‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 118 sur 165 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les mêmes ; PEDRILLE, mieux habilIé qu'à la première scène,, costume de bachelier ; le chapeau rond à plumet, et un manteau noir plié sur le bras.

PÉDRILLE, les arrêtant.

Où allez-vous ?

GASPARD, à voix basse.

N'en dites rien, mon camarade, nous nous sauvons.

PÉDRILLE

Gardez-vous-en bien, ou vous êtes perdus. Tout le village est en rumeur; le bruit se répand déjà que vous êtes des charlatans, des imposteurs, qui avez voulu exploiter la crédulité publique.

ROBERT

Voyez-vous la calomnie I... et qui est-ce qui ose nous accuser?

PÉDRILLE

Personne encore, car ceux qui ont été vos dupes n'ont garde de s'en vanter ; mais ce sont les plus acharnés, notre alcade surtout, qui a Pair tout étonné qu'on ait osé se jouer à un homme tel que lui; il a ameuté la multitude, et ils veulent absolument être témoins de l'expérience que vous leur avez promise ; car j'ai lu votre pancarte, et si, comme je m'en doute bien, vous ne pouvez tenir votre parole, je crains que ce ne soit fait de vous.

ROBERT

Ah ! mon Dieu ! encore un endroit où il fait trop chaud pour nous.

LES EMPIRIQUES d'AUTREFOIS 213

PÉDRILLE

En attendant, et sans que vous vous en doutiez, vous êtes entourés et gardés à vue, et la moindre tentative d'évasion serait le signal de votre perte.

ROBERT

Eh bien ! alors, quel parti prendre ?

PÉDRILLE

J'ai pensé que je pouvais vous servir, et je suis accouru; jusqu'ici j'étais renfermé chez un ancien camarade à moi, que j'ai rencontré par hasard; c'est lui qui m'a fourni ces nouveaux habits, et qui m'a transmis tous ces détails. Je viens donc, mes amis, ou vous sauver ou partager votre sort ; car je n'ai point oublié ce que vous avez fait pour moi.

GASPARD

Il serait vrai ! quoi I vous avez de la reconnaissance ? vous n'oubliez pas vos amis? Et de deux !... la journée est bonne, il y a longtemps que je n'en avais trouvé autant. Eh bien ! voyons, mon garçon, quel est votre projet?

PÉDRILLE

Il y a, ici près, un ancien aqueduc, dont ces ruines font partie; vous allez, Tun après l'autre; et en ayant l'air de vous promener...

ROBERT

Oui, en amateurs, en artistes qui examinent ces ruines...

PÉDRILLE

Vous allez m'attendre sous ce portique, que vous apercevez d'ici; surtout, n'ayez pas l'air d'éviter ceux qui vous rencontreront.

GASPARD.'

C'est convenu.

PÉDRILLE

Dans un instant, je vous y rejoins par un autre sentier, et une fois sous ces voûtes, il est un chemin obscur que je connais, et qui nous mènera bien loin dans la campagne.

ROBERT

Ah ! vous êtes notre sauveur.

PÉDRILLE, bas à Robert.

Partez vite, il n'y a pas de temps à perdre.

(Robert son par la gauche.)

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