‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 151 sur 156 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes; MARGUERITE.

MARGUERITE

Une grande nouvelle!... Je viens de la part de Son Altesse... (Apercevant Conrad.) Ah! qu'ai-je VU?

THÉCLA

Mon mari, que je te présente, ainsi qu'au prince.]

MARGUERITE, regardant tour à tour Max et Thécia,

Est-il possible!...

MAX, avec bonhomie.

Ohl Moi, je connaissais le mariage depuis ce matin.

Moi, depuis quinze jours.

CONRAD, à part.

Et moi, depuis dix minutes à peine.

THÉCLA

Mais que disais-tu donc de la grande-duchesse?

MARGUERITE

Elle m*a donné l'ordre de venir vous prendre dans cet oratoire et de vous conduire mystérieusement et sans être vue...

THÉCLA

Où cela ?

MARGUERITE

Dans mon appartement.

THÉCLA

Qu'est-ce que cela signifie ?

MARGUERITE

Je vous le demande.

MAX

Et moi, je vais vous l'apprendre... Quand j'ai fait part à la grande-duchesse de votre mariage à tous deux...

CONRAD, vivement.

Quoi! Mon prince, vous avez daigné, vous-même... lui annoncer...

MAX

Oui, je m'y intéresse autant que vous... Son Altesse m'a paru d'une incrédulité que vous ne concevez pas.

CONRAD

Si, vraiment... car, moi-même, j'y crois encore à peine !

LA FRILEUSE

THÉGLA.

Taisez-vous donc... et écoutez.

MAX

« On VOUS trompe, m'a répondu la grande-duchesse, il est un autre mari que celui-là. »

CONRAD, ayec colère.

Un autre ! Est-il possible !... Et qui donc ?...

THÉ CL A

Monsieur. . .

MAX

« Mais, aujourd'hui, je connaîtrai, à n'en plus douter, la vérité. Ce mari, quel qu'il soit, cherchera, cette nuit, à pénétrer dans la chambre de sa femme. )) (a Conrad.) Vous voyez que, jusqu'à présent, mon auguste tante ne s'est pas trompée. « Qui peut vous le faire croire? lui ai-je demandé. — Celui que je soupçonne, m'a-t-elle répondu, a cherché à séduire un de mes gens et a voulu lui acheter, à prix d'or, une clef de l'oratoire de la princesse ; je lui ai ordonné de la livrer... » (a Conrad.) Eh bien ! Voyons... est-ce vous?

CONRAD, naïvement.

Non... je suis entré par la fenêtre.

Je l'atteste !

MAX

Mon auguste tante s'est alors complètement abusée.

THÉCLA, à part.

Pas tant, peut-être.

MAX

Et, obstinée à la recherche d'une erreur ou d'un problème qui irrite sa curiosité, elle vous éloigne de cet appartement, qu'elle fera probablement occuper cette nuit par des agents sûrs... lesquels s'empareront du téméraire qui osera s'y présenter.

CONRAD

C'est évident.

THÉCLA

Et comme ce ne sera pas vous...

MARGUERITE

Vous n'avez rien à craindre...

CONRAD

Peut-être I

MAX

Vous avez raison... la grande-duchesse est toujours trèsmal disposée à votre égard, et, pour vous mettre tous les deux à l'abri de son ressentiment... j'ai imaginé un moyen qui me sert moi-même.

THÉCLA

Lequel ? ^

MAX, d'un air capable.

Mon idée de ce matin..', j'y reviens. Vous savez, mon idée... (a Thécia et à Conrad.) de VOUS faire partir lous Ics dcux cette nuii dans ma chaise de poste.

CONRAD

Excellente idée !

THÉCLA, vivement.

Du tout... mauvaise î

MAX

Et pourquoi cela ?

CONRAD, insistant.

Oui... pourquoi cela?

THÉCLA, troublée.

Parce que... parce que, dans les circonstances où nous sommes... je ne peux pas quitter Marguerite, 'tant que son sort ne sera pas décidé, et jamais votre auguste tante n'accordera son consentement ; bien plus, jamais vous n'oserez le lui demander... je le crains, du moins.

LA FRILEUSE

Et moi j'en suis certain ; aussi, j'ai résolu de m'en passer.

THÉCLA

Que dites-vous?

MAX

Que je ne fais qu'un seul changement à mon plan. Au lieu d'une chaise de poste, j'ai fait préparer une berline... nous partirons quatre.

MARGUERITE, avec joie.

0 ciel !

CONRAD

Quel bonheur I

THÉCLA

C'est une amélioration.., mais...

MAX, à Conrad.

Moi et Marguerite... vous et la princesse.

CONRAD

Qui, la princesse ?

MAX

Votre femme !

CONRAD

Que dites-vous?... elle !... Princesse !

MARGUERITE

Eh oui!... la princesse Thécla.

Ah ! Malheureux que je suis!

MAX, allant à Conrad.

Eh quoi ! Ne le saviez-vous pas ?

CONRAD, avec désespoir.

Eh ! non, non. Qui me l'aurait dit? Dame d'atours, passe encore ! Je pouvais espérer qu'un jour... mais princesse 1...

C'est fait de moi... Adieu mon bonheur I... Adieu toutes mes espérances I

(Lq nuit commence à venir.) MARGUERITE, bas à Thécla.

Si celui-là ne vous aime pas pour vous-même!...

TIIÉCLA, à part.

Pauvre garçon! (Haut.) Calmez-vous, la découverte de mon rang et de mon nom ne change rien à la situation.

MAX, avec bonhomie à Conrad.

Eh! oui... Je concevrais vos craintes si vous n'étiez pas mariés... mais vous l'êtes.

MARGUERITE

Mais oui, monsieur.

TKÉCLA.

Eh ! oui, monsieur.

CONRAD, d'un air de doute.

Vous croyez?... (Regardant Thécla.) Et... si, d'UH lustaut à

l'autre, on casse ce mariage !...

MAX

Un mariage comme le mien, en perspective, c'est possible; mais un mariage aussi complet que le vôtre !

CONRAD, secouant la tête.

C'est la même chose !

MAX

Passe pour la prison, pour quelque forteresse où l'on nous enfermerait tous les quatre... séparément...

TOUS

0 ciel!

MAX

Si la grande-duchesse avait seulement le moindre soupçon de notre fuite, mais elle ne saura rien qu'après notre départ,

THÉCLA

Auquel... je n'ai pas encore consenti.

Écoutez... Oui, la ])er]ino nous ailcn i.

THÉCLA

Mais je vous répète, mon prince...

MAX, à Thécla.

Comment ! C'est moi qui suis brave... et c'est vous qui trem}3lez ! N'importe! le sort en est jeté... et, comme on ne sait pas ce qui peut arriver... Marguerite, votre main, (ii la

presse contre son cœur. — A Conrad.) VoUS, mOn cllCr, embrassez

votre femme... et partons î

THÉCLA, voulant le repousser.

Monsieur !... Monsieur î...

CONRAD, à demi-voix.

Vous savez nos conditions.. . il y a du monde... je suis votre mari !

(îl l'embrasse.)

MAX, à voix Lasse.

Silence ! (Montrant la porte à droite.) J'ai cru entendre de ce côté le bruit d'une clef dans la serrure.

CONRAD

La grande-duchesse, peut-être?...

MAX

Partez ! (Les deux femmes s'élancent par la porte du fond. Conrad

les suit. Max ou milieu du thé.'iiro.) Je ne sais pas si c'cst la pcur que j'en ai... mais j'ai cru reconnaître les pas de ma tante !...

i^Il sort également par la porte du fond. Obscurité complète sur le théi^tre.)

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