‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr Les fleursChapitre 3 sur 12 · A EUGÈNE SUE · texte numérisé non relu

A EUGÈNE SUE

En 1801, le célèbre botaniste ITænke découvrit, près du fleuve des Amazones, la plus merveilleuse plante qu’il soit possible d’imaginer : c’était évidemment une nymphéacée , c’est-à-dire une plante ressemblante à notre nénufar ou lis des étangs ; mais ses gigantesques proportions lui donnaient l’apparence d’un rêve. En effet, chacune de ses fleurs, flottant sur l’eau, n’avait pas moins d’un mètre et demi d’étendue, quelques-unes mêmesétaient plus grandes. Les fleurs, blanches d’abord, et montrant, lors de leur entier épanouissement, un centre d'un rose vif, avaient trente centimètres de diamètre.

Ces plantes couvraient une sorte d’étang de plus d’un quart de lieue; Hænke, saisi d’admiration, se jeta à genoux dans le bateau qui le portait.

Hænke mourut dans le cours de ses voyages , et ses notes ne furent mises en ordre que très-longtemps après sa mort.

En 1819, M. de Bonpland avait rencontré à son tour la vidoria regia au Paraguay ; il en envoya des graines en Europe; mais elles ne germèrent pas. Il paraît que la plante de Hænke et celle de. Bonpland offrent quelques différences. Ainsi la plante vue par M. Bonpland a les feuilles vertes dessus et dessous, tandis que celle de Hænke a le dessous des feuilles d’un pourpre violet. De là grande rumeur, parce que M. d’Orbigny. qui a rencontré, en 1827, sur les frontières du Paraguay, la plante de Bonpland, lui a donné le nom de Victoria crnziana , et a envoyé, la même année, au muséum de Paris, un dessin avec des fleurs et des feuilles desséchées; tandis qu’il ne trouva la plante de Hænke qu’en 1 833, un an après que Pœppig l’avait rencontré, et lui avait donné le nom de euryale amazonien* en place du nom de mururu que lui donnaient les indigènes.

En 1837, sir P»obert Sehomburgh, explorant la Guyane anglaise, envoya un portrait de la même

LES FLEURS, plante, celle de Hænke, en Angleterre, en la désignant sous le nom de nymphœa Victoria.

En 1 8 47, M. E. Gray la décrivit dans le Journal de Botanique, sous celui de Victoria regina.

Trois mois plus tard, le docteur Lindley publia les dessins de sir Robert Schomburgh, et baptisa la plante du nom de Victoria regia.

M. Gray se fâcha.

Sir Ilooker demanda qu’on appelât la nouvelle nymphéacée Victoria regina, pour des raisons d’analogie.

M. Sovverby réclama le nom de Victoria amazonica pour se rapprocher du nom imposé par Pœppig.

Déjà auparavant, M. d’Orbigny avait publié ses réclamations dans l’Écho du monde savant.

La guerre fut allumée, il coula beaucoup d’encre; mais la plante n’était pas encore arrivée en Europe. — En 1857, sir Robert Schomburgh en avait envoyé des pieds, qui étaient morts en route.

En 1846, M. Bridges, célèbre collecteur, alla exprès chercher des graines, et les rapporta dans un bocal plein de terre humectée. Le jardin de Kew en acheta vingt-cinq : deux seulement germèrent ; mais les plantules périrent presque aussitôt.

En 1848, un médecin anglais envoya des plantes

et des fruits. Les rhizomes arrivèrent putréfiés . et les graines ne germèrent pas.

En 1849, des Anglais demeurant à Georges-Town se cotisèrent pour envoyer une expédition d’indiens, qui leur rapportèrent trente-cinq pieds de la merveilleuse plante ; mais les trente-cinq pieds périrent tous.

Enfin deux médecins, MM. Hugues Rodie et Luckie, envoyèrent des graines au jardin de liew. Ces graines, transportées dans de petites fioles d’eau pure, arrivèrent le 28 février 1849. Le 23 mars suivant, six plantes étaient levées et se portaient bien. Une de ces six plantes, .transportée et cultivée à Chastworth, chez M. le duc de Devonshire, fleui it le 8 novembre 1849.

Une seconde fleurit le 10 avril 1850, chez M. le duc de Northumberland.

Enfin une plante née de graine à Chastworth , en février 1850, fut apportée à Gand, chez M. Van Houtte, célèbre horticulteur, le 26 mai de la même année, et le 5 septembre suivant s’ouvrait sa première fleur.

Tout ce que je viens de vous raconter est tiré assez laborieusement de l’histoire complète de la vie toriu rei/ia , que vient de publier la Flore fies serres et jardins de l’Europe.

Je renvoie à la Flore ceux des lecteurs qui voudront avoir des détails sur les constructions de l’habitation du palais de verre que M. Van Houtte a fait construire pour sa nouvelle hôtesse, et sur l'appareil de chauffage et la culture de la Victoria regia. La serre doit avoir une température de vingt-huit degrés centigrades , que le soleil élève jusqu’à trente-cinq, et l’eau, une chaleur de vingt-neuf à trente-deux degrés centigrades. Un volume entier est consacré à la Victoria regia. Avec les ren- * seignements qu’on y trouve, on peut facilement établir son domicile et la cultiver. Malheureusement, ce domicile et le chauffage sont chers, et il n’v a que peu de personnes qui pourront voir fleurir chez elles un des plus magnifiques végétaux qui existent. Mais c’est un luxe que la ville de Paris se doit à elle-même; c’est plus curieux et plus agréable qu’un ours, et ça ne coûterait pas aussi cher à entretenir que les huit ou dix hyènes qui composent aujourd’hui le fonds de la ménagerie du jardin de£ Plantes. J’espère bien que l’administration du muséum va se mettre en mesure de confier à M. Neumann, le directeur des serres, une jeune Victoria regia, que les Parisiens ne tarderont pas à admirer, grâce à la rapidité de végétation de cette magni-

lique nymphéacée, rapidité aussi extraordinaire que * sa splendeur et ses dimensions.

11 serait honteux qu’on hésitât. Même pour un particulier, il sera désormais bien misérable d’avoir une serre chaude sans y préparer un asile pour la Victoria regià; seulement, je ne cache pas aux amateurs que, pour qu’elle vive un peu «à l’aise, et puisse y étaler ses feuilles et ses fleurs, ce n’est pas trop d’un bassin de huit mètres vingt centimètres de diamètre, et de un mètre quatre-vingts centimètres de profondeur.

Consolons maintenant un peu ceux qui ne verront peut-être jamais cette riche plante, et aussi ceux qui comme moi la verront, mais ne la posséderont pas, et parlons des richesses gratuites ou à peu près qui peuvent s’épanouir dans les eaux de nos jardins, dans un bassin, dans une mare, dans un tonneau même. Je ne connais, sans aiicun doute, pas toutes les plantes aquatiques; il y en a d’autres que j'ai vues, mnais que je n’ai pas cultivées; quelques-unes que je ne connais que de réputation. Je parlerai discrètement de ce que je n'ai pas vu moi-même, et j’en avertirai mes lecteurs.

Pour ceux qui n’ont pas vu la Victoria regia, le nénufar blanc, le lis des étangs , est sans contredit

la plus belle des plantes aquatiques, et une des plus belles plantes qu’on connaisse.

Ses feuilles rondes, d'un beau vert, de la largeur d'une assiette, et flottant sur l’eau; ses larges fleurs blanches et doubles en forme de volant, épanouies fendant tout l’été, en font un magnifique spectacle.

On l’appelle en grec, vu^cûx; — en latin, nymphéa ; — en italien, nenufaro ; — en allemand, ivasseriilie ; — en anglais, waterrose; — en hollandais, zeebloem; — en danois, soeblomster; — en polonais, grzybienie; — en russe, kubischka; — en arabe, nilufar.

Ne pensez pas que je veuille vous faire croire que je sais toutes ces langues : j’ai trouvé ces noms dans un livre; et, comme cela m’intéresse, je veiix partager avec vous le petit plaisir que j’en retire.

Le nénufar jaune est moins splendide , mais c’est encore une fort belle plante ; ses feuilles presque aussi grandes sont plus allongées, et non plus grandes et plus rondes, comme dit un livre très-intéressant, la Flore medicale. Sa fleur est beaucoup plus petite, simple, mais d’un très-beau jaune; tous deux se multiplient par des tronçons de racines que l’on plante à une profondeur de deux à six pieds d’eau, dans une terre qui n’a pas besoin de beaucoup d’épais-

seur. En général, la terre qui convient aux plantes aquatiques est un mélange de sable et de terre franche.

Le nénufar blanc a une odeur douce et faible; l’odeur citrique du jaune est plus forte, mais a plutôt l’air de sortir de la boutique d’un parfumeur que du calice d’une fleur. J’ai vu des nénufars cultivés dans de. grandes tonnes, où ils fleurissaient très-bien.

• Le Bon Jardinier dit que le nénufar blanc fleurit de juin en août ; il serait mieux de dire : de mai en septembre. L’apparition des feuilles du nénufar à la surface de l’eau est pour les jardiniers un signe qu’il n’y a plus de gelées à crajndre, et beaucoup d’entre eux attendent cette apparition pour sortir les orangers.

Le nénufar a une mauvaise réputation fort usurpée ; je ne sais si c’est à cause de cette réputation que les phalanstériens l’ont en horreur, mais j’ai un peu perdu des bons sentiments du spirituel Toussenel depuis qu’il a appris que je le cultive dans mon jardin. L’électuaire de chasteté, le sirop de nénufar, le miel et l’huile de nénufar, n’ont aucune vertu, et les paysans suédois mêlent dans le pain, à la farine , de la racine de nénufar râpée , sans aucun inconvénient. Les Égyptiens mettaient d’ordinaire un nénufar sur la tète d’Osiris.

Djgiitjed by Googt

Le pontederia cordala n’est que depuis un an dans la mare, alimentée par une petite source, où je cultive mes plantes aquatiques, et il n’y a pas encore fleuri, mais il a élevé de grandes feuilles d’un beau vert, ovales et échancrées à la base, à près de trois pieds hors de l’eau. Je lis dans un petit ouvrage de M. Pépin, que ses fleurs sont disposées en épi droit de quatre à cinq pouces de long, et sont d'un beau bleu. Je me délie du bleu de jardinier; je vous l’ai déjà dit : le bleu, vu la rareté de cette couleur, est attribué parfois aux plantes un peu trop libéralement.

Mes deux pieds de pontederia sont forts, et j’en verrai sans doute la fleur cette année, de mai en septembre, durée de la floraison de cette plante ; elle se multiplie par éclats du pied, ce qu’il faut faire en avril et en octobre, c’est-à-dire avant et après la période de végétation,

11 est une erreur assez répandue, même chez certains jardiniers : c’est qu’il faut séparer et transplanter les végétaux pendant l’hiver légal, l’hiver de l’almanach. La plupart des végétaux, en effet, cessent de se développer, du moins d’une façon apparente, dans cette saison, mais non pas tous ; il faut prendre chaque plante dans son hiver à elle, c’est-à-dire pendant son sommeil. Cependant ce u’est pas au

milieu de cette phase de torpeur, mais au commencement ou à la fin, que le moment est le plus favorable ; ainsi, j’ai toujours vu réussir surtout les plantations faites en novembre, quand la sève circule encore lentement, et je préfère les transplantations exécutées h la fin de l’hiver à celles que l’on fait au milieu.

Il est encore à cela quelques exceptions, ou plutôt des exemples de ce principe porté plus loin. Nous en citerons une tout h l’heure à propos de Yarundo donax . — Il nous en vient une autre en mémoire. — I/anémone hépatique, très-délicate à la séparation des pieds, supporte beaucoup mieux cette opération, ainsi que celle de la transplantation qui en est la suite, au moment de sa floraison.

Revenons au pontederia. — Son pied ne doit être couvert que de six h huit pouces d’eau ; c’est assez, du reste, pour que la plante passe nos hivers à l’air libre, — contrairement à l’assertion du Bon Jardinier, qui la signale comme étant d’orangerie. — Il est vrai que l’exemplaire du Bon Jardinier que j’ai sous les yeux est de 1841 , et que l’article peut avoir été corrigé depuis.

J’ai planté également, il y a un an, la péronie ou thalia dealbata, mais elle n’a pas poussé du tout.

M. Pépin assure % qu’elle passe l’hiver à l’air libre, pourvu qu’elle soit couverte de huit à dix pouces d'eau. M. Armand Gontier, de Fontenay-aux-Roses, ne la cultive pas autrement, ce qui est encore contraire à l'opinion du Bon Jardinier... de 1841. La péronie élève, dit-on, à plusieurs pieds au-dessus de l’eau, de grandes feuilles ovales et des fleurs en épi, les uns disent d’un rouge violacé, les autres rose, les autres d’un pourpre foncé. Je ne serais sans doute pas dans cette incertitude sans la fâcheuse habitude que prennent les jardiniers, de plus en plus chaque jour, de séparer les plantes en fractions trop petites ; car j’avais planté deux pieds de thulia dealbata. Cette habitude cause la perte de beaucoup de plantes. Il n’est guère d’amateur cependant qui ne consentit volontiers à payer une plante un peu plus cher, à la condition d’en recevoir des exemplaires plus forts. Les dérisoires fragments qu’on reçoit le plus souvent ou périssent dans la même saison, ou sont fort longtemps avant d’avoir pris assez de développement pour donner des fleurs.

Le bulome ou jonc \\euvi y pour ne pas venir de la Virginie et de la Caroline, comme le pontederia et la péronie, n’en est pas moins une charmante plante qui pousse d’elle-même sur le bord des rivières un

peu lentes et des étangs. Submergé l’hiver, il a souvent le pied sans eau pendant l’été; cependant, dans rnon jardin, il est constamment immergé sous près de deux pieds d’eau, et fleurit très-bien. Le butome, de juin en août, élève, du sein de feuilles triangulaires, en forme d’épée, une tige droite, verte, ronde, sans nœuds, de deux à trois pieds, couronnée d'une ombelle de fleurs séparées par de longs pédoncules, et d’un rose approchant du rose de la fleur du pêcher. Le butome doit être planté de préférence dans du sable argileux.

Le ményanthe ou trèfle d’eau est également une plante de notre pays.

On l’appelle en latin menyanthes palustris; — en italien, mentante ; — en anglais, mars trefoil ; — en allemand, wasserklee; — en hollandais, water drieblad ; — en polonais, cwikla lesna ; — en russe, trilistnik.

Le ményanthe a pour tige une souche noueuse et rampante, ses feuilles sont tout à fait semblables h celles du trèfle, sa fleur est un épi de petites fleurs roses avant leur épanouissement, blanches après ; les pétales de la fleur sont bordés de filaments extrêmement fins, qui lui donnent l’apparence d’être faite de plumes.

Le ményanthe ne doit pas être plaeé à plus d’un pied sous l’eau ; trois ou quatre pouces lui suffisent. En Angleterre, on emploie quelquefois le ményanthe à la place du houblon dans la fabrication de la bière. Il n’est pas moins amer. On s’en sert en médecine.

Le typha, roseau à musseth, celui que les Juifs mirent aux mains du Christ pour figurer un sceptre dérisoire, s’élève très-majestueusement du milieu de l’eau; sa tige est d’un beau vert, droite, et terminée par un épi de fleurs si serrées, qu’il semble en velours brun. Les racines, dans leur jeunesse, ont un goût assez agréable, et, dans certains endroits, on les confit au vinaigre comme des cornichons ; avec les feuilles on fait des toitures qui, dit-on, durent plus longtemps que le chaume avec le duvet qui compose les épis, on a fait des m itelas et des coussins, on les a cardés et feutrés, et, en les mêlant à du poil de lapin , on en a fait des chapeaux de castor.

Je vous ai parlé plusieurs fois de Yaponogeton distachyon, mais je dois me répéter un peu pour placer dans ce chapitre toutes les plantes aquatiques. Cette charmante plante est originaire du cap de Bonne-Espérance. Elle a été introduite en Angleterre en 1788. — M. Jacques, jardinier du feu roi

Loüis-Philippê, là cultivait dans 1 '' * jmaine de Neuiîly, dès 1810, mitis il là rentrait l'hiver en orangerie. Cependant, il écrivait, ett 18“5, qu’il pensait qu’elle pourrait vivre à l’âir libre dans un bassin suffisamment profond.

Eh sërCé châüdé, où je l'ai vue souvent, elle est béaucoup plus petite et maigre ; en serre tempérée, sëS fêuilleS ét ses fîeiirs Sont loin d’acquérir toute leur dimension. Ainsi, M. Jacques donne à ses feuilles trois OU quatre pouces dé long. M. Pépin, jardinier du jardin des Plantes de Paris , qui l’a cultivée dehors depuis 1830, porte la grandeur des feuilles à huit pouces. Je la cultive également dans un bassin de rtioh jardin depiiis dix ans, et ses feuilles dépassent presque toutes même les dimehsions indiquées par M. Pépin. Ces feuilles sont longues, ovales, et d’un très-beau vert. Les fleurs forment comme un double épi, et ressemblent à un coquillage ; elles sont d’un blanc pur, et parsemées d’étamines noires; elles exhalent une odeur très-suave, que M. repin compare à tort à celle de la fleur d’oranger. M. Jacques la signalé Comme une odeur particulière et trèsagtéàble. Je süis de l’avis de M. Jacques. J’ajouterai que S'il faut classer cette odeur, je dirai qu’elle ressemble à la Vâiiille.

L'apôriogëtôii flëiirit plusieurs fois dans l'année ; je lë tiens sôüs l’eàu à iirië profondeur qui varie de dix-huit poucès à trois pieds.

La sagittaire, qui vient avec les butomes au bord des étangs et des rivières paresseuses, a des feuilles qui semblent autdrit dé fers de flèche que lanceraient aü ciel des tritons insurgés. Sa fleur est un épi de fleurs à trois pétales blancs, avec le centre d’un violet pâle. Au haut de l'épi, sont les fleurs mâles, reconnaissables à leurë étamines jaunes; elles s^épanouissent en juin et juillet. Quand on les prend au bord des rivières ou dès étangs pour les transplanter dans les eaux des jardins, il faut prendre un soin que je n'âi appris que par ma propre expérience, ne l’ayant ‘"ouvé indiqué dans aucun livre.

Vous aurez beau arracher cent fois des pieds de sagittaire et les replantér, ils mourront. Ce n’est pas le pied qu’il faut planter, mais les bulbes ovales, de la forme et de la grosseur d’une olive, qui se trouvent en chapelet à l’extrémité de tiges souterraines qui partent de la racine, et que l’on brise et laisse ait fond de l’eau , presque toujours en arrachant la plante. Vos bulbes plantées à la profondeur de six pouces à un pied sous l’eau, vous pourrez croire l’année d’après que vous vous êtes trompé, et que la

plante qui végète n’est pas la fléchière ou sagittaire que vous avez cru recueillir. Les premières feuilles qui monteront à la surface de l’eau seront de longues lanières vertes, semblables aux feuilles de la vallmiérie , dont nous ne parlerons pas ici, parce qu’elle ne vit que dans les eaux rapides et profondes des grands fleuves. Au bout de quelques jours, ou ces rubans changent de forme et se développent, ou il leur succède d’autres feuilles semblables à celles que nous avions remarquées, les premières feuilles en forme de flèche; ou ont la pointe émoussée, et il survient une troisième espèce de feuilles, ou bien la feuille passe par trois formes différentes. 11 n’est pas rare, cependant, de voir les plantes aquatiques avoir deux sortes de feuilles, l’une immergée et l’autre natante, et très-différentes l’une de l’autre. L’anémone, ou renoncule aquatique, et le potamo géton en offrent facilement des exemples.

La sagittaire de la Chine , que je ne connais pas, est, dit-on, plus belle.

Il y a encore la villarsie , plante relativement insignifiante, étalant sur l’eau des feuilles d’un à deux pouces, qui imitent celles du nénufar, et des fleurs semblables à celles du melon.

Le calla palustris, dont la fleur est un cornet vert

en dehors, blanc en dedans. On en cultive dans les jardins une très-belle variété exotique.

Le papyrus , ou souchet à papier, dont le feuillage est semblable au palmier, ne peut passer dehors que les mois d’été, et exige la terre chaude pendant l’hiver, etc., etc.

Passons maintenant à quelques plantes qui vivent dans l’eau, ou se contentent d’un terrain humide, ou seulement largement et fréquemment arrosé.

Nous dirons ensuite les arbres qui se plaisent au bord de l’eau.

Une des choses qui me choquent le plus dans les jardins est le défaut d’harmonie : ainsi des rosiers au bord de l’eau, à moins que ce ne soient des églantiers ; des myosotis dans un parterre me chagrinent les yeux, comme une fausse note me chagrine l’oreille.

Un jardin où tout est à sa place, à part même la végétation plus belle et vigoureuse, donne un sentiment de bien-être qui provient de toute harmonie.

Un jardin harmonieux — pardon du gros mot — ne vous fait pas subir cette impression pénible que l’amateur des jardins ressent de temps à autre, en rentrant chez lui, après s’être promené dans la campagne. C’est qu’un petit coin de bois, une colline,

un bout de prairie, une mare, sont plus jolis <jue

son jardin cultivé à grands frais.

C’est que la mare, le bout de prairie, le coîp de bojs, la colline sont harmonieux, c’est que tout y est à sa place, et que tout s’y porte bien.

Il y a des harmonies de plantes, de formes, de couleurs. Il m’arrive parfois de mettre, comme un peintre à un tableau, un ton rouge ou jaune à tejle place, en y plantant telle ou telle plante. Avec des saules bleuâtres, des oliviers de Bohême et des peupliers ypréaux aux feuilles blanches par-dessous , qn recule poqr les yeux up jardin de dix pas. Le jaune et le violet plis à côté l’un dp l’autre sopt plus jaune et p}us violet, etc., etc.

Dans l’eau, ou au bord de l’eau, ou avep de fréquents arrosements végète vigoureusement et s’étend rapidement l’isis de marais ou faux acorus,

En latin, iris pseiuloaçorus, 014 iris pplustrip lu- \ea selon Tournefort; — en italien, iride yialla ; — en espagnol, lirio espadanal; — ep anglais, yellow iris ; — en allemand, wasserschwertel ; — en hollandais, gell lisch ; — ep pqjqqais, fliiçcxylç. t’çlty ; — en russe, kasalndç,

L’iris de plaçais porte §pr upp haute tige des fleurs d’un jaune très-écjatant, Derrière cps iris,

pqur l’harmonie de la forme, j’ai planté, mais en terre non humide, lejs autres espèces d’iris à rhizomes- C’est un des plus beaux groupes de fleurs qu’on puisse yoir; j’en ai une cinquantaine de variétés. Les iris à oignon sont dans une autre partie du jardin, et ne s’accommodent pas de la même cubture. Les Éçossais font bouillir la racine de l’iris des marais avec de la limaille de fer, et en font de l’encre. On a essayé de substituer ses graines torréfiées au café. D’autres variétés donnent un beau vert pour la peinture, par la macération de leurs fleurs avec de la chaux. L’iris de Florence et quelques autres reproduisent, par leurs racines, l’pdenr dé la violette ; on en fait grand usage en parfumerie. La poipdre d’iris est un puissant sternutatoifé ; on l’a vus guérir des maux de tête et des maux de dents,

Le populage ou caltha palustris , pomme l’iris jaune, vient le pied dans l’eau ou simplement dans un sol largement arrosé au moment de la végétar tion. Ma terre est un peu sablonneuse; mais aussitôt que je vois poindre les feuilles des popujages, je donne chaque jour un grand seau d’eau à chaque touffe. Le populage est un très-grand bouton-d’or simple ou double; chaque fleur est de la largeur d’une pièce de cinq francs ; les feuilles soiu abon-s

dantes, rundes et d’un beau vert. Il fleurit au printemps. Dans les mêmes conditions de culture est le my< s tis sc> r, i ïde, ne-m'oubliez-pas; foryet-menol des Anglais; veryissmeinnichl des Allemands. Cn sait la traditi n : Deux fiancés se pr menaient sur le b rd du Khin ; le jeune homme voulut cueillir la j= lie fleur bleue, il glissa et se noya dans le Rhin ; mais en disparaissant il jeta sur le rivage une poignée de vert/mnieinuicht , ne-m’oubliez-pas.

En t ndant les myosotis quand la fleur est passée, on a une sec nde ILraisun, et des fleurs pendant tout l’été.

La canlmnine des prés est une sorte de cresson -, on mange même ses feuilles en place de cresson. La variété à fleurs doubles ressemble à la julienne double violette, mais elle est beaucoup moins belle; son avantage est de n’avoir aucun besoin de culture : elle vient en terre humide ou (l it être fort arrosée; elle fleurit en mai, et souvent pendant tout le mois de juin, pourvu qu’elle ait le pied assez humide. On tr uve la variété à fleurs doubles à l’état sauvage, m is de juin fleurit dans les prés le beau géii m bleu. 11 a bes ân de beaucoup moins d’eau ics eardamines, les myosotis, etc. Il a de grandes Heurs de la couleur du lin, et que les abeilles aiment

beaucoup. J’en ai une variété à fleurs panachées de bleu et de blanc. On m’en a envoyé une variété à fleurs doubles, mais elle n’a pas encore fleuri.

Une plante qui est d’un très-bel effet au bord de l’eau, quoiqu’elle n’ait pas besoin d’humidité dans nos pays, c’est 1 ’arundo donax, le roseau à quenouille ; il s’élève à huit, dix, et quelquefois quinze pieds. Les renseignements qu’on trouve dans la plupart des livres sont faux, il se multiplie par la division des pieds, mais seulement au printemps, quand il commence à pousser ; divisé en toute autre saison, il est à peu près certain qu’il périt. Le Bon Jardinier parle de sa Heur, mais conseille en même temps de couper ses tiges au mois d’octobre. Or. comme il ne fleurit que la seconde ou la troisième année, on n’a aucune chance de la voir. Il est bon de couper les tiges, en effet; mais il est bon aussi d’en laisser une ou deux sur une des touffes. L’année suivante, si l’hiver n’est pas très-rude, ces tiges se ramifient et peuvent fleurir. La fleur est une longue panicule d’un ri uge brun. Les anciens en faisaient des flèches, lethalis arundo ; des cannes, equitare in arundine longa ; des flûtes, meditabor arundim mmam. La variété à feuilles panachées est très-délicate. Je n’ai jamais pu la conserver trois ans, j’y ai renoncé : mais

56 bES FfiBURS.

je la remplace par une espèce très-rustique et trôsvivace qui ne s’élève pas à plus de deux ou trois pieds, et n'est pas plus grosse qu’une plume è écrire ; ses feuilles sont très-agréablement rubanées, et panachées très-irrégulièrement de blanc, de jaunâtre, de vert, et des nuances intermédiaires ; les jeunes feuilles ont, en outre, des panaclmreg Foses- On appelle vulgairement cette plante, herbe à rubans; son vrai nom est, je crois, eaiamuymtis.

Je ne vous parlerai longuement ni du cocbléarta qui orne encore le bord des eaux, ni d’une petite véronique à fleurs d’un bleu sombre appelée bec cabunya.

Le cresson de fontaine, planté au bord de l’eau, y forme une charmante verdure.

Le cres^bu s’appelle en latin sisymbrium tiaslurtium; '—en italien, agretto / — * en espagnol, berro; — en anglais, water-aresses ; — en allemand, brun nenkress .

Il me reste à vous parler des colchiques qui émaillent à l’automne les gazons, comme les crocus au printemps; mais ceux-ci, ainsi que les safrans, ne s’arrangeraient pas du terrain humide où se plaisent les colchiques

‘ Le colchique s’appelle on latin colchicnm; — en

LES FOTRS.

italien, giylio matto ; t— en espagnol, quitamcriendas; — en angles, meadow spffron; — en aile?

mand, zeitlose ; — en polonais, cimovit ; — en hollandais, naatke vrauwen.

\æ paysan anglais rappelle, dit-on, darne me y parce qup la fleur paraît à l’automne sans ses larges feuilles, qui ne sortent de terre qu'au printemps, sut-» ?an{. D'ordinaire, les fleure du çolehjque soq| d’yp lihtë plus pu jnoips pâle, C’est 4e f£lte çpqleyr que je les ai vu couvrir les prairies de }a basse Ifor? mandie , et celle qu’arrose la tyarne autoyr 4e CM-: Ions. Op ip’asspre que dan§ le§ prairies des bords de la Meuse les» pulchiqpes spot blancs, Du reste, la va? riété blanche est connue ; je l’ai quelquefois trouvée, mais rarement, dans les prairies de la Marne, et dans la vallée d’Auge. Il y a une variété à fleur double et une autre qui vient du Levant, et qui est panachée en carré de damier, comme la fritillaire méléagre. Il faut transplanter les colchiques vers la fin de mai, quand les feuilles se flétrissent ; si on les laisse en terre jusqu’au mois d’août, il est probable qu’ils périraient.

Quand je vous aurai parlé du jonc aggloméré, juncns covglomeratus, du jonc épars, juncus effusus, et du jonc des jardiniers, jaunis tev.rx, qui servent,

le premier, à faire des mèches de veilleuse ; les deux autres, à palissader les arbres, à lier les plantes, etc.

Je vous aurai dit tout ce que je sais, tout ce qui peut orner harmonieusement une mare, une petite rivière, un ruisseau, un bassin et leurs alentours. Joignez-y les divers saules ; les osiers, dont les uns sont jaunes, les autres rouges ou violets , les aunes, dont la jolie variété à feuilles découpées est sauvage dans la basse Normandie. Ajoutez-y ce que je ne sais pas, et ce que votre propre expérience peut vous apprendre : et vous formerez un petit coin de paysage toujours riche, toujours varié; les libellules étincelanteA iendront achever le tableau, ainsi que Jes hydrophiles et les autres insectes aquatiques.

A LÉON GATAYE8

La bmne violette, améthyste vivante.

Dans l'herbe épanouit sa corolle odorante;

Sur ses rameaux armes qui protègent les nids. L'aubépine en parfum amer et doux s’exhale.

Cependant sur l’étang le nénufar étale Et son large feuillage et l’orgueil de ses lis, tandis que, du sommet d’un arbre ou sa fleur grimpe. Le chèvrefeuille épand son parfum enivrant.

Qui fait songer parfois qu’il descend de l’Olympe

L’arome du nectar que Jupin souriant

Aura laissé tomber de sa coupe trop pleine. '

Dans le sable brûlant de la rive africaine.

Sous les plus chauds baisers du plus ardent soleil.

fcO

Le cactus ouvrira son calice vermeil.

Tandis que du daphné les petites fleurs verlcs Aiment des bois obscurs les retraites couvertes.

Où pour le rossignol mûrissent leurs grains noirs. Que leur paye en chansons le poète des soirs.

La giroflée, aux jours froids, lance de sa gousse Ses graines, petits œufs noirs que sème le vent.

Que couve le soleil. — Il arrive souvent.

Lorsque revient avril et son haleine douce.

Que l’une en un bon sel tombe, végète et pousse Vigoureuse, touffue et d’un beau vert vivant;

Et qu’une autre, emportée au hasard, se cramponne Au sommet lézardé des ruines d’un mur.

Quoique petite et grêle, elle aura sa couronne;

Ses fleurs d’or brilleront sur un beau fond d’azur. Et, demandant au ciel la fraîcheur refusée Par la terre marâtre, — à ce beau ciel si pur En doux parfums ambrés renverront sa rosée,

Voilà l’égalité, tout a sa pUicp et vit,

Libre, heureux, tout sent boa et tout s’épanouit.

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