‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 147 sur 156 · THÉCLA, GALAOR · texte numérisé non relu

THÉCLA, GALAOR

THÉCLA, impatientée.

C'est fini!... Impossible d'en sortir!

(Elle s'assied à gauche.)

GALAOR, qui s'assure s'il est bien seul avec* Thécla, s'approche sans bruit près d'elle.

Plus aisément que vous ne croyez, princesse.

THÉCLA, se retournant.

Vous, monsieur le baron! Comment êtes-vous encore ici?

GALAOR

En ne suivant pas les autres.

THÉCLA

Et vous avez un moyen, dites-vous, de me venir en aide, et de briser mes chaînes?

GALAOR

Oh ! pour cela, rit3n de plus facile; voici une clef ouvrant cette porte qui conduisait autrefois des appartements de la grande-duchesse dans cet oratoire... cette clef est à vos ordres.

LA FRILEUSE

THÉGLA.

Bien! Cela me rassure.

GALAOR

Maintenant, venons au fait... Vous n'avez pas voulu dire à votre auguste tutrice le nom de votre mari, pour trois raisons.

THÉGLA, riant.

Pour quatre!

GALAOR

Pour quatre, je le veux bien. La première, qui me dis pensera des autres... c'est, princesse, ou je me trompe forl.,. que vous n'êtes pas mariée.

THÉGLA, vivement.

Moi?... Quand je l'ai déclaré !... y pensez-vous?

GALAOR

Soit ! Ne disputons pas sur ce chapitre. Irritée de votre refus, la grande-duchesse s'est tout à coup frappée d'une singuHère idée, qui, à coup sûr, ne me serait jamais venue.

THÉGLA.

Laquelle ?

GALAOR

Elle s'est imaginé, vu noire rencontre aux eaux de Bade, et surtout mon ancienne réputation de séduction et de conquête... qu'il n'était pas impossible... que je jouasse un rôle dans ce mariage secret... peut-être même... le principal...

THÉGLA.

Vous!... Vous vous en êtes défendu, je l'espère... Vous avez nié ?. ..

GALAOR

Certainement, et avec force... mais pas de manière peutêtre à la dissuader tout à fait...

COMKDIKS — DIÎAMKS

TflÉCLA.

Vous avez eu cette audace !... Et dans quelle intention, s'il vous plaît?

GALAOR

En zélé serviteur, et dans votre intérêt.

TJIÉCLA.

Voilà qui est fort !

GALAOR

La grande-duchesse a promis solennellement, devant le prince Max et devant mon ami le comte de Fallemberg, qui me l'a répété... que, du moment où elle connaîtrait le nom de votre mari, elle vous rendrait la liberté. Dites un mot, je me dévoue... je me nomme, et Ton me jette dans une prison d'État. Quant à vous, princesse, libre aujourd'hui, demain vous quittez la cour, et, une fois éloignée, vous me démentez en écrivant la vérité... vraie... s'il y en a une au monde 1

THÉCLA

Et vous avez pensé que la grande-duchesse vous croirait ?

GALAOR

D'autant plus facilement, qu'elle a déjà des soupçons.

THÉCLA

Et vous espérez... que moi... je consentirai?...

A un projet où Votre Altesse ne risquera rien. Elle part, me laissant exposé à tous les dangers de mon bonheur, et, plus tard, quand elle revient, ce qui ne peut tarder, mariée ou non, car, en te moment, je le répète, elle ne l'est pas, elle n'oubliera point, je l'espère, l'ami qui s'est dévoué à son sort, à sa fortune!... Je cours donc braver la forteresse, la prison, je cours me déclarer...

THÉCLA

Eh! non, monsieur !... ehl non! (a part.) 11 ne manque-

LA FRILEUSE

rait plus que cela, au moment surtout où le prince Max en déclare un autre à la grande- duchesse ; impossible, après cela, de se reconnaître dans mes maris. (Rumeur qai va en

s' augmentant au dehors.) Entondez-VOUS CO bruit?

GALAOR

Oui, vraiment !

THÉCLA

Partez, monsieur, partez, de grâce !

GALAOR

J'obéis... mais vous réfléchirez, princesse... Je suis toujours à vos ordres !

(il ouvre la porte à droite avec la clef qu'il a montrée à la princesse et disparaît. — Coup de feu au dehors. — Thécla pousse un cri et tombe sur un fauteuil.)

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