SCÈNE VII
LIONEL, BATHILDE
LIONEL, lisant la lettre à voix basse. — A Bathilde.
Vous permettez, (a part.) Voilà qui est bien singulier, (ii m encore.) Quelle horreur 1
Qu'est-ce donc ?
LIONEL, revenant auprès de Bathilde, à sa gauch».
De nouveaux périls nous environnent.
BATHILDE
0 ciel 1
LIONEL
Ils ne m'effrayent point ; au contraire, ils doublent mon courage... Ce n'est plus moi seul, c'est vous maintenant qu'il faut défendre ! Nous n'avons point de secrets pour la nièce du baron de Courville. Tenez, madame.
(il lui présente la lettre.) BATHILDE, la repoussant.
Monsieur !
LIONEL
Lisez, de grâce.
BATHILDE, prenant la lettre et lisant :
« Reconnaîtrez-vous la main d'où vous vient cet avis? Je « le désire et je le crains. J'ai tort peut-être de vous le « donner ; mais il me semble que j'en aurais un plus grand € encore en ne vous le donnant pas. Quels que soient vos
« projets, si vous on avez, renoncez-y, au nom du ciel, car vous « êtes surveillé. Un espion redoutable, un nommé Zambaro, « observe toutes vos démarches. Aidé d'une intrigante, dont « on vante les charmes et l'adresse, il a juré... » (s'arrêtant.) Ah ! je me sens mourir !
Remettez-vous ; ils ne nous tiennent pas encore.
BATHÏLDE, achevant de lire.
« Ce complot, le hasard me l'a fait connaître ; et si vous « devinez d'où vient cet avis, vous verrez qu'il n'est que trop « fondé. Profitez-en : c'est le seul prix et la seule recon- « naissance que j'attende. »
LIONEL
Vous le voyez, madame, nous sommes entourés de pièges, de délateurs ; mais rassurez-vous, nous découvrirons ce Zambaro ; il ne nous faut pour cela qu'un indice.
BATHILDE, à part.
Qu'ai- je fait !
LIONEL
Et s'il tombe entre nos mains...
BATHILDE, avec crainte.
Eh bien ?
LIONEL
L'intérêt général avant tout; je lui fais sauter la cervelle.
BATHILDE
Monsieur...
LIONEL
Eh ! mais, qu'avez-vous ?
BATHILDE, très-émue.
Rien ; qu'il ne soit plus question de cela. Voici cette lettre. (Elle la lui rend.) Je VOUS prie Seulement de me remettre ces tablettes.
LA BOHÉMIENNE
LIONEL
Ne m'aviez-vous pas presque permis de les lire?
BATHILDE
Il est vrai ; mais je les veux.
LIONEL
D'où vient ce changement? Serait-ce cette lettre?
BATHILDE
Peut-être bien.
LIONEL
Ah! s'il était vrai! que je serais heureux! II me serait si facile de vous désabuser, de vous prouver que cet écrit a été dicté par la seule amitié. Oui, madame, je vous l'avoue, j'ai reconnu sans peine la main qui l'avait tracé ; c'est celle d'une amie qui m'est bien chère, avec qui j'ai été élevé», dont les vertus, la noblesse, le haut rang, commandent l'estime et le respect. Peut-être lui devrais-je davantage ; peut-être sa généreuse amitié aurait-elle mérité plus encore ; mais, je le sens maintenant, jamais je n'ai connu près d'elle cet amour que mon cœur avait toujours rêvé, et qu'un seul regard de vous a fait naître.
BATHILDE
Monsieur!...
LIONEL
Maintenant, faut-il vous rendre vos tablettes?
BATHILDE, se cachant la figure.
Ah ! plus que jamais.
LIONEL
Qu'entends-je ! quel espoir ! Les voici, madame ; mais songez que les reprendre serait m'avouer que ce qu'elles con tiennent me rendrait trop heureux... On vient.
BATHILDE, hors d'elle-même.
Grand Dieu 1
(Elle reprend les tablettes.)
LIONEL, avec joie.
Que faites-vous?
B4THILDE, vivement.
Ah! gardez-vous de croire...
LIONEL
Je crois tout ; vous l'avez dit... Ciel! Arthur et le baron !
BATHILDE, s'enfuyant par la porte à droite.
Ah 1 c'est fait de moi!