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350 COMÉDIES — DRAMKS
CONRAD
Pauvre femme! (ii se lève et descend à droite.) EIi bien, je me passerai de tout le monde... et, si vous me permettez de vous consacrer mes jours... de vous aimer... de vous le dire... Ne vous fâchez pas... je ne vous demande pas de me répondre.
THÉCLA, se levant.
C'est déjà beaucoup de vous entendre... et, loin de vous plaindre, (Eiie passe à droite.) VOUS auricz peut-être quelques motifs de vous étonner de mon indulgence.
CONRAD, étonné.
Que dites-vous?
THÉCLA, l'interrompant.
Maintenant, monsieur... que vous êtes réchauffé... parlons raison. Gomment allez-vous sortir d'ici? Je ne veux pas vous renvoyer par delà les maisons... et, cependant, je ne peux pas vous garder ainsi toute la nuit,
CONRAD
Vous dites vrai, je porte malheur! Hier déjà, en vous cherchant, en voulant vous trouver dans ce palais, où il y a tant de portes et de fenêtres, j'ai compromis, sans le vouloir, une jeune fille bien bonne et bien charmante, que la grande-duchesse voulait absolument me faire épouser; voilà pourquoi je me suis enfui.
THÉCLA
On dit cependant mademoiselle Marguerite de Waldeck fort johe.
CONRAD, avec insouciance.
C'est possible, je n'ai pas regardé. Quand on cherche, quand on a une idée fixe... (s'animant.) et, cette idée, c'était de vous revoir, d'arriver près de vous...
THÉCLA
Taisez-vous, monsieur. Il ne s'agit pas d'arriver, mais, au contraire, de vous en aller... et, pour cela, quel parti prendre?
LA FRILEUSE
CONRAD, avec reproche.
Eh quoi I Ce n'est pas assez de repousser les vœux d'un pauvre jeune homme qui ne veut être que votre serviteur et votre esclave, qui ne demande rien qu'une occasion de se faire tuer pour vous... vous ne lui accordez même pas un mot... pas un regard... vous ne pensez qu'à son départ... vous ne cherchez qu'un moyen de l'éloigner ! 11 en est un bien simple, c'est de me livrer moi-même à mes ennemis, et j'y vais !
THÉCLA
Non, pas celui-là.
CONRAD, vivement.
Que voulez-vous donc? Qu'ordonnez-vous?
THÉCLA
Attendez... un instant!... (a elle-même.) Quelque extravagante que fût la proposition de Galaor... elle avait du bon, oui... l'aveu de mon prétendu mariage n'était pas si absurde, c'est le mari qui l'était. Si je... Oh !...
CONRAD
Ainsi, malgré mon amour... je ne peux rien obtenir de vous ; vous ne voulez pas mettre mon dévouement à l'épreuve?
THÉCLA
Si vraiment! Vous pourriez, si vous le vouHez, me rendre un service.
CONRAD, yivement.
Un service... moi!
THÉCLA
Un service... qui n'est pas sans danger
CONRAD
Tant mieux !
THÉCLA
Ce serait... (s'arrêtant. ) Cela vous paraîtra peut-être bien extraordinaire.
CONRAD
N'importe! Quoi que vous ordonniez et quoi qu'il puisse m'en coûter...
TIIECLA, baissant les yeux.
Ce serait... de consentir... pas pour longtemps... pour quelques jours... pour quelques heures peut-ôtre...
CONRAD
Achevez.
TIIÉCLA.
De consentir... à être mon mari.
CONRAD
0 ciel! A l'instant et toujours. (D'un air suppliant.) Mais vous êtes bien sûre, madame, que vou^ ne vous moquez pas de moi?
THÉCLA
Non, c'est très-sérieux! Ainsi, vous ne vous dédirez pas?
CONRAD
Moi, me dédire, grand Dieu!... C'est donc tout à fait un emploi de...
THÉCLA
D'amitié... de confiance. Quand iï y aura quelqu'un, vous serez mon mari.
CONRAD
Et quand nous serons seuls... comme en ce moment?...
THÉCLA, froidement.
Vous ne serez rien.
CONRAD, s'approchant d'elle en souriant.
Il ne serait pas possible de changer?... (Thécia le regarde sévèrement.) Pardou... j'obéis... je me soumets.
THÉCLA
A la bonne heure I
CONRAD, avec amour.
C'est déjà si doux, non d'obtenir, mais de rêver le bonheur, de le rêver tout éveillé!... Car, en vérité, je me croirais au milieu d'un songe, si ces beaux yeux, si ces traits charmants, si mon cœur qui bat quand je les regarde... n'étaient pas une réalité.
THÉCLA
Ah!... monsieur.
CONRAD, vivement.
Dans mon emploi de confiance, vous ne m'avez pas défendu de regarder... et, qui sait? laissez-moi le croire, mon obéissance et mon respect me mériteront peut-être un jour quelque récompense; il n'est pas défendu à un lieutenant de rêver de l'avancement.
THÉCLA
Silence !,.. On vient...
(La porte du fond s'ouvre.) CONRAD, cherchant une issue pour sortir.
Le prince Max, mon terrible général ! Je suis perdu !
THÉCLA
Non.
CONRAD
Je suis fusillé !
THÉCLA
Non, vous dis-je! Mais taisez-vous!
(lUle le fait asseoir à droite près de la table, et, en se mettant devant lui, le cache aux yeux du prince.)