SCÈNE V
Les mêmes ; AUGUSTE.
AUGUSTE
Eh ! mon Dieu ! d'où vient donc ce tapage qu'on entend dans l'étude ?
M'^^ LOCARD.
Ce n'est rien.
AUGUSTE
Si vraiment, et j'ai bien reconnu la voix de mon patron.
M^® LOCARD.
Vous vous êtes trompé, mon fils est sorti depuis plus d'une heure, et vous ne devriez pas venir, comme un étourdi, nous troubler, quand on est en affaires.
LA CHARGE A PAYER
AUGUSTE
Pardon, madame, si j'avais su...
(il va pour sortir.) DURAND, le considérant attentivement.
Eh mais ! c'est mon ami Auguste. Tu ne viens pas m'embrasser?
AUGUSTE, courant à lui.
Vous ici, monsieur! Quel plaisir de vous revoir!
M""^ LOCARD.
Comment ! vous vous connaissez?
DURAND
Oui, madame; c'est mon jeune compatriote; son père était un de mes chefs d'atelier.
AUGUSTE
Et ce que monsieur ne vous dit pas, c'est qu'il m'a placé dans un collège, m'a élevé à ses frais, et que ma reconnaissance...
DURAND
Tais-toi, tais-toi!... Tu m'avais bien écrit que tu étais entré à Paris chez un notaire, mais j'avais oublié le nom de ton patron. Es-tu content, mon garçon?
AUGUSTE
Ce que j'ai me suffit.
DURAND
Et tu travailles?
AUGUSTE
De toutes mes forces.
A la bonne heure, avec ça l'on ne manque jamais, et quelquefois on s'enrichit.
AUGUSTE
Je suis déjà monté en grade ; l'année dernière, j'étais le coureur de l'étude, et maintenant, me voilà troisième clerc.
DURAND
Diable ! c'est de ravancement gagné à la course et à la sueur de ton front.
Alli : Connaissez mieux le grand Eugène. (Les Amants sans amour.
Comme moi, travaille sans cesse, Et tu parviendras, mon enfant.
AUGUSTE
Parvenir à votre richesse,
Moi!.., je ne conçois pas comment...
DURAND
Pour être riche, il faut être économe, AUGUSTE.
Vous imiter est le vœu de mon cœur.
DURAND
Pour être heureux, il faut être honnête homme. AUGUSTE.
Ah ! je comprends alors votre bonheur. {Bis.) DURAND, à madame Locard.
Sans adieu, madame, à tantôt, (a Auguste.) Ah! tues clerc chez M. Alexandre Locard ? J'aurais plusieurs choses à te demander.
(il sort.)
M^® LOCARD; à part.
Ah ! mon Dieu !