SCÈNE VI
ÉDOUARD, AMÉLIE, LEBON, qui est un peu au fond. ÉDOUARD.
Chère Amélie, je puis donc vous dire enfin tout le bonheur que j'éprouve à vous revoir!
AMÉLIE
Et moi donc !... j'étais d'une tristesse que je ne pouvais
m'expliquer,. . (Apercevant Lebon qui s'est un peu rapproché d'eux.)
Ah ! mon Dieu !
ÉDOUARD
Eh bien !,.. pourquoi n'achevez- vous pas?
AMÉLIE, à Yoix basse.
Je n'avais pas vu que ce monsieur était resté là.
ÉDOUARD
Ne craignez rien... il ne peut pas nous entendre.
LES INSEPARABLES
AMÉLIE
Qu'importe? Est-ce que devant lui j'oserai jamais vous parler ? Mon ami, dites-lui de s'en aller.
EDOUARD, à part.
Dieu! quelle situation!... (Haut.) Je vous avoue que je n'ose pas... C'est peut-être malhonnête... et puis il est si susceptible! d'ailleurs, dans un instant nous allons être unis.
AMÉLIE
C'est ce qui vous trompe... car le mariage ne doit avoir lieu que ce soir, à minuit... (a part.) et je prévois que d'ici là je pourrai bien changer d'idée.
EDOUARD
0 ciel ! à minuit... Et pourquoi pas ce matin ?
C'est mon père qui Ta décidé ainsi...
EDOUARD, à part.
Et moi qui, à sept heures, suis obligé de partir...
(courant à L«bon.)
AMÉLIE, à part.
A merveille !... il me quitte pour monsieur... Je suis bien malheureuse !
EDOUARD, à Lebon.
AIR : Qu'il est flatteur d'épouser celle. {Le Jaloux malade.)
A ma prière sois sensible
Et donne-moi jusqu'à ce soir,
Jusqu'à minuit.
LEBON
C'est impossible.
Je ne connais que mon devoir.
Sur vous tous mes soins se concentrent, Et je dois, crainte de malheur.
En attendant que les fonds rentrent Faire rentrer le débiteur.
Morbleu!... je ne sais qui me retient...
LEBON
Monsieur... si vous vous fâchez...
AMELIE, s'approchant.
Ah ! mon Dieu!... jqu'est-ce donc?
EDOUARD
Vous le voyez... je le prie de s'en aller.,, et monsieur se formalise... Il a un si mauvais caractère !
AMÉLIE
Et c'est pour un pareil ami que vous me faites du chagrin... que vous vous brouillez avec moi?... Arrangezvous, monsieur ; mais tant qu'il sera ici... je ne vous épouserai pas.
EDOUARD, à part.
Il n'y a pas moyen d'en sortir, (a Amélie à voix basse.) Amélie, deux mots seulement... Apprenez que monsieur n'est pas ce que vous pensez, et qu'il m'est impossible de le renvoyer... Je ne peux pas vous en dire davantage... mais mon intérêt est de le ménager... mon sort dépend de lui.
AMÉLIE
Et de qui donc pouvez-vous dépendre?... Vous n'avez, en fait de parents, que votre oncle Antoine, qui est à la
Guadeloupe... (Regardant Lebon qui est assis.) Ah ! mOU DicU !...
est-ce que par hasard?...
EDOUARD, ô voix basse.
Silence... Demain, vous saurez tout... Croyez seulement que je vous aime... que je vous adore... et quant à la conduite que je tiens... elle m'est prescrite... Je ne peux pas faire autrement.
AMÉLIE
Eh ! que ne le disiez-vous ?
LKS INSÉFAI? AB LES 163
EDOUARD, tombant à ses genoux.
Ah ! que je suis heureux !