‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 98 sur 156 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

URSULE, seule et assise.

Que le sort est terrible et bizarre!... Lui qui semblait m'avoir abandonnée vient m'offrir en ce moment toutes les chances à la fois : d'un côté, la fortune; de Taulre, le bon-

LA FILLE DE TRENTE ANS

heur... (Moment de silence.) Il faut clioisir ; il faut renouveler... là, dans mon cœur, ces tristes et pénibles combats que l'amour et la raison s'y livraient autrefois, (vivement.) Renoncer à Raoul... oh! non! ce n'est plus comme alors! Avec lui, le malheur et les privations ne sont plus à craindre... avec lui, maintenant, ce n'est plus la misère, (s'orrêunt.) mais ce n'est pas l'opulence! Cette opulence que j'ai toujours rêvée, qui vient enfm s'offrir à moi, et sans laquelle à présent on ne peut plus exister. C'est le jour, c'est la vie... c'est le droit de marcher l'égale de toutes les splendeurs qui vous ont humiliée ; c'est le pouvoir d'éclipser dans le monde ses ennemies, et même ses meilleures amies... Mais Raoul qui m'a offert sa main... mais Raoul qui m'aime!... (s'arrêtant.) Non... il ne m'aime pas... il croit m'aimerî... C'est moi qui l'aime, c'est mci qui suis jalouse de sa tendresse... c'est moi qui ne pourrai maintenant me résoudre à renoncer à lui... Cœur audacieux et lâche que se disputent à la fois l'amour et l'ambition ! Il faut pourtant te décider, et, quoi que tu fasses, condamné à souffrir et à regretter, choisis donc auquel des deux tourments et des deux repentirs tu donneras la préférence !

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