A LOUIS VAN HOUTTE, DE GAND
Un amateur de tulipes faisait l'exhibition de ses fleurs : — il s’était livré à tous les exercices usités en pareil cas, — entre autres l’exercice de la baguette, qui consiste à appuyer la baguette de démonstration sur la tige de la tulipe, en feignant d’employer toutes ses forces, sans pouvoir réussir à la courber, — et à dire : « Je vous recommande la tenue de celle-ci : — c’est une tringle, messieurs, c'est une barre de fer. »
En effet, il est convenu entre ces messieurs qu’une tulipe qui ne pèse pas le quart d’une once doit être
portée par une barre de fer, — de même que, vers
1812, je crois, — il a été défendu aux tulipes d’être jaunes. -
Il avait montré Gluck, cette plante si méritante,
— à fond blanc strié de violet ; — et Joseph-Deschiens, un vrai diamant, également blanc et violet;
— et Vandaël, cette perle du genre, — toujours blanche et violette ; — et Czartoryski, fleur de cinquième ligne, blanche et rose, remarquable par l’extrême blancheur des onglets;— et Napoléon F*, et le Pourpre incomparable, et seize cents autres. — Lorsqu’il arriva à une tulipe devant laquelle il s’arrêta avec un sourire ineffable, la désignant du geste, — mais sans parler, — un des visiteurs demanda si cette tulipe u’avaif pas un nom commis Içs autres.
Le maître des tplipcs mit un doigt sur sa bouche, comme eût h-jl Ihupoerate, le dieu du silence ; — puis il dit :
« Voyez quelle magnificence de coloris, — quelle forme, — quels onglets, — quelle tenue, — quelle pureté de dessin, — quelle netteté dans les stries! — comme c’est découpé,— comme c’est proportionné 1
— C’est une tulipe sans défauts.
— Et vous l’appelez ?
— Chut..j C’est «ne tulipe qui à elle seule vaut tout le reste de ma collection. — H n’y en a que deux au monde, messieurs.
— Mais son nom ?
— Chutl... Sort nom.,, je ttë puis lë prononcer sans forfaire à l’honneur./. — Je serais bien fier et bien heureux de dire son nom, de le dire à haute voix, — de l’écrire en lettres d’or au-dessus de sa magnifique corolle ; — c’esf un nom connu et respecté...
— Pardon» monsieur, je n’insiste pas ; — cela parait tenir à la politique ; — peut-être est-ce le nom de quelque fameux proscrit » — je ne veux pas me compromettre*», D’ailleurs» nous ne partageons pas peut-être les mêmes opinions...
— Nullement, monsieur; ce nom n’a rien de politiqtié ; mais j’ai juré stif l’honneur de ne pas la faire toif Sou s son tirai nom elle est ici incognito , sous l’iricognitb lë plus sévère ; — peut-étfe même en ai-je trop dit... Mais avec tout le monde,— aveé les gens pour qui je h’di pas l’estirhe qüe vous in’im* spirez, — je ne vais pas aussi loin j je n’avoue même pas que c’est une tulipe, la reine des tulipes; — je passe devant avec indifférence, — une indiffé-
rence jouée, — comprenez bien ; — je la désigne sous le nom de Rébecca, — mais ce n’est pas sol nom... »
Les amateurs partirent, et moi avec eux ; mais je retournai le lendemain, et je lui dis :
« Mais, enfin, c’est donc un mystère bien terrible ?
— Vous allez en juger : cette tulipe, que nous continuerons à appeler Rébecca, était la possession d’un homme qui l’avait payée fort cher, — surtout parce que, sachant qu’il y en avait une autre en Hollande, il était allé l’acheter et l’avait écrasée sous les pieds pour rendre la sienne unique. — Tous les ans, elle excitait l’envie des nombreux amateurs qui vont voir sa collection ; tous les ans, il avait soin de détruire les caïeux qui se formaient autour de l’oignon et qui auraient pu le reproduire. — Pour moi, monsieur, je n’ose pas vous dire tout ce que je lui avais offert pour un de ces caïeux qu’il pile tous les ans dans un mortier... ; j'aurais engagé mon bien, compromis l’avenir de mes enfants.
Je ne regardais plus ma collection, — mes plus belles tulipes ne pouvaient me consoler de ne pas avoir celle... que je ne dois pas nommer. En vain,
— mon ami... — dois-je appeler ainsi un homme qui me laissait dépérir sans pitié? — en vain , mon ami me disait : « Venez la voir tant que vous voudrez. » — J’y allais, — je m’asseyais devant des heures entières. — On ne me laissait jamais seul avec elle, — on eût craint sans doute ma passion. En effet... je l'aurais peut-être volée, — je l’aurais peut-être arrosée d’une substance délétère pour la faire périr ; — au moins elle n’aurait plus existé, — et je n’aurais pas eu de remords. Quand Gygès tua Candaule pour avoir sa femme, — tout le monde donna tort au roi Candaule, — qui avait voulu la faire voir à Gygès toute nue, sortant du bain. — Oh n’a qu’à ne pas montrer la tulipe. — J’arrivai à un tel état de désespoir, — qu’une année je ne plantai pas mes tulipes, — mes chères tulipes. — Mon jardinier eut pitié d’elles et peut-être de moi, — et le rustre... — je le lui pardonne, — car il les a sauvées, — les planta au hasard, — dans une terre vulgaire.
— Mais , enfin , comment avez-vous eu cette tulipe ?
— Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès. quoique mon ami ne se fût pas montré | lus
délicat tfue Candaule ; ««* mais cépendani j’ai fait un crime, j; J’ai fait Voler un caîeu. — Candaule a uil neveu, i Ce neveu, qui attend tout de son oncle, Ië* quel est fort riche* l’aide à planter et h déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une admiration qu’il n’a pas, le malhettreu* f mais sans laquelle son oncle ne supporterait pas même sa présence. -*■ L'oncle est fiche, mais il n’est pas d’afis que les jeunes gens aient beaucdüp d’argent... Lé neveu avait contracté une dette qui le toürmehlait beaucoup...* Son créancier le menaçait de faire sa réclamation à son oncle. — Il S'adressa à moi, et me supplia de le tlfef d’embarras. Je fbs Cruel, monsieur : je refusai net. — Je me plus à lui exagérer la colère oft serait son oncle quand il aurait appris l’irtcartade. Je le désespérai bien, — puis je lui dis ;
« Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.
« — Oh ! s’écria-t-il, — vous me sauvez la vie.
« — Oui, mais à une condition.
a — A mille, si vous voulez.
« — Non; Une seule. — Tu me donneras un caïeu de... la tulipe efl question. »
Il recula d’horreur à cette proposition.
« Blon oncle me chassera, — s’écria-t-il; — me chassera et me déshéritera.
« — Otti ; niais il ne le saura pas ; tandis qit’il sauta certainement que tu às fait dès dettes.
« — Mais s’il le savait jamais !
« — A moins que tu ne le lui dises...
« — Mais vous..* »
Enfin, je pressai, j’effrayai lé malheureux jeUilë homme ; il promit de me dtmtier un càïèii quand otl déplanterait les tulipes; — mais il exigea mon serment Sur l’honneur de ne jamais nommer... celle qtte j’appelle Rébecca, à personne, — et de lui donner Un autre nom — jusqu’à la mort de sort oncle.
En échange de sa promesse, je lui donnai l’argetit dont il avait besoin. Depuis, nous àvorts^ tenu tous deux nos serments; j’ai eu la tulipe et je ne l'ai nommée à personne. — La première fois qu’elle a fleuri ici, — chez moi, — étant à moi, — l’oncle est venu voir mes tulipes. — C’est une politesse qu’on échange, comme vous savez, entre amateurs. — Il l'a regardée et a pâli.
« Comment appelez-vous ceci? » m’a-t-il dit d'une voix altérée.
Ah ! monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait souffrir ! — Je pouvais lui dire. .. le nom que vous ne savez pas... Je me suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l’honneur, et le neveu était là; il me regardait avec angoisse, — et j’ai dit : Rébecea.
Cependant, il trouvait bien quelques ressemblances avec sa tulipe , — aussi il est resté préoccupé; — il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n’a rien dit de celle qui est la perle et le diamant de ma collection. — 11 est revenu le lendemain, — puis le surlendemain , — puis tous les jours tant qu’elle a été en fleur ; — puis il a réussi à se tromper lui-même : — il a cru voir entre Rebecca et... l’autre... des différences imaginaires. Alors seulement il a dit : « Elle ressemble un peu à... » vous savez.
Eh bien , monsieur, — j’ai aujourd’hui la tulipe que j’ai tant désirée, — et je ne suis pas heureux. — A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le dire à personne 1 — Quelques amateurs, — forts, — la reconnaissent à peu près ; — mais je suis forcé de
nier ; — et je n'en rencontre pas un assez sûr de lui pour me dire : « Vous êtes un menteur. » — Je souffre tous les jours d'affreux tourments; — j’entends ici faire l’éloge de la tulipe que j’ai comme lui. — Quand je suis seul, je m’en régale; je l’appelle de son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les plus magnifiques. — L’autre jour, j’ai eu un peu de plaisir ; — je l’ai prononcé, ce nom,
— ce nom mystérieux, — tout haut à un homme.
— Mais je n’ai pas manqué à mon serment : — cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.
Eh bien, cela m’a un peu soulagé, — mais c’est incomplet. — On ne sait pas que je l’ai — elle... Tenez... ayez pitié de moi, — mon serment me pèse.
— jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom, — le vrai nom de Rébecca, de cette reine déguisée en grisette. — Votre serment, à vous, ne sera pas difficile à tenir ; — vous n’aurez pas à lutter comme moi. — Monsieur, c’est affreux, mais je désire que cet homme, que ce Candaule soit mort,
— pour dire tout haut que j’ai... Tenez, faites-moi le serment que je vous demande. »
J’eus pitié de lui , et je lui promis solennelle-
nient rte ne pas répéter le nom de la fameuse
tulipe.
Alors, avec une expression d’orgùeil intraduisible, — il toucha la planté de Sa baguette, — et me dit :
« Voici.*. »
Mais,- h mon four, je suis engagé par un serment;
— je fie puis dire le nom qu’il fut si heureux de • prononcer.- -
Croyez-vous qu’on inventé Ces choses-là 1
A bÉQH GAT4ÏES
Unehande <f’uo hfanc lumineux s'étend 4 ^ Ww ; ifi ros^igüoJ, îftpp rossignol, car c’esf celui do i’année dernière qui est revenu construire un nouveau u$ p|i celui de la corvée précédente a été respectée, —7 le rossignol fait entendre ses derniers citants ; les merles, les pinsons, les fauvettes, saluent l’aube |i leur .fppfj les piales, secouant leur plumage, agitant leurs ailes, chantent au-dessus du nid où leurs femelles tiennent abrités, sous leur chaud plumage, les œufs ou les petits ciseaux encore pus» tendres fruits de leur mélodieus amour.
l.es fleurs entrouvrent leurs corolles, dans lesquelles
les abeilles viennent, en bourdonnant, enlever le pollen
dont elles composent leur miel parfumé.
La bande de l’horizon, qui était d'un feu blanc, devient d’un feu jaune ; — l’aurore succède à l'aube ; — les premiers rayons obliques du soleil font resplendir les gouttes de rosée suspendues aux feuilles et aux fleurs d’un éclat qui éteindrait les opales, les émeraudes, les rubis et les améthystes.
Un souffle frais dissipe le léger voile qu’une petite brume étendait sur la prairie; — il n’en reste plus que quelques gouttelettes étincelantes, qui, de quelques toiles d’araignée, forment des réseaux de diamant; — le coq fait entendre sa voix retentissante; — le cheval hennitdans son écurie, — les vaches beuglent dans l'étable, la chèvre bêle; — tous appellent la grosse Théréson,'une belle et bonne fille qui est chargée de leur déjeuner.
Tout recommence son travail incessant; les vignes, les liserons, les chèvrefeuilles continuent leurs spirales commencées autour des arbres qui leur servent d’appui ; — tout est reposé, frais, dispos; — tout s’accueille, se retrouve avec un air heureux et affectueux.
Les garçons et les filles, qui vont commencer leur journée au jardin, échangent entre eux et avec moi un bonjour et un sourire amical.
Mais, tout à coup, un bruit pareil à celui de la foudre £■ onde dans la vallée et retentit longuement, renvoyé
d’échos en échos : — est-ce le tonnerre? — Non, le ciol est pur, bleu, limpide.
En môme temps, les cloches de la ville se font entendre.
Est-ce T Angélus?
Non, il est sonné il y a déjà longtemps.
Et puis ce n’est pas la môme sonnerie paisible et lente.
Les cloches sonnent à grandes volées et de tout leur éclat; — un second coup, semblable au tonnerre, succède au premier à peine éteint dans l’air, — et roule de nouveau dans les montagnes et les vallons. Ce n’est pas le tonnerre, — ce n’est pas Y Angélus.
C’est le canon ; — c’est un Te Deum solennel que l’on va chanter à l’église de Sainte-Képarate, la cathédrale de Nice.
Le télégraphe a apporté cette nuit la nouvelle d’une victoire, on va en remercier Dieu.
J'ai distribué l’ouvrage à chacun, — j’ai passé ma revue de chaque matin, — je m’assieds sous une tonnelle de lauriers-roses, sur un banc auprès de la mare où s'épanouissent les nénufars, les reines des prés, les joncs fleuris, les vergiss-mein-nicht, les salicaires, — où les libellules se poursuivent en rasant l’eau, — et j’écoute la voix des cloches et du canon qui répètent au loin, en les paraphrasant, les paroles que dit, à Sainte- Képarate, le prôtre aux chrétiens rassemblés.
« Te Deum , Imdamus! bous te louons, grand Dieu!
— Te Dominum, confitemur ! noos te reconnaissons te
maître. »
O canon formidable, qui faites un bruit à fêler tes échos ! 6 cloches de Nice, si mauvaises, si discordantes, si fêlées vous-mêmes, vous auriez pu vous taire 1 La nature, à son réveil, le dit plus éloquemment que vous, d’une voix plus harmonieuse et plus pénétrante.
Depuis les premières lueurs blanches jusqu'aux derniers reflets violets; — depuis le chant de Falouette jusqu’à celui du rossignol ; — depuis que prend son vol te papillon, fleur animée, josqu’à ce qu’il soit remplacé dans l’air par ta luciole, étincelle vivante, — tout 1e chante, toutle répète dans une- céleste harmonie : — Te Deum, laudamus ! nous t'adorons, Seigneur, et nous reconnaissons que tu es le maître souverain.
Ah 1 voici que s’ouvrent les fenêtres de la maison tapissée de grands rosiers et de bignonias; — le petit chien griffon secoue sa laine', et cherche dans le jardin,
— puis saute entre mes jambes en faisant entendre des crix joyeux. Derrière lui accourt ht m iffresse de la maison, la chère petite Jeanne; — e’estnne seconde aurore qui su lève pour moi, etcelle-ei se lève dans mon cœur.
— Quand j’ai retrouvé ses fraîches couleurs de la veille, ses yeux brillants-, sa démarche souple et bondissante,
— la joie chante dans mon cœur : je le bénis, Seigneur! Te Deum , laudamus 1
LES FLEUKS.
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Jeanne alors visite tons ses jaajocix vivants, dont elle est aimée : ses pigeons, sa daine, son polit âne de Sar^ daigne, sa monture ordinaire, auxquels elle distribue du grain, de l’herbe, du pairr, des caroubes, et tons l’accueillent avec des airs d’amitié qui ne sont ni feinta ni ^ exagérés.
Nous te louons, grand Dieu, toi qui as voulu qUe cet univers — l'homme, ranimai’. Ta plante — * se perpétue par l’amour; — toi qui as donné à l’homme cet instinct de sociabilité, — qui ne lui as accordé Fa force qu’à la condition de l’alTection et de l’alliance, qui Fas fait naître le plus faible et Fe plus désarmé des animaux, et qui Tai donnes l'empire du monde et Fa vice-royauté de la nature, lorsqu’il s’assemble par les liens doux et étroits de la famille, de la patrie, de l’humaBitôl
Mais écoutons les cloches, écoutons Fe canon, ce n'est plus là ce qu’ils envoient aux échos,
« Dommus sabaotk,—T>\e\i des armées, s'écrient-ils, nous te louons F — Te Deum, laudamrts !
» Car nous avons hier marché dans te sang jusqu’aux genoux.
i Nous te louons. Seigneur! car nous avons fait une montagne des corps morts des ennemis.
» Et eux n’ont pu faire qu’une colline de nos cadavres.
» Nous te louons, Dieu des armées ? Dominus sabdoth î — de nos compatriotes, de nos amis, de nos frères, dix
mille seulement ont été éventrés et coupés en morceaux, — tandis que vingt mille de ceux qui ont des habits blancs ont subi le même sort.
» Je suis borgne, mais l’ennemi est aveugle. — Grand ^Dieu, reçois mes actions de grâce! *
— Mais qu’appelez-vous l’ennemi ou les ennemis ?
— Ceux qui ont des habits blancs.
— Ont-ils d’autres crimes à se reprocher?
— Non, mais c’est bien assez.
— Est-ce de leur plein gré qu’ils viennent se battre contre vous ?
— Non, certes! ils aimeraient certainement mieux rester chez eux à cultiver leurs champs et à élever leur famille.
— Alors...
Mais ici les cloches et le canon m’interrompent pour continuer à dire aux échos :
« Les moissons et les pâturages sont détruits, les chaumières démolies et brûlées, — les familles ont perdu leurs fils aînés, — et les charrues traceront des sillons incertains et sinueux sous la main faible et inexpérimentée des plus jeunes.
» TeDemn, laudarnus! Seigneur nous ta louons ! »
Et les cloches cessèrent de sonner, et le canon cessa de gronder. — Le Te Deum était fini. — L’intendant, le syndic, les consuls sortirent de l’église, et allèrent quitter leurs habits brodés, — et l’hymne de la nature, —
hymne de joie, de paix et d’amour, un moment troublé par le canon et par les cloches, — recommença :
« Te Deum, laudamus ! nous te louons, Seigneur ! caries épis vont bientôt jaunir, et la vigne commence à grossir ses grains; — hommes, femmes, oiseaux, abeilles, nous travaillons tous, et nos efforts unis amèneront la récolte et la vendange, et l’abondance môme pour les plus pauvres, et l’on aura quelque chose à partager avec ceux qui, cette année, n’auronl pas de moissons, — avec ceux qui auront perdu leurs fils aînés, — avec les mutilés et les blessés, — avec les martyrs de la guerre. — Heureux encore, parmi les autres, ceux qui meurent et ceux qui souffrent pour la sainte liberté ! »