‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 99 sur 156 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

URSULE, assise et réfléchissant, ROBERT, entrant par le fond. ROBERT, à part.

Ursule seule et rêvant ! Qu'a-t-elle décidé ? Est-ce Raoul, est-ce mon oncle qui, grâce au ciel, l'emporte?

URSULE, se levant brusquement.

Allons! le sort en est jeté î Mais cette décision... le plus difficile maintenant est de la faire connaître, (se retournant et

apercevant Robert. — A part.) Ah! Robcrt!... lui SCUl pCUt me

servir. (Haut et d'un ton caressant.) C'cst VOUS, Robert,mon véritable, mon meilleur ami ! Vous ne savez pas ce quim'arrive?

ROBERT, naïvement.

Non, vraiment... je ne sais rien.

URSULE, mystérieusement.

Votre oncle, vous ne le croiriez pas, votre oncle me demande en mariage! Gomment! cela ne vous étonne pas?

ROBERT

Non, vraiment! J'en ferais autant, si j'étais à sa place, si je pouvais, comme lui, offrir à ma femme... (Appuyant sur le mot.) ou laisser à ma jeune et jolie veuve une immense fortune.

URSULE fait un geste qu'elle réprime et dit avec sentiment.

Et vous ne penseriez pas que ce serait dépouiller un neveu, un ami?

ROBERT, gaiement.

Dites ses créanciers. Rien que pour les faire enrager je donnerais mon consentement... et si vous acceptiez...

URSULE, vivement.

Ce ne serait, Robert, ce ne serait qu'après avoir assuré et sauvegardé tous vos droits... (Gravement.) Mais là n'est pas la question.

ROBERT

Que dites-vous?

URSULE

On doit tout confier à ses amis et je ne veux, Robert, je ne sais rien vous cacher.

ROBERT, à part.

L'hypocrisie de la franchise. (Haut.) Parlez !

URSULE

Il est une autre personne... qui m'aime et depuis longtemps... qui m'aime éperdûment, et qui doit, ce soir môme, venir demander ma main à mon père... c'est votre ami Raoul.

LA FILLE DE TRENTE ANS

ROBERT, affectant la surprise.

Que m'apprenez-vous là!

URSULE

La vérité.

ROBERT, la regardant attentivement.

Je conçois que dans ce cas vous puissiez hésiter, mais je ne devine pas ce que votre amitié attend de la mienne.

URSULE, avec hésitation.

Vous seul, par votre position, pouvez me venir en aide, expliquer ma situation, mes regrets, calmer Tamour-propre ou l'amour blessé, et adoucir, en un mot, Tamerlume d'un refus.

ROBERT, vivement.

Vous avez donc fait un choix ?

URSULE

Oui...

ROBERT

Et ce choix?...

URSULE, d'un ton doucereux.

C'est vous, mon ami, qui devez être le premier à l'apprendre...

ROBERT, à part.

Elle épousera mon oncle î...

URSULE

Qui vient là?...

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