‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr Encore les femmes (volume 2)Chapitre 5 sur 32 · MENUS PROPOS · texte numérisé non relu

MENUS PROPOS

Je remercie beaucoup M. N. F..., qui me met à môme de réparer une injustice, et de ne pas ressem< bler à quelqu’un que je signalais il y a quelque temps.-, qui ne tient que les serments des autres et ne répara que les injustices d’autrui.

J’avais écrit, à propos du procès de monsieur Carden, que pas un magistrat sur le continent n’aurait osé parler de l’amour en termes ùobles et élevés comme avait fait monsieur l’attorney général qui portait la parole dans cette affaire.

On me rappelle que, à la cour d’assises de Paris, dans le procès de l’assassin Poulmann, le président, dont je regrette de ne pas savoir le nom, s’écria, en pâElsuat jiia fiUejSimonin, mêlée à cette affaire :

€ Ne profanez pas ainsi le nom de l’amour ; ce n’est pas l’amour qui vous a liée à cet homme. Que peut-il y avoir entre vous et ce noble sentiment? »

J’ai retrouvé, dans un livre imprimé en 1 640 et rapporté à une princesse ou duchesse de Toscane, un mot cruellement et injustement attribué depuis à Marie- Antoinette : «Si le peuple n’a pas de pain, qu’il mange de la brioche. »

Ce mot, d’ailleurs, prouverait plus d’ignorance que de dureté. Il est des gens qui, nés dans l’aisance, croient que le repas suit l’appétit, comme le sommeil suit l’envie de dormir. C’est à une erreur de ce genre, sans aucun doute, qu’il faut attribuer un abus que me signale M. C., juge, que je remercie très-cordialement de m’avoir pris pour secrétaire, et je lui pardonne de m’appeler Kaar depuis trente ans.

Je suis convaincu que cet abus aussitôt signalé à l’administration, mourra de lui-méme, comme les crapauds meurent au soleil.

On a créé à l’administration des postes, un certain nombre de places, réservées aux femmes et filles des anciens employés de l’État, morts avant l’âge de la retraite ; — â la plupart de ces places, il n’est affecté qu’un traitement de 600 francs, et ces 600 fr. sont

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biea gt^;né&. -•« Sn général, en France, on est Ué%r exigeant pour les petites places, et trés-indulgent pour les grosses.

On ne peut se figurer l’énorme travail imposé à ces pauvres protégées et privilégiées. Elles n’ont pas deux heures de repos par jour, et celles, qui se trouvent sur la ligne d’un chemin de fer sont obligées de se relever une ou deux fois chaque nuit.

On comprend que ces pauvres femmes ne font guère d’économies. Il est rare même que le cautionnement de 600 fr., qui répond de leur gestion leur appartienne, et alors elles ont It payer une différence d’intérôt. Eh bien, un arrêté, pris dans un but d’ordre et de régularité, vient d’aggraver leur situation, sans y prendre garde. Elles doivent dorénavant faire ii l’État l’avance du prix des nouveaux timbres-poste, c’est-àdire d’une somme d’à peu près 150 fr. Trois mois de leurs appointements 1

C’est une véritable désolation ; j’aurai soin que ces lignes soient mises sous les yeux de monsieur le directeur des postes, qui trouvera, j’en suis sûr, quelque moyen de concilier l’ordre ot l’humanilé.

Quelques magistrats ne s’aperçoivent pas qu’ils di-

seot quelquefois à l’audience « la dame une telle » oa « la femme une telle » selon que la femme appartient à telle ou telle classe, pauvre ou riche. — C’est une exception fort rare. — La plupart des magistrats comprennent tout ce qu’il y a de rigoureusement sacré lans l’égalité (devant la justice.

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ou L’AUTEUR PROPOSE UN DÉBOUCHÉ POUR L’ENCOMBREMENT DES FILLES A MARIER

Plusieurs familles de celfes qui ont tous les droits à voir leurs membres exercer les professions libérales, ont placé leurs enfants dans les écoles d’agriculture ; ils en sortiront citoyens utiles et distingués ; mais, dès le commencement de leur carrière, ils touveront un obstacle qui mérite qu’on s’en occupe.

Il faut que l’agriculteur se marie jeune; il a besoin d’une compagne qui s’associe à ses travaux et soit le charme de sa vie. L’isolement où le place l’exercice de sa belle profession ne met à sa disposition que les hwreuses , complètes et sérieuses joies de la famille. Eh bien 1 l’agriculteur dont nous parlons, l’agiiculteuf initruit, dont l’esprit cultivé se sera enrichi de fleuri

n ENCORE LES FEMMES.

et de fruits, trouvera difiScilement à se marier convenablement.

Si certains bons esprits commencent à voir ce qu’il f a de noble, d’élevé, d’indépendant dans la profession d’agriculteur , je doute que l’on ait rien fait jusqu’ici pour faire naître et cultiver ces sentiments et ces idées dans l’esprit des fenunes. Une jeune fille de la bourgeoisie rêve de devenir la femme, d’abord d’un homme riche, puis d’un médecin, d’un avocat, d’un notaire. Si vous lui parlez d’un agriculteur, elle fera des moues dédaigneuses et ira pleurer dans sa chambre.

De sorte que notre jeune agriculteur n’aura à choisir que parmi les filles qui feraient galerie et tapisserie, et qui se verront exposées à coiffer sainte Catherine. De sorte que dans l’état actuel des idées, le jeune agriculteur sera considéré comme un « pis-aller, » et ne verra sa recherche accueillie que lorsqu’on sera sûre de ne plus voir se présenter de notaire, d’avocat ou 45 médecin, ou même de riche industriel.

Cela n’est qu’un des côtés et un des points de vue de la question.

Toute jeune fille bien élevée est toute prête à remplir convenablement les fonctions de femme d’un médecin, d’un notaire, d’un avocat, d’un négociant.

11 n’en est pas de même des fonctions de la femme

d’un agriculteur. II faut pour les exercer avoir certaines connaissances.

n faut qu’elle partage les goûts de son mari, qu’elle comprenne la grandeur, la noblesse et l’indépendance de sa profession, et qu’elle en soit fière. Il faut qu’elle connaisse les grands et les petits bonheurs decette noble vie des champs, et qu’elle ne la prenne pas pour un exil.

Il faudrait ensuite qu’elle fût en état de surveiller une ferme et une nombreuse famille de servantes et de domestiques; qu’elle pût diriger la basse-cour, suppléer son mari pour les ordres à donner dans les absences ou peqdant la maladie du maître ; ce qui ne * l’empêcherait nullement de dessiner si elle le voulait, et surtout d’avoir son piano, de faire de la musique, de chanter, de lire ; en un mot, d’avoir tous les plaisirs intellectuels.

Mais le jeune agriculteur, qui d’abord aura été pris faute de mieux , non-seulement ne trouvera pas dans sa jeune femme ces connaissances utiles, qu’au besoin il pourrait lui procurer lui-méme, mais il ne renconirera pas le désir de les acquérir. Sa femme, au lieu de lui être un aide et un bonheur, sera un obstacle et un chagrin.

Les jeunes filles rêvent aujourd'hui la position bi«

fl

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zarro et anormale qu'ont les femmes de la ciasse aiie bourgeoise. Les maris travaillent, et les femmes n’ont d’autre souci que de s’habiller, de se déshabiller et de babiller. Elles sont d’une condition supérieure à celle de leurs maris, qui sont des ilotes obligés de travailler et de faire pis pour les entretenir dans un luxe qui est toujours tellement croissant que l’on abandonne les professions correctes, qui ne peuvent plus nourrir les familles, et que l’on se jette dans un jeu effréné, déguisé sous le nom d’affaire.s.

Les femmes ont la situation, commode peut-être, mais peu honorable, de jolis animaux que l’on nour- . rit pour le plaisir des yeux, des ouistitis, des bengalis, ou de petits chiens bichons, ou pis encore, de filles entretenues.

Or, il n’est pas difficile de remarquer que l’empressement pour les doux nœuds de l’hyménée, vieux style, s’en va fort diminuant de la part des hommes, et que, si elles n’étaient retenues par la bienséance et la fierté, ce serait au tour des femmes de témoigner par leurs gestes qu’elles manquent de maris, comme les Romains du ballet des Sabines faisaient savoir au public - qu’ils manquaient de femmes.

On dit bien encore aux filles, moins qu’aux femmes cependant, parce que cclles-ci ne peuvent prendre leurs

admirateurs an mot; onditbicn encore aux filles qu'un de leurs regards vaut toutes les mines de l’Australie , qu’on est prêt à se faire tuer pour un sourire , que baiser le bas de leur robe est un rêve dont on n’o.sc presque pas imaginer l’accomplissement, que l’or n’est rien auprès de leurs cheveux blonds, que les perles sont moins que rien auprès de leurs dents, que leurs yeux bleus ont plus de charmes et surtout plus de prix que les plus belles turquoises, etc.

Mais, par exemple, si la jeune fille répondait ; « Eh bien I prenez ces cheveux d’or, ces dents de perle, ces yeux de turquoises, ce sourire à perpétuité, etc. ; prenez cela pour vous seul, prenez-le pour toujours, » on lui dirait : « Minute, mademoiselle. Combien monsieur votre papa me donnera-t-il d’argent pour que je consente âi entrer en possession de tant de charmes et d'un aussi grand bonheur? »

Et malheureusement cette avarice masculine, qui autrefois était une chose honteuse et justement vilipendée par les poêles, est devenue aujourd’hui parfaitement raisonnable.

En effet, supposons que la jeune fille réplique et dise : «Mais vous parlez maintenant de richesses! Que pariiez-vous donc tout à l’heure de mes cheveux d’or, de mes yeux de turquoise, de mes dents de perle, tous

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trésors dont le moindre était, disiez-vous , plus désirable que les mines de l’Australie !

— J’en parlerais volontiers encore , mademoiselle , si vous vouliez bien n’avoir jamais d’autre parure , d’autre or, d’autres perles , d’autres turquoises , que vos cheveux, vos dents et vos yeux. Je consentirais encore à les faire entrer dans le chiffre de la dot , si vous vouliez ne pas promener dans de riches carrosses ces dons précieux de la nature. »

Le monde et le mariage ressembleront bientôt à un bal où il n’y a pas assez de cavaliers.

Triste!

Ce serait donc trouver un débouché que d’élever des femmes pour les agriculteurs, en même temps qu’on commence à élever des agriculteurs intelligents, savants, distingués;

Lesquels feront de l’agriculture, la plus noble et la plus indépendante des professions (c’est à dessein que je me répète), et aussi une des plus lucratives ; une profession où le nécessaire embrasse une partie du luxe des autres professions, luxe laborieusement acquis.

Les beaux jardins, les beaux chevaux, une table abondante font partie pour ainsi dire du mobilier nécessaire de l’exploitation.

Il faudrait d’abord inspirer aux jeunes filles le goût de la vie des champs. Pour cela il suffit de la leur faire connaître. Ce n’est que par ignorance qu’on ne préfère pas cette vie à toutes les autres.

Il faudrait leur donner certaines connaissances indispensables ;

Sans négliger les arts d’agrément, surtout la musique, repos, joie et fêle de la maison.

Après tout, supposez qu’une fille élevée ainsi n’épouse pas un de ces heureux, nobles et libres paysans que je rêve et qui vont se réaliser, au pis-aller elle serait pour tout autre mari une bonne ménagère, simple, économe, en même temps qu’une femme modeste, sensée et agréable.

Pourquoi, par exemple, ne donnerait-on pas un peu celte tendance à l’éducation de la maison de Saint- Denis, où sont élevées par l’État les filles des légionnaires f

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