‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 101 sur 106 · A S A MARRAINE · texte numérisé non relu

A S A MARRAINE

Je remercie d'abord la plus petite de toutes de ne pas avoir oublie son ancienne coutume d'écrire à son fieux quand il pond. Rien n'est plus gentil et plus doux pour moi que ce bon petit écho. — Gardez-le-moi toujours, marraine, gardez-le-moi quand même. Un sentiment de ce genre-là doit être à l'abri de tout, et console de bien des choses. -

Le public a été à peu près de l'avis d'Uranic. Il a préféré, m'a-t-on dit, le côté sérieux de mes vers*. Peut-être a-t-îl raison ; mais, au fond, quelle drôle de manie de vouloir taire de l'art et de la pédanterie à propos d'une boutade! Il me semble que si les coudées franches sont permises quelque part, c'est dans les choses de ce genre. Mais, comme disait Lislz, le public est un cuistre.

Il faut que je vous raconte deux carambolages que le hasard vient de s'amuser à faire deux jours de suite aux Italiens (je veux dire au théâtre Italien).

1 er carambolage. Figurez-vous, marraine, que je m'en vais voir Norma dimanche dernier, chose assez naturelle. Or, j'avais pris la stalle du balcon n" 25. Pourquoi'.' Parce que c'est la dernière au

" 1*3 vers à Leopnli intitulés : Après mie lecture.

■m (KUVR.BK POSTHUMES,

coin, et ([lie 1 , dans la loge à cdui, je comptais trouver — quelqu'un que vous ne connaisse/, pas.

J'arrive à huit heures sonnant, toul embaufumé, et je trouve dans la stalle n° 24, c'est-à-dire à côté de moi, une fille entretenue, ancienne maîtresse d'un de mes amis. Elle m'adresse la parole. Impossible (le no pas répondre, en sorte que, pour le public, me \oilà installé tranquillement au beau milieu du balcon des Bouffes avec une donzelle. Je me donnais au diable ; on me lançait, ou plutôt on me lassait tomber des regards d'un mépris ! — Je m'en suis allé, et j'ai planté tout là selon ma louable coutume.

2 e carambolage. Hier mardi, je suis allé voir la IAnda di Chamtiumj. Il y a de jolies choses. Cela vaut la peine d'être entendu de vous. J'aime la Brambilta, quoiqu'elle ait le plus gros postérieur du monde dans sa culotte de Savoyard. — Je m'adresse, en arrivant, à un marchand de billets qui m'en vend un. La comtesse de*" avait vendu sa loge. 11 se trouve que c'est dans celle-là qu'on me donne une place. J'entre à l'avant-scène donc, et j'aperçois en face de moi lielgïojoso qui me braque d'un air étonné. Ce n'était pas pour me voirqu'il était venu là. {En l'ace de moi, par parenthèse, était aussi l'ingrate Pauline.) Pendant l'entracte, Belgiojoso m'aborde dans le corridor. Nous nous promenons, — les meilleurs amis du monde, — et il paraît apprendre avec plaisir que j'ai payé ma place, si bien que nous devons souper ensemble vendredi.

LETTRES, 331 Ir tu'a semblé que quelques personnes nous regardaient avec un peu de surprise.

Voilà mes deux carambolages. Ce n'est pas grand 'cli ose, comme vous voyez, ; mais j'ai pensé que cela vous amuserait peut-être.

Vous savez que le petit s'en est allé, peut-être pour longtemps. Cela m'a l'ait beaucoup plus de peine que je n'en ai en l'air. Non-seulement j'aime beaucoup mon frère; niais c'est mon ami, et il a eu, dans ces derniers jours d'ennui, tant de soins, tant de pitié pour moi, que son absence me laisse terriblement seul. Que de choses se sont éloignées de moi, celte année !

Adieu, marraine, aimez-moi un peu, aimez-moi le plus possible. J'ai froid au cœur, j'ai lùen besoin qu'on m'aide un peu à vivre.

23 novembre -1843.

A SOS rilÈltE, ES ITALIE.

Janrier 1813.)

Je sais, mon clier ami, que tu as Fait bon voyage et que tu m'amuses, «e qui ne m'étonne point, bien que Hclzel dise qu'il n'y a que toi au monde capablede trouver du plaisir à voyager seul.

Tour ce qui me regarde, je te dirai que je suis raccommodé avecRachel, je l'ai rencontrée à souper

228 ŒUÏBES POSTHUMES,

chez Buloz et nous nous sommes donné une poignée de main. Tu sais qu'elle demeure sur le quai, comme le chevalier de la Marjolaine. C'est un gentil voisinage.

As-tu vu à Gênes ce beau jardin où il y a écrit sur la porte : Hic tmki jucunda solitude, amic'Uiti jucundior? c'est celui que préférait ton serviteur très-humble. Madame Sand en parle dans les Lettres d'un voyageur. Il y a une fontaine eu grotlc délicieuse.

Je me porte très-bien. Fais-en autant, amusetoi surtout, et envoie-nous des nouvelles de Naples.

Alfred.

A SON FltÈRE, EN ITALIE.

[Février 18(5.)

Mon cher ami, j'ajoute ce mot à la lettre de ma mère pour répondre à tes questions.

J'étais donc à souper chez Buloz le jour des Rois. Toule la Revue s'y trouvait, plus Hache). C'était un peu froid ; on aurait dit un dîner diplomatique. Le hasard facétieux a donné la fève à Henri Heine, qui a fait semblant de ne pas savoir ce qu'on lui voulait, de sorte que le gâteau sur lequel la maîtresse de la maison devait compter pour égayer la soirée, ;i été pour le roi dePrusse. Heureusement Chaudes-Aigues s'est grisé, ce qui a rompu

LETTRES. 399 la glace. Rachel m'a demandé si nous étions lâchés, d'un petit air si coquet et si aimable que je lui ai répondu : « Pourquoi ne m'avez-vous pas regardé ainsi et fait la même question il y a trois ans? Vous sauriez que je ne connais pas la rancune, et notre brouille aurait duré vingt-quatre heures. » — Elle m'a lancé un regard plus coquet que le premier, en disant : a Que de temps perdu ! » — Et nous nous sommes donné la main en répétant que c'était fini. Rachel m'a invite à venir chez, elle, et j'y vais tous les jeudis. Voilà toute l'histoire. Chenavard vient me voir et me raconte ses chagrins en jouant aux échecs.

Adieu, mon cher ami ; je suis sage comme une rosière. Amuse-toi et aime-nous.

Ai.f. M.

A MADAME MÉNESS1ER-NODJER.

Je vous remercie, madame, de votre remerciment. J'ai peur que vous n'ayez peur encore d'un sonnet ; c'est pourquoi je m'empresse de vous rassurer. Vous avez tort de croire que le silence ne dit rien ; il en dit quelquefois beaucoup, et même trop, et même pas assez. Je crois qu'Odry eu personne, de qui vous me citez une phrase mémorable, serait de mon avis là-dessus. Vous voyez que je connais mes auteurs.

IKUVHBS l'OBTIlUMES.

Sérieusement parlant, je vous remercie i|iille lois de votre bonne et aimable lettre, et je vous prie d'agréer l'assurance de nies sentiments les plus distingués et les plus respectueux.

Ait. de Musset.

Vaiilr«li (mai 1845}.

Si vous rencontriez le docteur Neophobus, voudriez-vous être assez bonne pour lui l'aire de ma part un sincère et très-humble compliment sur quelques pages de la Revue de Paris, où il a trouvé II* moyen d'être à la l'ois charmant et raisonnable, chose qui devient de plus en plus rare.

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