I.-ii
SOPHIE
J'ai été la vendre chez le joaillier notre voisin ; un vieux, qui l'a regardée bien attentivement, puis il m'a dit : « De qui tenez-vous cette chaîne? — D'une dame de mes amies. — Qui est-elle? — Que vous importe? — C'est que, a-t-il ajouté en feuilletant un registre, cette chaîne, à ce qu'il me semble, est au nombre des objets qui, lors de l'affaire Léopold, nous ont été signalés par la police. •
ADÈLE
Ah ! mon Dieu 1
SOPHIE
Alors, que te dirais-je ? J'ai perdu la tête ; et craignant les exphcations, je me suis enfuie de sa boutique en lui laissant la chaîne.
ADÈLE
Quelle imprudence !
Je le sais bien ! car il a appelé ses garçons ; et si l'on m'a suivie de loin et vue entrer ici...
ADÈLE
On ne sait pas qui tu es ?
SOPHIE
Peut-être ! Car j'ai rencontré en montant ta propriétaire.
CRÉPONNE.
Que nous ne connaissons pas.
ADÈLE
Il y a à peine quelques jours que son mari a acheté cette maison.
SOPHIE
Et sais-tu quelle est cette femme ? C'est notre ancienne amie.
ADÈLE
Amélie deLaferrier?
SOPHIE
Elle-même, dont le mari a continué à faire fortune.
Et qui est toujours restée au pinacle 1...
SOPHIE
Tandis que nous...
(On frappe en dehors. Mouvement d'effroi.) CRÉPONNE, après un long silence.
On a frappé.
ADÈLE, avec terreur.
N'ouvre pas !
SOPHIE
Seraient-ce déjà les gens de justice qui seraient sur tes traces ?
ADÈLE
Je n*ai pas une goutte de sang dans les veines.
CRÉPONNE, à part.
Et le médecin qui a dit que la moindre émotion la tuerait 1 (Haut.) Qui va là?
UNE VOIX d'homme, en dehors.
Est-ce ici madame Laurencin ?
CRÉPONNE.
Oui.