DESCRIPTION DE LA TRUFFLK OU TRUFFE
« Voici une plante dont aucun auteur n’a parlé, et, vraisemblablement, c’est par mépris pour elle ; car elle est anciennement connue. Cependant, il y a de l’injustice «à omettre un fruit qui est la nourriture de beaucoup de gens. Je ne veux «pas l’élever plus qu’il mérite, car je connais tous ses défauts; mais t’estime qu’il doit avoir place avec les autres, puisqu’il sert utilement et qu’il a ses amateurs. Outre le bas peuple et les gens de la campagne, je puis avancer, par la connaissance que j’en ai, que beaucoup de gens l’aiment par passion. Je mets à part si c’est affection bien placée ou dépravation de goût; il a ses partisans, cela me suffit.
« Il y a deux espèces de truffles : l’une rouge et l’autre blanche, tirant sur le jaune. Cette dernière est préférée, ayant moins d’àcreté que la première.
« Ce fruit est susceptible de divers assaisonnements, mais les gens du commun le mangent cuit simplement dans les cendres, avec un peu de sel. — J’avouerai que c’est un manger fade, insipide, et fort à charge à l’estomac ; mais il a un certain goût qui plaît à ses amateurs. Que peut-on objecter contre? et quand on est accoutumé à une chose, combien
LES FLEUHS.
ne perd-elle pas de ses défauts? Un fait certain, c’est que ce fruit nourrit, et que, par la force de l’habitude, il n’incommode point ceux qui y sont accoutumés de jeunesse. D’ailleurs, il est d’un grand rapport et d’une grande économie pour les gens de bas état : ces avantages peuvent bien balancer ses défauts. H n’est pas inconnu à Paris; mais il est vrai qu’il est abandonné au petit peuple, et que les gens d’un certain ordre mettent en dessous d’eux de le voir paraître sur leur table. Je ne veux point leur en inspirer le goût, que je n’ai pas moi-même; mais on ne doit pas condamner ceux à qui il plait et à qui il est profitable. »
Après cette profession de foi pleine d’impartialité et de tolérance, l’auteur de Y École du potager donne quelques détails sur sa culture ; mais il les donne du bout des lèvres, avec un dédain qu'il ne peut dissimuler. — « Faites ceci — ou faites cela, peu importe; je crois qu’il n’y a par besoin de tant de soins. » — Enfin, pour montrer jusqu’au bout qu’il n’est animé d’aucuns mauvais sentiments pour la pomme de terre, et qu’il serait, au contraire, enchanté de lui trouver quelque emploi, mais que ce n’est pas sa faute si elle n’est, en réalité, pas bonne à
iO LES FLEURS,
grand’chose, il termine ainsi d’une façon triomphante :
« Je ne lui connais aucune propriété pour la médecine. »
(En effet, ça ne purge pas, ça ne guérit aucune maladie, — excepté cependant la faim.)
« On avait imaginé, continue-t-il, d’en faire de la poudre à poudrer, qui pouvait suppléer, dans le temps de cherté des grains, à la poudre ordinaire : elle eut d’abord quelque succès, et le ministère aida l’entreprise de sa protection ; mais, à l’usage, on lui reconnut le défaut d’être trop pesante et de ne pas tenir sur les cheveux, ce qui la fit échouer, et il n’en est plus question. »
C’est mie preuve de plus de l’inimitié profonde et irréconciliable que l’homme se porte à lui-même T sans lui, l’homme serait heureu*. Voyez avec quel courage il se défend contre tout ce qui peut lui être utile ou avantageux, et avec quelle faveur, quel enthousiasme il accueille tout ce qui lui est contraire et malsain.
Quoiqu’on se soit, comme vous le voyez, fort longtemps passé de la pomme de terre, ce serait une triste chose que d’être réduit à s’en passer mainte-
najjt ; et si ce tubercule n’avait été que prêté aux hommes, ils auraient longtemps à le regretter.
Parmentier, auquel la France doit l’usage de ce légume qui nourrit une partie de la population, n’a pas, dans l’histoire et dans la reconnaissance des peuples, la place qu’il mérite. Il y a longtemps que, à l’usage des peuples, j’ai retourné un ancien proverbe, et que j’ai dit : « Aime bien qui est bien châtié. ?» Le dernier des conquérants , qui a attiré sur un peuple tous les maux et toutes les misères, est placé dans la mémoire de ce peuple bien au-dessus de Parmentier, dont le nom même n’est pas connu dans des provinces entières, dont la moitié des habitants mourraient de faim sans ses efforts opiniâtres
Parmentier est mort en 13 IG. — Je crois que Montdidier, sa ville natale, vient de lui élever une statue ; — je prie quelque habitant de Montdidier de fixer mes doutes à cet égard. — On a attendu longtemps, — si toutefois c’est fait, — on a attendu qu’il devînt à la mode parmi les villes de dresser des statues chacune à ses illustres morts. — Peut-être veuton être bien sûr qu’ils sont tout à fait morts ; c’est non un hommage qu’on rend, mais un héritage qu'on recueille. — On reconnaît volontiers les services et la gloire des gens quand ils ne sont plus Ih pour en
profiter, et qu’on peut s’enorgueillir et humer l’encens en leur lieu et place.
C'est cette juste façon d’apprécier la justice de la postérité qui a inspiré à un poète que j’ai cité deux ou trois fois déjà ici, sans le nommer, la courte boutade que voici. — Excusez les vers. —
Cette postérité pour qui l’on s’évertue,
C’est ce gamin qui joue aux billes dans la rue.
Dont les cris importuns m’empêchent de trouver Ces beaux vers qu’à lui seul je prétends réserver.
Jouez au cerf-volant, jouez à la toupie.
Redoutés galopins!
Un jour vous vengerez ma muse, qu’on oublie.
De mes contemporains;
Car je n’écrirai plus lorsque vous saurez lire.
Vous pourrez sans danger, moi mort, louer ma lyre,
Et vous vous servirez cfc mes défunts talents Pour vexer à leur tour les poètes vivants.
La pomme de terre s’appelle en italien tartufolo ;
— en espagnol et en portugais, patata; — en anglais, potato ; — en allemand, kartoffel, erdapfel;
— en russe, semlenaja jagod , etc.
Je voudrais bien savoir ce qu’est devenu Yullioco ,
— une plante qui a été fort prônée il y a quelques années, comme alimentaire. — Il est fâcheux qu’elle
LIS FLEliHS.
n’ait pas tenu ce qu’on promettait pour elle ; car nonseulement elle n’est pas exigeante sous lerapportde la culture, non-seulement elle ne demande pas de soins pour prospérer, mais une fois établie dans un terrain, il n’est pas de chiendent, il n'est pas de Gascon plus difficile à en faire sortir. Aucune plante ne se multiplie avec autant d’abondance et d’opiniâtreté : il suffit qu’il reste dans un terrain un morceau du tubercule gros comme un grain de café, pour que l’été suivant vous voyiez sortir de terre ses feuilles charnues, presque rondes, ses tiges volubiles et grimpantes, ses fleurs blanchâtres, insignifiantes, mais exhalant une assez douce odeur de vanille. Si à l’automne vous fouillez à la place d’où est sortie la tige, vous trouvez un tubercule gros au moins comme le poing, tubercule irrégulier dont la substance ressemble assez, pour les yeux, à celle du topinambour, quoique plus mucilagineuse ; ensuite, si vous n’enlevez pas ce tubercule avec précaution, si vous en brisez la moindre parcelle, vous en retrouverez de pareils l’année prochaine autant que vous aurez laissé de petits morceaux. Peut-être s’est-on découragé trop vite. Si l’ullioco peut être employé à quelque chose, ce quelque chose serait bientôt très-abondant et à très-bon marché.
Beaucoup de gens, et il serait bien difficile qu'il n’y eût pas quelques-uns de ces gens-là panui nos . lecteurs, aiment les fleurs, mais ne pensent à elles que lorsqu’ils admirent la splendeur de leurs corolles, ou respirent leurs suaves odeurs. Le parfum s’évapore, les pétales se flétrissent et tombent, et il n’en est plus question jusqu’à la même époque de l’année suivante. Mais il arrive de Là souvent des déceptions. Pour beaucoup de plaisirs horticoles, c'est pendant l’hiver qu’il faut préparer son printemps, et voici ce qui arrive tous les ans : c’est à l’époque où l’on voit fleurir les premières jacinthes, que l’on pense que l’on aurait bien fait d’en planter chex soi ; c’est alors seulement que l’on demande des oignons aux marchands; or, à cette époque, les marchands ont replanté leurs oignons depuis longtemps pour ne pas les perdre, et ne peuvent satisfaire aux demandes qu'on leur adresse,
C’est une charmante chose que la distinction ; mais il ne faut pas qu’elle dégénère en prétention et en manières. Il y a des choses communes qu’il ne faut pas dédaigner : rien n’est aussi commun que le soleil, si ce n’est l’amour. Le désir de la distinction doit-il nous porter à renoncer à l’amour et au soleil? ' *
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Tout le monde veut se distinguer, c’est-à-dire attirer et fixer les regards. On use, à cet effet, d’industries extrêmement variées. Il y a eu des moments même où la distinction consistait à avoir, à porter, à dire des choses communes. Le suprême bon genre a été un moment, au café de Paris, de demander, pour son diner, de la soupe aux choux et un haricot de mouton de portière. Cela se demandait très-haut, avec un regard de côté pour jouir de l’effet qu’on produisait. Les gros paletots, les plus gros gourdins ont fait leur temps. Nous avons vu la mode des vieux chapeaux.
Il paraît qu'il y a des personnes qui trouvent commune l’odeur de la violette, du réséda, du chèvrefeuille, de la verveine, etc. ; leurs nerfs irritables ne peuvent s’accommoder de ces odeurs brutales. Un parfumeur vient d’imaginer pour ces personnes d’une si précieuse délicatesse des parfums nouveaux, des parfums qu’il emprunte à des fleurs sans odeur, ou du moins à des fleurs qui ne prodiguent pas leurs émanations au nez du vulgaire et les réservent pour des \\a d’élite, — ou bien qui exhalent des parfums si ténus, si éthérés, que, seuls, ces ne? d’élite peuvent les saisir ; — nez qui me rappellent l’oreille de et personnage d’un conte de fées qui écoutait l’herbe
pousser, et qui se plaignait il’ un grand mal de tète, parce qu’une mouche galopait trop bruyamment sut une vitre.
Ce parfumeur offre à la fashion deux parfums tout nouveaux . l’un est l’odeur d’azalée, l’autre l’odeur de camellia. Les azalées qui ont de l’odeur ont celle de la fleur d’oranger ; il est donc probable que ce n’est pas à ces variétés qu'il a été demander ce parfum si plein de distinction et si nouveau ; — c’est incontestablement à des variétés inodores, — inodores du moins pour les nez du commun, comme le vôtre, comme le mien. Le second parfum est l'odeur de camellia pour le mouchoir.
Mon bon et spirituel camarade Rolle a, dans le temps, célébré l’odeur enivrante des camellias ; — mais il a avoué, depuis, que le camellia qu’il avait vanté était un magnifique punctatum placé au centre d’un énorme bouquet de violettes de Parme.
On a annoncé, il est vrai, sur certains catalogues, un camellia odorant. — On en a vendu, — on en a acheté; mais l’odeur s’est toujours perdue dans le trajet (pie faisait la plante du domicile du vendeur à celui de l’acheteur.
' Quoi ! parmi toutes ces charmantes cassolettes de rubis, de saphir, de topaze, qui exhalent au soleil
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tant de si suaves parfums, il ne s’en trouve pas qui plaise à ces gens distingués auxquels s’adresse ce parfumeur 1 11 faut qu’il extraie, par des moyens violents, de l’odeur des fleurs qui l’avaient toujours dissimulée jusqu’ici.
O le plaisant projet d’un poète ignorant,
Qui de tant de héros va choisir Childebrand!
Mais cet industriel aura beau faire, il sera bientôt déclaré timide , et débordé par des confrères jaloux et plus hardis.
Si le parfum de camellia a du débit, — on ne tardera pas à le déclarer trop fort, brutal, violent, — commun ; — et nous verrons mettre en vente successivement l'odeur d’or et d’argent, — l’odeur de perle fine,rodeurd’émeraude, — l’odeur du soleil et l’odeur de la lune, — l’odeur d’eau de source, qu’on priera de ne pas confondre avec l’odeur d’eau de rivière, — tant on poussera loin l’éducation des nez distingués, délicats et précieux. — J’ai là le nom du parfumeur, mais je ne le dirai pas, — ce serait empiéter sur les droits de la dernière page du journal et lui faire une annonce ; — car le ridicule ne lue plus en France, — au contraire.
A LÉON GATAYKS
il y a une question qui vient de faire un pas immense; ce n’est pas la question de la guerre : tout le monde en parle, excepté ceux qui savent, ou, du moins, ceux-ci disent, non ce qu’ils pensent, mais ce qu’ils veulent qu’on croie.
La question qui a fait un pas immense, c'est la question des abricots.
L’abricotier, dans la plus grande partie de la France, a la mauvaise habitude que voici : quand vient l’hiver, il s’endort et il rêve; il rêve qu’il est encore dans son pays natal, dans l’Arménie, d’où les botanistes l’appelent prunus armeniaca ; puis i! s’éveille à moitié nar une ma-
tinée de printemps où il fait un peu de soleil, et il ouvre ses fleurs blanches. Mais, peu de temps après, urte petite gelée vient le surprendre et brûler les étammes de la fleur: la iécondation est impossible, et il n’y a pas d’abricots; c’est pourquoi, tous les ans, dans la moitié de la France, on dit : « Il n’y a pas d’abricots celle année. * L’homme a, par ses soins persévérants, créé tant de variétés de fleurs et de fruits 1 — Il s’agirait de chercher et de trouver un abricotier tardif, assez pour être à l’abri des dernières gelées. En attendant, on a essayé de déshabituer les anricotiers que nous avons de faire des rêves et de fleurir trop vite. — Un certain docteur Leclerc a fait, il y a quelques années, une tentative dont les résultats ne sont pas parvenus jusqu’à moi. Le docteur Leclerc n’était pas mû précisément par l’amour des abricots : ses recherches avaient été décidées par un sentiment d’humanité. Il publia, en ce temps-là, une brochure où il s’attendrissait fort sur la pudicité de la sensitive, laquelle contracte ses feuilles, comme presque tous les mimosas, lorsqu’on la touche, ou lorsqu’il fait nuit. — Il parlait beaucoup aussi de la douce sensibilité de la vigne, qui pleure sous la serpette du jardinier. « Pleure-l-elle, au printemps, demandait le docteur Leclerc, les maux et les crimes que les abus du vin produiront à l’automne? ou pleure-L-elle à cause de sa maladie? ou témoigne-t-elle ainsi une horreur de l’eau qui lui fait rejeter toute humidité? »
M. Leclerc ne s’accoutumait pas à voir tailler, cest- » lire mutiler les arbres; il imagina, pour leur rendre cette opération moins douloureuse, de les endormir à l’aide de l’éther et du chloroforme.
Ce n’est pas une plaisanterie, le docteur existe.
Voici qu’à son tour M. B... dit un journal belge, iie Courrier de Char leroy, mû surtout par un vif amour des abricots, vient de tenter une autre expérience.
11 a magnétisé les abricotiers de son jardin. Pour ce qui est du résultat, on le verra dans cinq ou six semaines; il y en a cependant un qui est acquis au procès : c’est l’opinion de M. B... sur lui-même et sur son expérience.
M. B..., ditle Courrier, ne doute pas de la possibilité de réveiller les abricotiers lorsque la saison sera assez avancée pour ne plus craindre les gelées; peut-être ne manquerait-il pas d’intérêt de voir le savant magnétiseur M. B... faire des passes devant ses arbres et leur inoculer son fluide; — même scène pour les réveiller.
Un abricotier que l’on ne réveillerait pas ne donnerait naturellement ni fleurs ni fruits; mais on les réveillera tous.
11 reste deux autres dangers à cette opération. Je demande à M. B... la permission d’appeler sur eux son
atten tion.
N’est-il pas possible qu’un abricotier magnétisé devienne lucide, se mette à parl er et prédise l’avenir
comme les chênes de Dodone"? (Jn abricotier lucide pourrait dire de trèS-drêlés de choses, monsieur B...I
J fans ün vieil opéra, Âlcidamas s’écrie :
O Dieu! soyez témoin que je souffre un martyre Qui fait fendre le cœur 1 dé ce cliéiie endurci.
Sylvie répond :
li faut croire plutôt qu’il s’écluté dé Pire*
Oyaut les sols propos que tu me fais ici.
D'autre part, le fluide de - M. B... ne peut-il exercer une certaine influence féconde sur les espèces ou sur les fruits eux-mêmes? N’en peut-on pas remontrer par hasard une nouvelle variété d’abricots, par exemple, l’abricot-pêche à odeur de M. B...?
Voici quelques faits attestés par des gens vivants, et qui viennent à l’appui des expériences que j’ai rapportées. Cependant, de ceux que je vais citer, j’en sais un qui est mort fou, après avoir fait mourir folle sa femme, qu’il aimait tendrement i c’est Ilcnneqtiin. Les antres sont, je crois, encore de ce monde, tout en vivant dans un autre.
t A Saint-Quentin, le docteur Picard mesmérise des fleurs, des arbres et des fruits. lia ainsi produit un abricot qui, après huit jours de magnétisation, avait acquis la grosseur d’un melon ; douze personnes en mangèrent chacune une tranche et H en resta. »
( Union Médicale, du 25 mai 1856,
«itêe par le doeteur Mabru)
« Certains magnétiseurs prétendent endormir la lune et la font tomber en syncope. »
(àrago. Biographie de Bailly)
« Iienneqùin a publié un poëme, Juanita, qui lui avait été dicté par sa chaise. »
(Hennequin, Religion, p. 610)
« J’ai entendu une table dicter des pages que Dante n’aurait pas trouvées. »
(Auguste Vacquerie)
« Une personne prend un caillou dans sa main. Par la seule volonté de M. Philips, le caillou devient si brû- * lant, que cette personne est obligée de le jeter. »
(Louis Figuier)
« Le magnétiseur Ricard à fait pleuvoir, par la seule force de sa volonté, à Montpellier, sur la place du Pérou. »
(M. de Mirville, p. 297)
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