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toilette sans mot dire, serra la main de sa future nièce, et mon la en voiture. Elle arriva bientôt à l'hôtel Godeau ;
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là, elle se redressa si bien en entrant, qu'elle semblait rajeunie de dix ans. Elle traversa majestueusement le salon où était tombé le bouquet de Julie, et, quand la porte du boudoir s'ouvrit, elle dit d'une voix ferme au laquais qui la précédait :
— Annoncez !a baronne douairière de Croisilles.
Ce inotdécida du bonheur des deux amants ; M. Godeau en lut ébloui. Hien que lu cinq eenl mille francs lui semblassent peu do chose, il consentit à tout pour faire de sa fille une baronne, et elle le fut ; qui eût osé lui en contester le tïlrè? A mon avis, elle l'avait bien gagné.
MARGOT
Dans une grande et gothique maison, rue du Perche au Marais, habitait, en 1804, une vieille dame connue et aimée de tout le quartier; elle s'appelait madame Doradour. C'était une femme du temps passé, non pas de la cour, tuais de la bonne bourgeoisie, riche, dévote, gaie et charitable. Elle menait une vie Irès-rctirée ; sa seule occupation était de faire l'aumône et de jouer au boston avec ses voisins. Ou dînait chez elle à deux heures, on soupait à neuf. Elle ne sortait guère que pour aller à l'église et faire quelquefois, en revenant, un tour à la place Royale. Bref, elle avait conservé les mœurs et à peu près le costume de son temps, ne se souciant que médiocrement du nôtre, lisant ses heures plutôt que les journaux, laissant le monde aller son train, el ne pensant qu'à mourir en paix.
Comme elle était causeuse et même un peu bavarde, elle avait toujours eu, depuis vingt ans qu'elle était veuve, une demoiselle de compagnie. Cette demoiselle,
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qui ne la quittait jamais, était devenue pour elle une amie. On les voyait sans cesse toutes deux ensemble, àla messe, à la promenade, au coin du feu. Mademoiselle Ursule tenait les clefs de la cave, des armoires, ctmème du secrétaire. C'était une grande fille pèche, à tournure masculine, parlant du bout des lèvres, fort impérieuse et passablemciitacariàtre. MadameDoradour, qui n'était pas grande, se suspendait en babillant au bras de cotte vilaine créature, l'appelait sa toute bonne, et se laissait mener à la lisière. Elle témoignait à sa favorite une confiance aveugle ; elle lui avait assuré d'avance une large part dans 3on testament. Mademoiselle Ursule ne l'ignorait pas ; aussi faisait-elle profession d'aimer sa maîtresse plus qu'elle-même, et n'en parlait-elle que les yeux au ciel et avec des soupirs de reconnaissance.
11 va sans dire que mademoiselle Ursule était la véritable maîtresse au logis. Pendant que madame Doradour, enfoncée dans sa chaise longue, tricotait dans un coin de son salon, mademoiselle Ursule, affublée de ses clefs, traversait maj. slmuiai'incnt les corridors, tapait les portes, payait les marchands, et faisait damner les domestiques ; mais dès qu'il était l'heure de dîner, et dès que la compagnie arrivait, elle apparaissait avec timidité, dans un vêtement-foncé et modeste ; eile saluait avec componction, savait se tenir à l'écart etabdiqueren apparence. A l'église, personne ne priait plus dévotement qu'elle et ne baissait les yeux plus bas ; il arrivait à madame Doradour, dont la piété était sincère, de s'endormir au milieu d'un sermon; made-
HABfiOT.
moisellc Ursule lui poussait le coude, et le prédicateur lui en savait gré. Madame Doradour avait des fermiers, des locataires, dus gens d'affaires ; mademoiselle Ursule ■vérifiait leurs comptes, et, en matière de chicane, elle se montrait incomparable. Il n'y avait pas, grâce à elle, un grain de poussière dans la maison ; tout était propre, net, frotté, brossé, les meubles en ordre, le linge blanc, la vaisselle luisante, les pendules réglées; tout cela était nécessaire à !a gouvernante pour qu'elle pût gronder à son aise et régner dans toute sa gloire.
Madame Doradour ne se dissimulait pas, à proprement prier, les défauts do sa bonne amie, niais elle n'avait su de sa vie distinguer en ce monde que le bien. Le mal ne lui semblait jamais clair; elle l'endurait sans le comprendre. L'imliiliule, d'ailleurs, pouvait tout sur elle ; il y avait vingt ans que mademoiselle Ursule lui donnait le bras et qu'elles prenaient le matin leur café ensemble. Quand sa protégée criait trop fort, madame Doradour quittait son tricot, levait la tète et demandait de sa petite voix Mutée : — Qu'est-ce donc, ma toute bonne? Mais la toute bonne ne daignait pas toujours répondre, ou, si elle entrait en explication, elle s'y prenait de telle sorte, que madame Doradour revenait à son tricot en fredonnant un petit air, pour n'en pas entendre davantage.
Il lut reconnu tout à coup, après une si longue confiance, que mademoiselle Ursule trompait tout le monde, à commencer par sa maîtresse ; non-seulement elle se faisait un revenu sur les dépenses qu'elle dirigeait, mais elle s'appropriait, en anticipation sur le
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lesfamenl, des hardes, du linge et jusqu'à des bijoux. Comme l'impunité enhardit, elle en était enfin venue jusqu'à dérober un écrin de diamants dont, il est vrai, madame Doradour ne faisait aucun usage, mais qu'elle gardait avec respect dans un tiroir depuis un temps immémorial, en souvenir de ses appas perdus. Madame Doradour ne voulut point livrer aux tribunaux une femme qu'elle avait aimée ; elle se borna à la renvoyer de chez elle, et refusa de la voir une dernière fois; mais elle se trouva subitement dans une solitude si cruelle, qu'elle versa les larmes les plus amères. Malgré sa piété, elle ne put s'empêcher de maudire l'instabilité des choses d'ici-bas et les impitoyables caprices du hasard, qui ne respecte pas même une vieille el douce erreur.
Un de ses bons voisins, nommé M. Després étant venu la voir pour la consoler, elle lui demanda conseil.
— Que vais-je devenir à présent ? lui dit-elle. Je ne puis vivre seule ; où trouverai-^ une nouvelle amie ? Celle que je viens de perdre m'a été si chère et je m'y étais si habituée, que, malgré la triste façon dont elle m'en a récompensée, j'en suis au regret de ne l'avoir plus ; qui me répondra d'une autre? Quelle confiance pourrais-je maintenant avoir pour une inconnue?
— Le malheur qui vous est arrivé, répondit M. Després, serait à jamais déplorable s'il faisait douter de la vertu une âme telle que la vôtre. 11 y a, dans ce monde, des misérables et beaucoup d'hypocrites, mais il y a aussi des honnêtes gens. Prenez une autre demoiselle de compagnie, non pas à la légère, mais sans y