SCÈNE PREMIÈRE
URSULE, entre la première; elle* est rêveuse et agitée; elle marche rapidement et sans parler; L'AMIRAL, la suit.
l'AMIR4L.
Oui, ma fille, je le le répète, M. de Lamorinière sort de chez moi. Tu avais raison, ce matin; il vient de te demander formellement en mariage ; c'est le premier qui se soit présente aussi franchement, aussi carrément. Il a quatre-vingt mille francs de rentes claires et nettes... M'entends-lu?
URSULE, assise près de la table, à droite, et la tête appuyée sur sa main.
Oui, mon père.
l'amiral.
Et moi qui voulais le tuer... quand il n'était coupable que de t'aimer trop ! C'était l'ardeur, l'excès de la passion... Heureusement, il n'était pas encore rentré chez lui, il n'avait pas encore lu ma lettre... Il me l'a dit! C'est de lui-même et sans effort. Avoir attendu si longtemps et se décider en ta faveur... c'est honorable, c'est glorieux pour toi... M'entends-tu?
URSULE
Oui, mon père.
ScRiEE. — Œuvres complètes. l^^ Série. — 9"^e Vq], ^ 13
i/amiual.
Alors, réponds-moi donc ! 11 doil venir ce soir savoir ma décision et la tienne, et lu ne m'as pas encore dit ce que tu
en pensais... pas un mot. (l.a regardant et avec colère.) Kst-CC
que tu hésiterais, par hasard?
Peut-être!
L AMlllAL, poussant un cri do coUjre.
Ah! (se contenant.) Écoutc, Ursulc... je suis d'un caractère irritable, tu le sais. Depuis dix ans, tu me retiens, tu me pries de me calmer... je me calme... ça me fait un mal!... Enfin, j'ai tenu bon... Mais, si tu manques ce mariage-là... un parti superbe et le seul, après tout... car nous n'en avons pas d'autres...
URSULE, avec impatience.
Peut-être, vous dis-je!
l'amiral, furieux.
11 y en a un autre... un autre encore!... Nous sommes toujours perdus... quand il y en a deux ou plus!
URSULE
De grâce! mon père, laissez-moi seule un instant, laissezmoi réfléchir, et modérez-vous... calmez-vous...
L AMIRAL, avec colère.
Encore! (Rentrant dans son cabinet à gauche.) Ah ! VOilà Une
enfant que je ne marierai jamais!