‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 41 sur 106 · SCÈNE II LES PRÉCÉDENTS , LORftDAN · texte numérisé non relu

SCÈNE II LES PRÉCÉDENTS , LORftDAN

L ORÉDAN.

Déjà levés tons deux, mes enfants! Voilà qui es| bien... pour Michel, s'entend.

A Fabrice.

Car, pour loi, je sais tes allures; tu n'as pas grand mérite à être debout maintenant. Tu lais de la nuit le jour, tu cours les mascarades;.,.

FABRICE

Mon père...

LORÉDAN

Oui, tu dissipes le bien de ta mère ; cela te divertit, mais gare l'avenir! Tout vieux que je suis, je puis te faire encore attendre.

FABRICE

Eh ! mon père, quelle triste opinion auriez-vous bien pu concevoir...

LORÉDAN

C'est bien, c'est bon, je connais ton cœur ; mais, quand je te vois ainsi cmplumé, couvert de ces brillants hochets.. .Tu te ris de nos lois somptuairesl... Nous te confierons quelque jour à mcsser Grande... Allons, trêve de gronderie, je veux être gai aujourd'hui, car j'ai en poche de bonnes nouvelles... Mais qu'as-tu donc, Michel? Tu es bien pensif.

MICHEL

Pardon, seigneur... Comment va votre santé?

Vous êtes bien matinal aujourd'hui.

LORÉDAN

Vieille habitude, mon cher ami, vieille habitude de commerçant. ; car, bien que je ne puisse plus l'aire profession de l'être, grâce à leur ridicule défense, je le suis et le serai toujours... Sotte el inutile chimère de vouloir nous empêcherl... Et c'est à cette heure-ci qu'on reçoit ses lettres, qu'on y répond, qu'on règle ses comptes.

F A Bit I CE,

Ainsi, vous-même, vous brave/ les lois?

FACSTISB. M LOB (CD A [T.

Ali ! ab ! garçon, cola te fait rire? Si je les brave, iln moins ce n'est, pas pour jouer ans dés. Certes, personne dans Venise n'est plus fier que moi de son nom ; personne, j'ose le dire, ne l'est à plus juste titre. Mais est-ce à dire pour cela qu'un honnête homme, de quelque rang qu'il soit, ne puisse travailler à sa fortune ? On ne m'en guérira jamais. Je suis patricien jusqu'à la moelle des os, mais je suis banquier au fond du cœur, et comme j'ai vécu je mourrai... Votre sœur Fausline n'est pas. levée?

Nous ne l'avons pas vue, seigneur...

Bas à Hkhel

Je tremble encore qu'elle ne paraisse.

MICHEL, dfi nn;me.

N'y songe plus... Il est trop tard. Si elle doit revenir, sa fable est préparée.

LORÊDÀH.

C'est que la nouvelle dont je vous parlais l'intéresse principalement. Vous n'ignorez pas, mes enfants, que le marquis tialéas Vi.sconti va venir ici pour être mon gendre. Il vient de Milan. I! s'est arrêté quelques jours à Vérone, pour en prendre possession au nom de son cousin, et je l'attends d'un moment à l'autre, car je ne veux pas qu'il prenne d'autre logis que ce palais. Or savez-vons ce qui arrive? Ce n'est pas une petite affaire, pour une maison telle que la notre, que de se voir l'alliée du duc de Milan, el la sérénis-

SU lEUVUES POSTHUMES,

simc Seigneurie se montre fort, oniferagciiso en telles occasions. Elle n'aime pas à voir une famille s'élever ainsi, dans son sein, au-dessus (les plus liantes télés, par l'appui d'un prince étranger. Elle craint que cette vieille colonne, en grandissant, n'ébranle l'édilice, — et c'est pourquoi on s'en est inquiété dans le sénat.

MICHEL

I\h bien, seigneur: qu'ont-ils résolu !

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