‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 39 sur 106 · SCÈNE PREMIÈRE MICHEL, .«..1) pui, FABRICE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE MICHEL, .«..1) pui, FABRICE

J'ai veille plus d'unn fois durant: celle, longue guerre ; mais je n'ai jamais passé, que je sache, une nuit pareille à celle-ci. Le jour commence il poindre. — La cloche de Saint-Maurice va bientôt annoncer le soleil. — Serait-il possible qu'elle ne revînt pas ! — Ah ! te voilà, Fabrice! il est temps.

FABRICE

Oui, ma foi, car je suis brisé. Ouf! qu elle fatigue !

(Il jolie «m manlenu.)

MICHEL

Tu viens du bal, sans doute? Tu as joué celle nuit?

FABRICE

Oui, el je dois dire, en dépit du hasard, que je me suis fort diverti. La plus délicieuse musique, les plus lielles femmes de Venise! — Mais que fais-tu là si matin? — Tu n'as pas l'air d'un homme qui se lève, — et ces flambeaux mourants qui pàlissenl , ces yeux fatigués... — Qu'as -tu donc ?

MICHEL

11 faut apparemment que les aînés des familles veillent sur l'honneur de leur maison pendant que les enfants s'amusent.

FABRICE

L'honneur de la maison, dis-tu? Que signiliccela?

MICHEL

Tu es bien jeune. — Sais-tu prêter et garder un serment?

FABRICE

Rh! mon frère, je, porte le même nom que toi.

MICHEL

Jure donc, par ce nom el par celui de notre mère qui n'est plus, que In ne révéleras jamais ce que je vais te confier.

FABRICE

Soit. — Je le jure. — Mais quelle voix sinistre...

MICHEL

Regarde celte porte.

FABRICE

Celle de noire sœur? — Par quel hasard ouverte à l'heure qu'il est?

FAUSTIHE. 85 MICHEL.

Entre si Lu veux, — tu n'éveilleras personne.

FABRICE

Elle vient donc de sortir à présent?

MICHEL

Pas à présent.

FABRICE

Quand donc? Quel motif'?...

MICHEL

C'est précisément pour lui l'aire cette question que je l'attends.

FABRICE

Et depuis quelle lieure l'attends-tu ainsi '.'

MICHEL

Depuis hier soir. — Tu parais surpris?

FABRICE

Parle mieux, — tu me fais frémir.

HICHEL.

Je ne puis mieux parler; je n'eu sais pas plus i|ue toi. Regarde et pense.

En vérité, je ne saurais faire ni l'un ni l'autre. Malgré le témoignage de mes yeux, certains soupçons, certaines idées, sont trop horribles, trop inattendus, pour que l'esprit, avant de les admettre, ne recule pas épouvanté.

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