IX
COMKDIKS DItAMF.S
DALIBON, avec joie.
En v('rité !
Mais j'appris de sa tante qu'elle était riche... et moi je n'avais rien alors... pas un sou vaillant... Je ne vivais que des bienfaits de mon oncle... je n'avais rien à offrir à ma femme... Aujourd'hui, il m'est permis d'aspirer à la main de mademoiselle Jeanne. Je ne vous connaissais pas, monsieur ; mais madame Dahbon, votre femme, avait été bien jeune au couvent avec ma sœur. J'avais eu le plaisir de la rencontrer quelquefois au parloir; l'amie de ma sœur était presque la mienne, et je comptais sur elle pour parler en ma faveur... Aussi, en arrivant à Paris, je me suis présenté chez vous, deux fois sans succès, et une domestique m'a appris en confidence que votre porte était fermée à tout le monde, et surtout aux jeunes gens, par l'ordre exprès de mademoiselle Jeanne...
DALIBON.
Jeanne?
MELFORT
Est-ce vrai?
DALIBON, secouant la tête.
Ca ne m'étonnerait pas !... Écoutez-moi... mon ami. Je
vous préviens d'abord que je vous accepte pour beau-frère... que vous avez d'avance mon consentement.
MELFORT
C'est beaucoup!
DALIBON.
' Ce n'est rien!... Imaginez-vous que ma sœur (nous avod eu encore hier une discussion à ce sujet), ma sœur ne veuf pas se marier.
MELFORT
Ah ! mon Dieu !...
RÊVES d'amour
DALIBON.
Elle y est décidée, c'est un parti pris, une conviction arrêtée... Aussi, tous les prétendants sont éloignés par elle... tous !
MELFORT
Tous !... J'aime mieux cela !
DALIBON.
Elle les prévoit... elle les devine... Quiconque est jeune, est suspect... Vous êtes dans les suspects... condamné d'avance et mis à Tindex.
MELFORT
Maïs présenté par vous?...
DALIBON.
Vous auriez encore bien moins de chances; il semble toujours que je veuille lui dicter des lois, ou lui imposer une tyrannie contre laquelle elle se révolte. Tous ceux qui, jusqu'ici, ont été protégés par moi, se sont vus impitoyablement refusés.
MELFORT, vivement.
Ne me protégez pas!
DALIBON, lui serrant affectueusement la main.
Vous pouvez y compter! Mais je peux vous donner un bon conseil... Tâchez de vous faire bien venir de ma femme... tout dépend de là... Les deux belles-sœurs sont intimement liées, se confient tous leurs secrets. Ce que je peux, en outre, et ce que je ferai... c'est de vous aider auprès de ma femme.
MELFORT
Que de bontés!
DALIBON.
Je la prierai... je lui ordonnerai, s'il le faut, d'être bien pour vous... de devenir votre alhée... Justement la voici... Ah ! elle est avec sa femme de chambre !... Allez m'attendre au jardin... je vous y rejoins, (souriant.) ce jardin que vous connaissez si bien !
MELFORT
Je m'abandonne à vous !
(il sort.)