CB O] BILLES
s'y connaît pas, c'est la chose du monde la moins difficile. Le capitaine, pour obliger Croisilles, le mena chez un fabricant de ses amis qui lui vendit autant de toiles et de soieries qu'il put en payer; le tout, mis dans une charrette, fut promptement transporté à bord. Croisilles, ravi et plein d'espérance, avait écrit luimême en grosses lettres son nom sur ses ballots- Il les regarda s'embarquer avec une joie inexprimable; l'heure du départ arriva bientôt, et le navire s'éloigna de la côte.
Je n'ai pas besoin de dire que, dans celte affaire, Croisilles n'avait rien gardé. D'un autre côté, sa maison était Tendue ; il ne lui restait pour tout bien que les habits qu'il avait sur le corps ; point de gîle, et pas no denier. Avec toute la bonne volonté possible, Jean ne pouvait supposer que son maître fùl réduit à un tel dénûment ; Cn.billes ét;til, iirm pas trop fier, mais trop insouciant pour le dire; il prit le parti de coucher à la belle étoile, et, quant aux repas, voici le calcul qu'il fit: il présumait que le vaisseau qui porlait sa fortune mettrait sixmois à revenir au Havre ; il vendit, non sans regret, une montre d'or que son père lui avait donnée, et qu'il avait heureusement gardée; il en eut trente-six livres. C'était de quoi vivre à peu près six mois avec quatre sous par jour. 11 ne douta pas que ce ne fût assez, et, rassuré par le présent, il écrivit