‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 40 sur 106 · F ABU I CE · texte numérisé non relu

F ABU I CE

Juste ciel !

Il SU |)L'ol]lÙllC! r|UulqiJC tl!lll|IS C!ll siluiltt.

.MICHEL, assis.

A quoi SOIlgCS-tll?

FABIIICE.

A quoi sonfjes-tu toi-même : Nina m'a dit que notre sœur se levait quelquefois dans son sommeil, et marchait ainsi endormie.

MICHEL

A d'autres! — Je ne me repais point de contes de nourrice.

F A Bit! CE .

Quelle est donc Ui pensée? tu ne l'oses pas dire...

MICHEL

PABUICE.

.Non, pur le Dieu vivant! tant que je conserverai le

FA0STIK& BS

sentiment de mon propre honneur, je ne croirai jamais que ma sœur puisse cesser un moment tic respecter le sien. Le doute même en est impossible... De toutautreque toijenelesouffriraispas...

MICHEL

Ni moi non plus.

FABRICE

Qu'est-ce donc à dire? 11 y a ici, évidemment, quelque mystère inexplicable, l'as plus que loi, je ne puis te pénétrer. Celle disparition, celte chambre vide, ce hasard même qui t'a pris pour témoin, tout cela est, j'en conviens, dilïicile à comprendre. Mais il est bien plus difficile encore de croire que la fille des Lorédan, après avoir vécu sans reproche pendant vingt ans sous le toit de ses ancêtres, perde tout à coup la raison.

MICHEL

Ce n'est pas de cela que je la soupçonne.

FABRICE

Et de quoi donc '.' Supposons-lui un amour ignoré, quesais-je? quelque passion cachée au fond de l'aine (car elle en est capable, et c'est là ta pensée), iral-elle fouler aux pieds ce qui fut la règle et l'orgueil de sa vie, la loyauté, l'honneur, la pudeur?

Tu crois peut-être...

l'ABHICE.

Non! je ne crois rien. C'est notre sœur, c'est une Lorédan. Elle porte sur son visage la ressemblance de noire mère. Tant que je n'aurai pas la »

8li ŒUVRES rOSTHUMEÏf.

preuve qu'elle est coupable, tant que je n'entendrai pas de sa bouche l'aveu de son crime et d'un tel opprobre, je dirai : Non I c'est impossible !

MICHEL

Le marquis Visconti, cousin du due de Milan, doit arriver aujourd'hui même.

FABRICE

Eh bien?

MICHEL

Notre sœur lui est promise.

FABRICE

Je le sais, et je suis convaincu...

MICHEL

Que ce mariage se fera?

FABRICE

Sans aucun doute, et que, dans peu de temps, une l'ois les choses expliquées, tu regretteras amèrement les soupçons que tu viens d'avoir.

MICHEL

Une t'en ai-je dit?

FABRICE

Tout ce que le silence peut dire.

MICHEL

Écoute-moi donc, maintenant quu je parle. Tu es vil', prompt, toujours pressé, comme les gens qui n'ont rien à Faire. Tu juges vile, de peur de réllév eliir ; mais je suis dans ee fauteuil depuis hier soir, et j'ai compté les heures. Retiens ceci. L'absence de Faiislïne, si elle n'est pas un crime, est une ruse

KAUSTINE.

FABRICE

Une ruse, dis-tu, dans quel but?

MICHEL

Dans le' but fort clair et Tort simple de faire rompre cette alliance.

FABRICE

Le beau moyen que de se déslionorer!

MICHEL

Kilo sait très-bien qu'il n'en sera pas ainsi. Elle sait très-bien que, tous tant que nous sommes, nous serions prêts à perdre notre fortune et la vie plutôt que de voir publier notre honte. Kilo, sait très-bien que personne dans celte maison n'ira, en pareil cas, avertir notre père, car ce serait lui donner la mort, à ce vieillard qui, après ses sequins, ne chérit que son enfant gâté. Elle se croit sure de l'impunité, ou, si on l'accusait tout bas, penses-tu qu'une fable ou un prétexte ferait défaut à son esprit, subtil? Ce n'est pas là ce qui l'inquiète; mais ce qu'elle veut, ce qu'elle espère, c'est justement un scandale étouffé, c'est qu'on s'aperçoivede sa fuile, et que, sans en pouvoir deviner ou vouloir éclaircir la cause, on n'ose point passer out re et disposer de sa main.

FABRICE

Quelles imaginations lu te crées! A-t-elle donc de la haine pourVisconli, ou de l'amour pour quoique autre?

MICHEL

Qui sait?

lEUVRES POSTHUMES.

FABRICE

Pur Fantôme, te dis-jel

MICHEL

Pas tant que tu peux le supposer. Je connais la léte des Vénitiennes; je l'ai étudiée antre part que dans les miroirs des courtisanes. Il ne m'élonnerait pas le moins du momie que Faustine se fût. échappée, sans réfléchir d'avance où elle irait, et dans le seul but que je viens de te dire.

FABRICE

Ainsi tu crois qu'elle va revenir?

MICHEL

Il le Tant bien. Si elle clierclie un scandale, c'est dans ce palais, vis-à-vis de nous seuls, et non ailleurs.

F A Bill CE.

Gageons que tu te trompes, cl que rien de tout cela n'est la vérité.

On anlcnd une clocha.

Tiens, voici le jour! Crois-tu qu'elle revienne maintenant?

MICHEL, à la fenfllré.

Tu as raison : il est trop tard, le pillais se remplit de inonde. Mais on est-elle? Que vent, dire cela? Si je me trompe en l'accusant de ruse, elle esl alors bien autrement coupable, et, par mon saint patron l'Archange, je ne voudrais pas.,.

F ABU TCE.

Tu ne voudrais pas porter la main sur elle, je pense?... Ne parlais-tu pas île notre père tout ;"i

miSTINE. 8!»

l'heure? Voudrais-lu être le meurtrier île ta sœur?

MICHE!,

S'il élait vrai qu'un .séducteur,..

FABRICE

Oli ! pour cela, n'en parlons pas... Si pareille chose était possible...

Que ferais-tu?

FABRICE

Tu le demandes?

MICHEL

Une provocation à la française, n'esl-re pas'.'

FABRICE

Silence! silence! j'entends marcher; on vienl de ce côté... Peu t-étre est-ce Kansline?... Non, r.'esl noire père... Que Dieu veille sur elle à présent!

Il ferme In porte resl< ! i> eiïlr 'ouverte.

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