SCÈNE VII
Les mêmes; M. DE VERNEUIL, entrant avec TOUTES LES
Personnes de la noce ; puis SAINT-ANGE. le choeur.
AIR : Autrefois le domino.
Que la gaité, verre en main, Au festin Nous accompagne !
Allons sabler le Champagne, Pour fêter, verre en main, L'hymen !
saint-ange, entrant à la fin du chœur.
Eh bien ! est-ce qu'on ne dîne pas? Tout le monde s'impatiente, on attend le futur.
EDOUARD
Eh bien ! mon cher Saint-Ange, le voilà.
SAINT-ANGE, surpris.
Comment! monsieur Édouard!... on ne nous avait pas avertis de votre arrivée...
Allons, messieurs, à table... (a Lebon.) Monsieur nous fait l'honneur de dîner avec nous?
LEBON
Certainement, monsieur, je m'en fais un devoir...
M. DE VERNEUIL
Nous n'avons que notre famille ; car, du côté de mon gendre... il n'y a que son oncle Antoine...
164 COMÉDIES — VAUDEVIMiES
AMELIE, avec intention.
Qui, malheureusement, n'est pas ici... Nous aurions tant de plaisir à le recevoir... à le fêter !
EDOUARD, à part.
Pauvre Amélie !... Voilà qu'elle lui fait la cour.
M. DE VERNEUIL
Et malgré cela, nous sommes tant de monde, que nous serons obligés de dîner dans deux appartements séparés,
LEBON, à part.
Ah! mon Dieu!... (a m. de Vemeuii.) Pardon, monsieur... Oserai-je vous demander dans quel appartement vous me mettrez?
M. DE VERNEUIL, à part.
Quelle demande !... (Haut à Lebon.) Dans la seconde pièce, et les mariés dans la première... ïl n'y a que le vestibule qui nous sépare.
Je vous fais mille excuses de mon impolitesse ; mais je vous prierai en grâce de me mettre à la même table que mon ami.
EDOUARD, bas.
Veux-tu te taire !
LEBON
Je ne pourrais pas dîner sans cela... Du reste, ne vous gênez pas... A côté de lui, ou en face, comme vous voudrez, pourvu que je le voie.
M. DE VERNEUIL
Eh bien! par exemple...
EDOUARD, à part.
Je suis sur les épines.
LEBON
Vous voyez que j'agis sans façon.., c'est mon caractère.
LES INSÉPARABLES
M. DE VERNEUIL
Il n'y a pas de mal... et pour agir de même, je vous dirai que je suis désolé de vous refuser.
LEBON
Et moi aussi... car à coup sûr je ne quitterai pas mon ami... Je resterai plutôt derrière sa chaise.
EDOUARD, à M. de VerneuU.
G^est un original sans pareil, que vous ne connaissez pas comme moi.
AMÉLIE
Ça, c'est bien vrai... (a part.) Mais enfin... c'est notre oncle.
ÉDOUARD
Vous allez lui faire mettre une petite table dans cette pièce qui donne sur notre salle à manger ; et je parie qu'il aimera mieux cela... (Bas à Lebon.) Yeux-tu bien accepter...
LEBON
Oui, sans doute, pourvu qu'on laisse les portes ouvertes, et que je sois toujours avec vous.
M. DE VERNEUIL, à Édouard.
Ah ! je t'avoue que de ton ami intime... j'en ai déjà assez.
EDOUARD, à part.
Et moi donci
LE CHOËUR.
Même air.
Que la gaîté, verre en main.
Au festin Nous accompagne !
Allons sabler le Champagne, Pour fêter, verre en main, L'hymen !
M. DE VERNEUIL
Mais cet homme est insupportable.
Ah ! si je ne me retenais,
Au lieu de le mettre à la table,
(Montrant la porte à droite,) Je sais bien où je le mettrais.
LE CHOEUR
Que la gaîté, verre en main, etCa (m. de Verneuil, Edouard, Amélie et Saint-Ange entrent dans la salle à manger, et sont suivis de tous les convives.)