‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr La queue d'orChapitre 8 sur 22 · CONFÉRENCE SUR LE LILAS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE SUR LE LILAS

— ,...Eh bien, dis-je, ça m’est égal.

— Cependant...

— Il y a bien peu de chose qui puisse m’atteindre quand arrive la floraison du lilas ; c’est une des grandes fêtes de la nature, — et j’y suis particuliérement invité.

— Je voulais cependant vous parler de...

— Parlons du lilas, si vous voulez, mais de rien autre chose aujourd’hui. Qui sait combien

de fois je verrai encore refleurir les lilas?

C’est qu’avec le lilas refleurit ma vic^Son par-

fum me cause une sorte d’ivresse qui évoque

mon enfance et ma jeunesse.

Dans les fleurs des lilas et des fhéniers jaunes,

De mes doux souvenirs, raeliôs comme des faunes, La troupe joue et rit...

C’est que ce parfum n’est pas comme les autres, il ne se laisse pas mettre en bouteille par les parfumeurs ; quand le lilas est passé, pour respirer son arôme, il faut attendre le printemps suivant; tenez, voici la recette des parfumeurs pour faire l’odeur de lilas blancs ;

Extrait alcoolique de pommade

à la tubéreuse 57 centilitres.

— à la fleur il’oranpe.... 14 —

Essence d’amandes .3 (touttcs.

Extrait de civette 14 prammos.

Eh bien, il y a des gens t|ui prennent cela pour l’odeur du lilas...

Le lilas s’est d’abord et longtemps appelé lilac. C’est sous ce nom que l’apporta pour la première fois à Vienne, en 1362, le Flamand

CONFÉRENt'.E SUR I. E LILAS 137 Busbecq, ambnssadeur de l’empereur d’Allemagne à Cbnsiantinople,

Un botaniste, Maithiole, vit la plante et se permit de l’appeler syrinçfa. Il ne faut pas trop blâmer Miitlhiole, car c’est la manie de ces gens-là de donner de vilains noms aux belles fleurs, et ce nom de syringa n’est pas trop déshonnête.

Seulement, comme on avait déjà une autre fleur appelée seringa, on a appelé celle-ci philadelphe.

Ils vous diront <jue le « syringa » est de la famille des oléacécs, section des fraxinées, de la dinndice monogynic du système de Linné.

On connaît le nom de tous les tueurs d’hommes de tous les ravageurs de la terre, — des Alexandre, des Tamerlan, etc., etc., et on ignore presque toujours celui des bienfaiteurs de l’humanité! — comme si l’acquisition d’un bel arbre, d’une belle fleur, d’un bon fruit ou d’un bon légume ne valait pas mieux que l'acquisition

d’une province ravagée, qu’il faut presque tou-

jours rendre, un jour ou un autre. Dans les dictionnaires biographiques, ceux qui parlent de Busbecq, ne parlent pas du lilas.

1562 ! — Je pense à tous les poëtes qui n’ont pas vu le lilas, à toutes les belles à qui on n’en a pas offert.

Heureusement, le lilas se multiplie vite et facilement, et on le trouve depuis longtemps dans les plus pauvres jardins.

Il s’arrange de tous les terrains, de toutes les expositions ; cependant, si v*»us voulez le voir • heureux, plantez-le en place aérée et exposée au soleil, — il ne craint ni la chaleur ni le froid.

La culture a produit des variétés plus belles que le type.

On en a de toutes les nuances possibles, du violet pâle et bleuâtre, du violet presque rouge et du blanc.

Les plus beaux sont, sans contredit, celui, appelé Charles X, qui est d’un violet foncé ; le rouge de Marly, qui est en effet presipie du ,

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rouge de la giroflée ; un autre, nouveau encore, appelé sur les catalogues insignis rubra, rouge remarquable.

Le lilas de Perse à feuilles découpées est trèsgracieux et plus précoce que les outres. Il n’est venu en Europe que près de cent ans plus lard.

Des amours du lilas de Perse et du lilas commun, est né à Rouen le lilax Varin, dont on voit de si beaux pieds à Paris, dans les jardins des Tuileries et du Luxembourg. Ses rameaux sont grêles et piquetés de blanc ; c’est, de tous, celui qui a les plus grands ihyrses de fleurs, et qui étale le plus franchement la véritable nuance lilas.

Du lilas Varin est sorti le lilas Sougéj qui est presque rouge comme celui de Marly et a , comme le \'arin^ d’énormes thyrses.

Je possède deux variétés de lilas à fleurs doubles ; c’est plus étrange que beau.

Pour le lilas blanc, je n’en sais qu’une belle variété, c’est le lilas virginal. Le lilas blartb

commun a la fleur très-petite et grêle; le virginal, au contraire, l’a presque aussi forte et touffue que les autres lilas.

J’ignore si — depuis que j’ai quitté Paris — on a changé le procédé au moyen duquel on fabrique du lilas blanc pendant l’iiiver.

Le lilas blanc se fait avec le lilas lilas, de préférence avec le lilas Varin, ou le lilas Sougé, et surtout le lilas rouge de Marly.

Le lilas naturellement blanc n’est pas assez vigoureux pour supporter le traitement énergique de cette opération, et, d’ailleurs, ses fleurs jauniraient facilement.

C’est dans une serre chauffée à 35 degrés centigrades continus que le lilas, pris à l’état de repos hivernal complet, développe de magnifiques fleurs dans un espace de temps qui varie de quinze à dix-sept jours.

Aussitôt que les boulons à fleurs sont bien formés et près de s’ouvrir, toute lumière est supprimée aux plantes jusqu’à l’épanouissement

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