‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 148 sur 156 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

THÉCLA, CONRAD, entrant par la fenêtre, CONRAD, étendant la main et regardant derrière lui.

Qui que vous soyez, ne craignez rien, madame.

THÉCLA, avec émotion.

Non... je n'ai plus peur !... Yous n'êtes pas blessé?

CONRAD, se retournant et reconnaissant Thécla. Il dosrend en scène.

Qu'ai-je vu?... Vous, que je cherchais depuis hier!... 0 bienheureux voyage !

TIIÉCLA.

Une route si périlleuse !

CONRAD

C'est ce qui m'a sauvé !... Le toit à pic a effrayé mes gardiens, qui n'ont osé s'aventurer à ma poursuite... Ils ont tiré de loin et au hasard ; mais la neige rend le chemin si gUssant... que, lorsque j'ai vu cette fenêtre s'ouvrir, j'allais m'élancer...

THÉCLA

Et si la tête vous avait tourné? ,

CONRAD, la regardant.

Maintenant... maintenant seulement, de surprise^ d'ivresse et de joie !

THÉCLA, écoutant.

Taisez- vous ! (Elle remonte à la fenêtre.) TaisCZ-VOUS, j'cntcnds marcher. (Elle ferme la fenêtre et redescend près de Conrad.) Si OU

VOUS apercevait ?...

CONRAD, lui prenant la main.

Que vous êtes bonne !

THÉCLA

Mais vos mains sont glacées !

CONRAD

C'est vrai... je n'y pensais plus... Il neige... il fait froid...

THÉCLA

Ah!

(Elle va vivement à la cheminée.) CONRAD.

Surtout dans les régions élevées !

LA FRILEUSE

THÉCLA, s'asseyant à gauche de la cheminée.

Approchez-vous du feu... chauffez-vous... asseyez-vous! Ah ! mon Dieu ! ce feu presque éteint !

(Elle prend un soufflet et cherche à ranimer le feu.) CONRAD, allant à elle.

Non, non, je ne souffrirai pas...

(il s'assied à droite.)

THÉCLA

Et pourquoi donc?... Je vous rends FhospitaKté que vous m'avez donnée.

CONRAD

Oui, c'est vrai... nous avons changé de rôle... C'était moi, l'autre soir, qui vous recevais sous une tente. (Regardant autour de lui.) On est mieux ici... Et puis, une autre différence encore : vous vous êtes empressée traîtreusement de me fuir... tandis que moi... vous ne me ferez pas le même reproche, je ne demande qu'à rester.

THÉCLA

En vérité !

CONRAD, se chauffant.

Ah ! le bon feu!... Depuis que vous m'avez quitté, j'ai fait bien des rêves, bien des projets!... Je ne suis que lieutenant, il est vrai... mais, en se battant bien... en se distinguant à la guerre... vous m'avez dit, je crois, que vous étiez dame d'atours delà princesse Thécla; chacun vante sa bonté, et, si elle daignait me protéger et s'intéresser âmes vœux...

THECLA, baissant les yeux.

Ah! C'est que la princesse...

CONRAD, vivement.

Est-ce qu'elle ne voudrait pas?...

THÉCLA, de même.

Elle le voudrait peut-être, mais, en ce moment, elle est en disgrâce.

Page 1