SI R TURGOT ET SES OUVRAGES
«1rs campagnes, Turgot, comme dans plusieurs autres circonstances, fait grand usage des curés. Quand l’aristocratie est détruite, indifférente ou absente, et que le gouvernement n’a pas encore eu l’art et le temps d’y suppléer partout par scs propres agents, le curé qui par sa naissance est du peuple et par son éducation audessus du peuple, est un instrument de gouvernement qui se présente naturellement. Voyez l’instruction donnée à tous les curés du royaume à propos des émeutes sur les grains. (T. VII, p. 281.)
Mémoire de Tunjot sur les municipalités (1775).
« On a, dit-il, beaucoup trop employé, en matières graves, cet usage de décider ce qu’on veut faire, par l’examen et l’exemple de ce qu'ont fait nos ancêtres, dans des temps que nous convenons nous-mêmes avoir clé des temps d'ignorance et de barbarie... 11 ne faut que bien connaître les droits et les intérêts des hommes... »
On dirait que les hommes n’ont pas de passions ! Mépris singulier de la tradition et de la sagesse des ancêtres ! Confiance en soi, même chez les gens pratiques (Turgot avait été trente ans dans les affaires); absence de l’idée que ce qui existe a des raisons d’exister et ne peut être changé qu’avec lenteur et précaution.
a Votre Majesté, tant qu’elle ne s’écartera pas de la justice, peut se regarder comme législateur absolu et compter sur sa bonne nation pour exécuter ses ordres! » (/</., t. VII, p. 589.)
L’idée d'une Révolution, même d’une désobéissance.
1 (il)
EXTRAIT DKS .NOTES
d’une résistance, est absente des esprits ! Celte bonne nation avait cependant fait la Jacquerie, les massacres des Maillotins, la Saint-Barthélemy et la Ligue ! et ce qu’il y a de plus résistant et de plus permanent dans les choses humaines, c’est le tempérament national. On ne savait j»as cela. Cent quatre-vingts ans de repos et d’obéissance passive avaient fait oublier l’histoire, même aux lettrés. Aucune des petites agitations de la liberté ne leur avait fait concevoir les effets possibles des grandes. Chez les peuples libres on craint les Révolutions quand souvent elles ne sont pas à craindre. Dans les gouvernements absolus, on ne les redoute pas encore la veille du jour où elles arrivent.
« Les ministres, dit Turgot, ne peuvent promettre à Votre Majesté, ni se promettre à eux-mêmes de bien connaître la situation de la nation, scs besoins, ses facultés; les intendants ne le peuvent guère plus ; les subdélégués, que ceux-ci nomment, ne peuvent même que très-imparfaitement y parvenir, pour la petite étendue conliéc à leurs soins. » (T. VII, p. 589.)
Ce que Turgot dit là, d’une manière générale, est vrai surtout du peuple. Il est impossible de connaître ce qui se passe dans les classes inférieures quand on ne leur laisse pas le moyen de le faire savoir elles-mêmes. Il y a si peu de contact véritable entre elles et les hautes classes, que, quand le peuple n’a pas de moyens de faire connaître son esprit, ses besoins, scs passions, ses intérêts par des élections, par des corps intermédiaires, des pouvoirs locaux, les classes élevées peuvent le lou-
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clicr pendant îles siècles, sans le pénétrer jamais , et autant ignorer ce qui se passe dans son esprit que si elles en étaient séparées par tout le diamètre de la terre.
« Un a eu autrefois, dit Turgot, la mauvaise politique d'empêcher les communes de se cotiser pour faire les travaux publics qui peuvent les intéresser. La raison pour laquelle on s’opposait à ces dépenses particulières des communes, était la crainte qu'elles n'eussent plus de peine à acquitter les impôts. Cette raison est aussi mauvaise qu'ignoble; il est clairqucles communes, en faisant ce qu’elles reconnaissent leur propre avantage, se mettent plus à l'aise et augmentent par conséquent la faculté de payer. » (T. Vil, p. 4‘20.)
Le trésor public jaloux des ressources communales ! L’État arrêtant la civilisation de peur de diminuer la rentrée de l’impôt !
Ainsi non-seulement la classe agricole était isolée des autres classes, mais en lui interdisant toute action, on tenait encore isolés les uns des autres les éléments homogènes qui la composaient !
Plan de Turgot pour l’organisation des municipalités.
Ce plan peut se résumer ainsi :
1° Pas de corps municipal proprement dit. Une assemblée composée de tous ceux qui ont dans la paroisse six cents francs de revenu net, et des représentants nommés par les petits groupes qui, en se réunissant, représentent six cents francs de revenu net. (Turgot appelle ceux-ci des citoyens fractionnés.)
*2" It'uu syndic ou maire élu annuellement lui nommé ni vin. 1!