérieur à la découverte des Séries passionnées: j'aurais pu distinguer dans cette marche bien des degrés dont le plus bas forme la 4e phase de civilisation, et ]$ plus élevé est la 2° phase de garantisme, 6e période sociale et initiative de bonheur dont nous allons parler.

Tirons de ce chapitre une conclusion sur le savoir-faire de nos écrivains politiques: ils veulent, disent-ils, pondérer hs pouvoirs, équilibrer le mécanisme social, et ils confient la direction du mouvement industriel à une caste mercantile qui, par le libre exercice de la fourberie, envahit toutes les richesses, maîtrise tous les ressorts de la circulation, et paralyse les gouvernements mêmes. Nos économistes n'opposent à ces cosaques industriels aucun contrepoids, aucune corporation opérant par la véiiLe. Deo

lors le mensonge doit triompher sans obstacle ; aussi l'arbre de fausseté grandit-il à vue d'œil; la banque, l'agiotage et le commerce accumulent de plus en plus le^ trésors, tandis que la pauvre agriculture végète sans moyens de fortune. Voilà l'œuvre de ces philosophes modernes dont les écrits ne retentissent que de balance, contrepoids, garantie, équilibre, et amour de Cauquste v('rité. N'est-ce pas le cas de dire, avec Beaumarchais, que les gens d'esprit sont bêtes ; ou bien que les badauds sont bêtes de se confier aux beaux esprits, et que les gouvernements sont aveugles de ne pas roir quils manquent d'un point d'appui pourrésis ter au commerce.

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