ANCIEN MINISTRE -I>E L’AGRICULTURE
Depuis quelque temps j’avais entendu dire tant de sottises et d’énormités, — j’avais moi-même dit et répété si inutilement des choses que je croyais raisonnables et honnêtes, que j’étais un peu dégoûté du langage. — Voilà plusieurs mois que dans un pays dont je ne sais pas la la langue, je n’entends rien de ce qui se dit autour de moi, — plusieurs mois que je ne parle pas, et je m’y accoutume.
Cependant il m’arrive parfois de ressentir une forte envie de jaser quelque peu, — et selon le sujet qui m’occupe, je m’adresse mentalement à quelqu’un de ceux que j’ai connus, rencontrés, aimés autrefois. C’est pourquoi, monsieur Tourret, je vous adresse cette lettre. — Nous nous sommes peu vus, mais je n’ai pas oublié et je n’oublierai pas les quelques demi-heures qu’en trois ou quatre fois nous avons employées à causer d’un objet qui nous intéresse également. — Nous étions d’accord sur ce point entre autres qu’il est antisocial que, dans le laugage fa-
PltOMENADES
milier des affaires publiques,, les ministères de l’instruction, de la justice et de l’agriculture s’appellent o les petits ministères, » à tel point que les gros bonnets de la politique ne les accepteraient à aucun prix, et que parfois on en donne un comme appoint à un fonctionnaire déjà chargé d’un autre département. Nous pensions tous deux que l’homme naît laboureur, — qu’il est d’une mauvaise morale et d’une mauvaise politique de l’engager, — par la fortune, par les honneurs, — c’est-à-dire par l’avarice et par l’ambition, à abandonner la charrue et les champs. Nous pensions tous deux que c’est une idée fausse que de ne donner de l’éducation aux enfants des paysans que pour les faire sortir de leur sphère. — Nous pensions que personne n’est trop savant pour être agriculteur, et que presque personne ne l’est assez. Nous pensions qu’il ne suffit pas de faire de temps en temps un discours sur l’agriculture, qu’il faudrait appliquer nettement les principes auxquels ces discours font allusion.
L’égalité ne consiste pas à être tous la même chose, mais à arriver à la même supériorité et à trouver les mêmes droits, chacun dans sa profession. Le bon laboureur est l’égal d’un grand poète et d’un grand homme d’État. — Mais un poète médiocre et un brouillon ou un parvenu sans talents ne sont pas du tout les égaux d’un bon laboureur. Moi, je ne pouvais que dire et répéter cela. — Vous, j’ai cru un moment que vous alliez le mettre en pratique. Il y a, dit-on, à la Chine, une fête qui se célèbre en grande pompe chaque année et pendant laquelle l’empereur conduit la charrue et trace lui-même un sillon. Je
suis bien sûr que là le ministère de l’agriculture n’est pas un petit ministère. — C'est honnête, c’est raisonnable, c’est grand. — <Jp serais volontiers garçon de bureau dans un ministère comme celui-là.
Il est une situation bizarre et illogique: l’intermédiaire entre le cultivateur et le consommateur est un être un peu parasite, dont la profession est d’acheter trop bon marché au cultivateur et de revendre à l’autre trop cher. De sorte que, si les deux exploités faisaient un pas de plus et se tendaient la main, ils feraient tous deux une trèsbonne affaire et partageraient le bénéfice que fait sur eux, en les séparant sous prétexte de les aboucher, l’intermédiaire, qui se trouverait supprimé. Eh bien ! s’il y a quelque chance d’arriver à la fortune, quelque chance d’arriver aux grandes positions et aux honneurs par l’agriculture, il est incontestable que c’est l’intermédiaire qui en profitera. — Celui qui achète et revend le blé sera plus riche, plus considéré que celui qui le sème et l’arrose de sa sueur. — Si vous voyez un homme décoré, par exemple, au nom de l’agriculture, on peut être à peu près certain que c’est un intermédiaire.
Depuis que nous sommes séparés, monsieur Tourret, j’ai fait de mon mieux un roman sur cette tendance funeste, qui ne laisse dans les campagnes que les bras sans - tête, — qui fait que si un agriculteur a deux fils, il ne garde avec lui que le moins intelligent et envoie l’autre étudier à la ville. — Ce roman s’appelle Clovis Gosselin. — Ça n’a pas été pris au sérieux, parce que ça n’est ni pédant ni ennuyeux. — Parce que je ne mets pas mesdro-
gués dans des fioles noires avec des inscriptions lugubres en latin, on ne m'acceptera jamais comme docteur. — Les hommes n’admirent volontiers que les choses qu’ils ne comprennent pas et les hommes qui leur font du mal : — les gros livres, dont un sage grec (Callimaque) disait : Un gros livre est un grand mal, — et les héros, dont j’ai parlé dans une lettre précédente et ailleurs.
C’est donc avec vous, monsieur Tourret, qu’il m’a pris un grand désir de causer un peu de ce que je vois ici sous le rapport de l’agriculture, du jardinage et des relations directes avec la nature.
On m’avait dit à Marseille : Gênes est la ville des beaux bouquets. — C’est une des réputations les plus usurpées que j’aie vues. D’abord, les Génois n’aiment pas les fleurs. Cela ne va pas, je le sais bien, jusqu’à arracher celles qui poussent naturellement sur cette terre si riche et sous ce soleil si fécond. Mais les planter, mais les cultiver, mais les rassembler seulement ? ils s’en donneraient bien de garde !
Expliquons l’erreur.
Pour un étranger, il y aurait à s’y tromper pendant quelques jours. — Beaucoup de fleurs que nous cultivons avec sollicitude dans nos jardins de France, sont sauvages dans les campagnes de Gênes. — Le myrte est sauvage, le jasmin blanc est sauvage, le genêt d'Espagne est sauvage. — La valériane rouge fleurit sur les murailles ; les grenadiers développent leurs fleurs éclatantes dans les taillis avec les cistes ; les lauriers-roses répandent leur suave odeur sur le bord des ruisseaux et découpent leurs
nous DE MON JARDIN.
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fleurs roses sur le fond bleu de la mer ; les pois vivaces grimpent dans les haies, au pied desquelles ouvre ses cloches la grande campanule violette ; les glaïeuls fleurissent dans les blés, les œillets de poète sur le bord des chemins, les lis oranges sur la lisière des bois de châtaigniers. — Les orangers, les citronniers, les camellias, les géraniums, les jasmins d’Espagne végètent et fleurissent en plein air.
Eh bien ! avec tous ces éléments, je n’ai pas vu à Gênes un jardin où il y ait en réalité des fleurs. Elles y sont rares, peu variées. Mais comme ce sont précisément celles qui sont rares en France, à cause du climat, cela n’étonne pas au premier coup d’œil ; ce n’est qu’après quelque temps qu'on s’aperçoit que les maîtres des jardins ont trouvé moyen d’être pauvres au milieu de tant de richesses.
C’est ce que fait à un autre point de vue une certaine petite secte littéraire : ses membres ont remarqué avec raison qu’on laisse dormir dans les dictionnaires et dans les vieux auteurs deux cents mots dont une centaine méritent d’être conservés ; — que la plupart des écrivains font sottement ce que ferait un peintre qui ne se servirait que de six couleurs sur sept et exécuterait de la peinture oiigochrome ou aristochrome, — ils ont exhumé les deux cents mots dont cent méritent d’être conservés, et les maîtres de cette petite secte les ont ajoutés aux mots ordinairement employés. — Il vaut mieux avoir cent mots de trop que eent mots de moins dans son dictionnaire ; — mais graduellement les maîtres sont arrivés à faire re-
venir un peu plus souvent qu’à leur tour ces mots qu’ils aiment, ces mots qu’ils ont retrouvés, ces mots qu’ils considèrent comme une propriété à*eux, comme leur patrimoine. — Les gens à la suite, les dévots à petits grains, les fanatiques de cette petite secte, ont naturellement entre ces deux cents mots accordé une affection particulière aux cent qui ne méritaient pas de revoir le jour, — et ils ne se servent plus que de ces cent mots, oubliant tout le reste de la langue dans leur dédain, — et ils croient avoir à eux une langue plus riche et plus abondante que les autres, — et par haine de la peinture à six couleurs, ils font de la peinture monochrome et monotone.
De même, quand on voit en plein air dos orangers, cet arbre si triste en France dans ses lourdes caisses, — une boule sur un carré, — on sent une vive admiration. L’oranger n’est pas plus naturellement taillé en boule qu’il n’a naturellement une caisse verte carrée sous les pieds. Ses fleurs à la fin de l’hiver et au printemps, ses fruits presque toute l’année, ses feuilles persistantes en font un arbre très-agréable. Mais au bout de quelque temps qu’on ne voit que des orangers, on trouve l’arbre monotone ; il l’est du reste par sa forme ; rien de capricieux, rien de noueux, rien de rugueux dans son tronc ni dans ses branches ; ses feuilles vernies, dures, coriaces, qui restent deux ans sur l’arbre et sont déjà remplacées quand le vent les emporte, n'ont pas le charme des feuilles d’une étoffe souple, molle et vivante des arbres vulgairement appelés à fouilles caduques. — On
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peut se rendre compte de cette impression par une comparaison avec une plante vulgairement appelée immortelle : — c’est une fleur jaune, blanche, rose ou violette, dont les pétales sont secs comme du papier ou de la paille, et qui ne se fane pas par une raison très-simple, c’est qu’elle n’a jamais eu de fraîcheur à perdre ; comme les cailloux ne meurent pas par la raison qu’ils ne sont pas vivants. On a consacré cette fleur — l’immortelle — à exprimer l’admiration et le regret, deux sentiments qui ne demandent qu’à finir, deux sentiments dont on s’acquitte et dont on se débarrasse le plus tôt possible. Il est bien plus commode d’exprimer une fois pour toutes une admiration obligatoire et de n’y plus revenir. 11 est bien plus facile d’accrocher une fois par an une couronne d’immortelles aux angles d’un tombeau que d’y apporter tous les soirs, au moment où les cyprès se découpent noirs sur le couchant orangé, une fleur qu’on est allé cueillir là où le mort en cueillait avec vous.
Eh bien ! ces arbres dont on ne voit pas les feuilles se déplisser molles et tendres au printemps, dont on ne voit pas à l’automne les feuilles se revêtir des teintes magnifiques de la topaze, du rubis et de l’hyacinthe ; ces arbres sont très-inférieurs aux autres sous le rapport des sensations qu’ils nous donnent. — Les oiseaux, qui s’y connaissent, n’aiment pas les orangers, n’y bâtissent pas leurs nids et n’y chantent pas leurs chansons.
L’oranger, mêlé aux autres arbres, est un arbre ravissant; il n’a pas ce qu’ont les autres, mais les autres n’ont pas ce qu’il a. Ses pommes d’or, presque aussi parfumées
moil ENA DES
que les fleurs, semblent, sous le soleil, une illumination et une fête. Le citronnier, dont les fleurs blanches sont légèrement teintées de violet, dont les fruits d’un or pâle brillent encore plus que ceux des orangers, est toujours, et sans intervalle, chargé à la fois de fleurs épanouies et odorantes, de fruits verts et de fruits jaunes ; moins que l’oranger, il provoque le jardinier à le tailler en boule ; il est un peu plus capricieux, un peu plus volontaire, un peu plus indépendant ; — s’il lui plaît de pousser une grande branche à droite, il ne se croit pas obligé, comme l’oranger, d’étendre en même temps à gauche un scion de la même longueur.
Oranger et citronnier, tous deux sont charmants, mais il ne faut pas qu’ils se réunissent en trop grand nombre, comme des conjurés, pour chasser des jardins les grands arbres forestiers, les chênes, les platanes, les sycomores, les châtaigniers, les peupliers, les hêtres. — Une autre raison aussi leur ôte du charme, — c’est qu’on voit bien qu’ils ne sont pas plantés là pour leur plaisir, pour s’amuser à fleurir, à sentir bon, à héberger les oiseaux qui payent l’hospitalité en chansons harmonieuses. — Les Génois sont trafiquants. — Les trafiquants sont les mêmes partout. — J’ai vu trois villes où il y a beaucoup de trafiquants, le Havre, Marseille et Gênes. — Eh bien, j’en ai conclu que les distinctions géographiques sont une erreur. — Il n’y a pas, pour le philosophe, des Italiens, des Anglais, des Français. — Non. — Le soleil n’échauffe que la peau ; — les passions échauffent le sang. — Il y a la nation des trafiquants, la nation des poètes, la nation
des imbéciles, la nation ou plutôt la bande timide des honnêtes gens. — Ces nations diverses ont beau être éparses, on les reconnaît sous les différentes latitudes à des signes identiques. — Les trafiquants de Gênes, ceux de New-York, ceux du Havre, sont un seul et même peuple. — Les niais de Boston, ceux de Paris, ceux de Pékin, sont une nation homogène ; ils ont les mêmes crédulités, les mêmes admirations, les mêmes ingratitudes.
Les honnêtes gens partout reçoivent les mêmes avanies, les mêmes dédains et boivent la même ciguë.
Moi qui ai longtemps habité le Havre, — j’ai reconnu les Génois tout de suite ; je vous reconnais, vous êtes des trafiquants.
On leur a bâti une immense terrasse sur des arcades au bord de la mer et au-dessus de leur magnifique port ; — cette terrasse est en marbre blanc. Je vis en m’y promenant des caractères tracés au crayon sur le marbre. — Ah ! dis-je, un poète a écrit sur le marbre les pensées que lui inspiraient le coucher du soleil, les splendeurs de ce ciel d’en bas, — de cette grande mer bleue. — J’approchai. Voici la copie exacte de ce qui frappa mes yeux :
28,245 livres neuves de Piémont,
A chaque pas, il y avait une addition, une soustraction, une multiplication faite au crayon sur le marbre blanc; je crus pouvoir me contenter de copier seulement la pre-mière qui me tomba sous les yeux.
PHOUENADBS
Eh bien, les Génois, — ceux qui sont marchands et ceux dont les pères l’ont été, — ne se résignent pas à l’idée d’un capital improductif. — Soit qu’ils passent quatre mois de l’été à la campagne et dans leurs jardins, soit qu’ils n’y viennent que le dimanche, — ils ont bien vite calculé la valeur de leur campagne, le prix des plantations, l’intérêt que peut gagner un argent un peu laborieux, — et ils s’effrayent de savoir combien leur coûterait chaque heure de repos, de plaisir, de rêverie sous les cimes parfumées, — Ils veulent que les arbres de leurs jardins fassent de l’argent et gagnent leur vie. — Ils sont marchands d’oranges et de citrons ; — les arbres ne sont pas des arbres heureux qui fleurissent, qui exhalent leurs parfums, — ce sont des ouvriers qui travaillent, qui produisent des citrons ; des ouvriers qui font de la marchandise ; — ça leur donne l’air triste. Et, en effet, ils doivent obéir aux intérêts du commerce. — Il y a de petits orangers de Chine à feuilles étroites, à fruits gros comme une pomme d’api. — Ces fruits, rassemblés en groupe, ne jaunissent jamais sur l’arbre, où ils seraient charmants; — on les vend mieux verts pour les confiseurs, et on les cueille verts. — On cueille les citrons et les autres oranges au moment le plus favorable pour la vente, sans songer à laisser à quelques arbres un ornement qu’ils garderaient presque toute l’année. — Il y a dans tous les jardins de grands carrés de jasmin d’Espagne. — Je me disais : Comme les jardins doivent être parfumés pendant les nuits d’août et de septembre ! — Eh bien, non. — On cueille tous les jours les fleurs des
jasmins o pour les fabricants de pommade. » Les fleurs s’épanouissent vers une heure de l’après-midi et sont enlevées à cinq heures. — Elles restent sur l’arbuste pendant le temps où la chaleur empêche de rester au jardin.
Si on ne cueille pas les fleurs des orangers et des citronniers, si on les laisse s’épanouir sur les arbres, c’est que les oranges et les citrons se vendent plus cher que les fleurs.
Pour les bouquets de Gênes, ils sont énormes, et voilà tout l’éloge qu’on en peut faire. Un bouquet un peu honnête est de la largeur d’un parapluie et de la figure d’une cocarde ; il se compose invariablement de cercles de fleurs blanches, bleues, rouges, jaunes.
A propos de la couleur jaune, j’ai été longtemps à comprendre ce que voulaient me dire quelques-uns des habitants de ce pays qui parlent français. S’ils avaient parlé franchement italien et moi nettement français, nous aurions fini par nous comprendre; mais moi parlant leur langue et eux la mienne, et nous en servant aussi mal les uns que les autres, cela produisait des cacophonies et des quiproquos perpétuels. On me désignait les fleurs jaunes par deux mots que j’entendais toujours ainsi : « couleur de jaloux. » Cela ne m’étonnait pas beaucoup : il est convenu en France qu’on porte en jaune le 8euil des inconstants. Cependant je trouvais la plaisanterie monotone, et je me fis écrire la phrase, qui est celle-ci : Colorgiallo, et que l’on prononçait, du moins à Nervi, et pour parler français : Coulor d’giallou.
J’ai vu les jardins de Gênes et les environs : — il n’y a
pas de fleurs dedans. — J’ai vu le Peschiere, — jardin assez étendu dans lequel on a emprisonné de belles sources dans une multitude de fontaines de mauvais goût qui déshonorent à la fois l’eau et le marbre. — Ce jardin est une fabrique de camellias pour le commerce.
La villa Pallavicini, à deux lieues de Gênes, est un grand jardin assez bien dessiné dans presque toutes ses parties, admirablement dans une. Les propriétaires n’y vont jamais, afin de ne pas déranger les visiteurs. Quant un Génois ou un étranger veut visiter la villa Pallavicini, il demande ou fait demander une permission par écrit. Un secrétaire, disons mieux, un chancelier spécial, envoie une permission imprimée et numérotée. La permission qu’on avait demandée pour m’y conduire portait le numéro 46,881. — On est reçu à la villa Pallavicini par un peloton de jardiniers bien vêtus; celui dont le tour est arrivé marche devant vous et ne vous permet pas de vous écarter d’une semelle de l’itinéraire, qu’il sait par cœur et qu’il récite ; — en effet, d’une part, il ne lui est peutêtre pas possible d’intervertir son récit : il vous expliquerait des choses absentes; — et d’autre part, ce jardin ayant quelque chose du logogriphe, on pourrait trouver le mot trop vite. — On fait comme certains lecteurs qui ne négligent jamais de lire tout d’abord la fin du roman. — Ce n’est pas parmi ceux-là que le romancier suppose ce lecteur fantastique, indulgent, bienveillant, auquel il donne des explications, auquel il se plaint des injustices de la critique, et qu’il appelle « ami lecteur. »
Après a v oir gravi en tournant, sans presque s’en aper-
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cevoir, pendant une demi-heure, parmi des arbres trèspeu variés, — après avoir rencontré une ou deux sources que l'on a laissées libres de courir, de sauter, de murmurer à leur gré, — on descend dans une caverne sombre où pendent de magnifiques stalactites que l'on n’aperçoit qu’à mesure que les yeux s’accoutument à l’obscurité. — On avance sur les pas du guide, et bientôt on entend le bruit d’une chute d’eau, et l’on voit, entre des roches, un étang fermé, sur le bord duquel de grosses carpes viennent curieusement vous regarder. Là, un batelier vous attendait; votre guide vous salue, vous souhaite un bon voyage et se retire ; vous montez dans le bateau, qui suit quelques sinuosités entre de gros rochers, puis, tout à coup, vous sortez de la caverne et vous vous retrouvez au grand air, au grand soleil, sur le même étang, qui, par un habile effet de perspective, parait terminé par la mer, car en effet elle se trouve à mille pas de là, espace que les pentes, adroitement calculées, dissimulent complètement. A une des extrémités de l’étang, le sol monte et la côte se termine par de grands aloës qui découpent leurs feuilles vertes et aiguës sur le fond bleu de la mer, la même habileté ayant fait disparaître pour les yeux la distance qui sépare la mer de ce côté de l’étang.
Malheureusement on a cru devoir enlaidir ce petit coin, ce petit jardin des fées, par des fabriques de mauvais goût, — des kiosques chinois dorés, etc.
Là il y a quelques azalées et quelques camellias, — mais le petit nombre est très-peu varié, — et très-peu d’autres fleurs, — et pas un plant aquatique dans l’étang,
— sur lequel on regrette également de ne pas voir quelques cygnes et quelques canards. Là vous retrouvez votre premier guide qui vous reprend pendant que le batelier va dans le caveau attendre une autre o société » pour laquelle on jouera exactement la même petite scène de comédie qui vient d'être représentée devant vous. — Je dis que le guide vous reprend, — car il n’y a pas de danger qu’on vous abandonne un instant à vous-même :
— il faut vous arrêter là où l’indiquent l’itinéraire et le morceau que récite le guide, — et ne pas vous arrêter quand il ne vous y engage pas. On vous conduit après quelques détours dans une tonnelle couverte de beaux rosiers; — le guide vous invite à entrer sous la tonnelle, puis là, poussant sournoisement un ressort caché, il met en liberté trois à quatre jets d’eau qui vous inondent. Comme vous avez traversé deux lieues de poussière, l’eau la délaye et vous couvre de boue ; il y a des personnes qui rient.
Vous récompensez le guide et vous vous en retournez en faisant la liste très-nombreuse des arbres, des arbustes et des fleurs dont vous avez regretté l’absence dans ce beau jardin.
Le jour que je suis allé voir la villa Pallavicini, ce n’était pas un dimanche, jour pendant lequel, m’a-t-on dit, les visites sont plus fréquentes. Quatre guides étaient occupés à faire le même récit, par les mêmes chemins, à quatre a sociétés » différentes, en répétant scrupuleusement les mêmes épisodes.
On raconte trois histoires, dont au moins deux contes,
sur la création de la villa Paliavicini. — S’il faut absolument choisir, je crois qu’il faut choisir la dernière comme la plus honnête. — Quand un homme a deux noms, dit un philosophe, il faut l’appeler du plus doux. — Si votre ami est borgne, regardez-le de profil, du côté où il a sonœil, bien entendu.
La première histoire est celle-ci : Un ancêtre des Pallavicini avait quelque chose à expier, on ne dit pas quoi, à l’égard des habitants de Pegli ; par son testament il exigea que son fils leur donnât de l’ouvrage pendant un certain nombre d’années jusqu’à concurrence d’une somme fixée. — C’était un marché que le défunt avait passé avec Dieu, par l’intermédiaire d’un prêtre, moyennant quoi Dieu, toujours par l’intermédiaire du prêtre, avait promis de lui faire grâce du purgatoire, auquel il avait des droits indiscutables.
Pour donner de l’ouvrage aux gens de Pegli, il fallait faire quelque chose : on fit la villa, qui a nécessité de grands remuements de terrain.
Voici la seconde histoire. Un Paliavicini avait épousé une femme, belle et fière personne, qui ne se contentait pas que son nom désignât une des plus charmantes femmes de Gênes. Elle reprochait souvent à son mari de ne rien faire qui laissât pour la postérité des traces de leur passage dans la vie. Telle famille, disait-elle, a bâti une église de marbre, telle autre un couvent, et vous, vous ne faites rien, vous n’êtes bon à rien.
Le seigneur Paliavicini se piqua, — fit chercher nn architecte, le conduisit à sa terre de Pegli, et lui dit:
Faites-moi un jardin très-cher et très-beau ; aussitôt que ce sera fini, vous m'avertirez ; ne ménagez ni le temps ni l’argent. — L’architecte présentait ses mémoires; l’on payait sans discuter. — Enfin au bout de huit ans, il fut établi que, pendant huit ans, il avait été employé tous les jours quatre cent cinquante ouvriers. Alors le seigneur Pallavicini alla trouver sa femme et lui dit : a Signora, j’ai fait quelque chose, venez le voir. » Ils allèrent ensemble à Pegli, — examinèrentlejardin, le trouvèrent beau, louèrent et payèrent l’architecte, et ne pensèrent plus à y retourner.
Troisième histoire. — A une époque de grande’ misère dans le pays, un Pallavicini fit faire ce jardin, simplement pour occuper quatre cent cinquante hommes pendant huit ans.
Remarquez ceci, que dans ces trois anecdotes, dont l’une est peut-être vraie, dont deux au moins sont inventées, la réalité probable et l’imagination certaine s’accordent sur un point, — c’est que le jardin de la villa Pallavicini n’a pas été créé parce que le Créateur aimait les jardins et les fleurs.
L’Aqua Sola est une belle promenade plantée d’aca- ’ cias, sur une des hauteurs de la ville. Au milieu est un gazon, dans lequel végètent des orangers et des lauriers-roses. On s’y promène seulement vers le soir, c’està-dire pendant les deux dernières heures du jour. Là, dans une allée qui entoure la promenade, quelques cavaliers s’efforcent, avec une affectation trop peu dissimulée, d’attirer laborieusement les regards. — Jamais je n’ai vu autant tracasser de pauvres chevaux de la main
et des jambes. La partie de cette allée qui longe celle préférée par les piétons ne compte que pour un quart dans la route circulaire que les cavaliers parcourent. — Or, ces mômes chevaux qui se défendent, piaffent et caracolent pendant vingt-cinq pas, une fois sortis de la partie de l’allée où les cavaliers espèrent être vus, une fois hors du théâtre, font le reste de la promenade d’un trot nonchalant, la tête basse, le col allongé, comme des acteurs dans les coulisses.
La nuit venue, on va se promener dans les rues, c’està-dire dans trois rues : via Carlo-Felice, via Nuova et via Nuovissima.
Ces rues sont pavées de larges dalles, toujours admirablement propres, sur lesquelles les femmes peuvent traîner impunémnnt leurs robes de soie.
Puis on va prendre, au café de la Concorde, des glaces et des sorbets. — La Concorde est un jardin planté de grands orangers, de grands citronniers et de lauriers-roses hauts comme des tilleuls. On y arrive par un péristyle et un escalier de marbre blanc. — Quelques salons, magnifiquement ornés et dorés, ne sont occupés que lorsqu’il n’y a plus de place dans le jardin. Les glaces et les sorbets coûtent quatre sous, ou huit sous, selon le nom ou la grosseur. Outre les glaces parfumées aux fruits, comme chez nous, on en trouve là qui le sont au jasmin, au géranium, au thym, à lâ sauge, à la verveine, au basilic, etc. — On fait, à la Concorde, de la musique qui, comme toute celle que j’ai entendue à Gênes, presse un peu le mouvement, mais qui sous ces orangers ohar-
gés de fleurs d’argent et de fruits d’or, sous ces lauriers aux fleurs de pourpre pâle, fait de la Concorde le plus joli cabaret qu’on puisse voir.
Le matin, on y prend du chocolat très-bon, qu’on paye quatre sous la tasse, et du café au lait glacé qui n’est pas beaucoup plus cher. On a le droit d’y mal dîner de quatre à six heures au même prix que partout ailleurs.
Pour ce qui est des fleurs, il n’y en a pas dans le jardin d’autres que celles des orangers et des lauriers roses. Mais une marchande sous le péristyle fait et vend de ces immenses cocardes qui s’appellent à Marseille les magnifiques bouquets de Gênes.
Le sol de Gênes est fort inégal. Pour en juger, il faut aller sur le pont de Carignan. Ce pont, haut de plus de cent cinquante mètres, a été jeté d’une colline à l’autre; sous son arche unique sont des maisonsde cinq, six, sept et huit étages. Celles de ces maisons qui sont bâties sur les versants des collines se trouvent avoir par derrière un sol beaucoup plus élevé que du côté de la façade; elles en profitent pour avoir des jardins à tous les étages. On y a un jardin au cinquième aussi bien qu’au rez-de-chaussée. Ce jardin n’est pas un jardin suspendu comme les terrasses de Paris, un jardin orné de pots et de caisses, nourrissant d’une terre avare de maigres plantes. Non, ces jardins, petits à la vérité, sont en plein sol et ombragés d’orangers et de figuiers. Ils ressemblent aux plus grands et aux plus riches, et comme eux, ils n’ont pas de fleurs. Je vais quelquefois à Gênes chez un très-bon et très-excellent homme, qui veut bien m’aimer un peu à cause des
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embarras que je lui cause et des corvées que je lui donne.
Il signor Giuseppe Merello n’est heureux que quand on lui fournit l’occasion de rendre quelque service. Comme je demeure à plusieurs lieues de Gênes, il m’arrive parfois d’être assez longtemps sans le voir, et alors il m’accueille d’un air un peu sérieux ; mais je n’ai qu’à dire en entrant :
« J’ai besoin de vous », son intelligente figure s’épanouit;
— et si j’ajoute : « C’est quelque chose de difficile et d’ennuyeux que je veux vous prier de faire pour moi », alors tout est expié, et il me pardonne complètement ma négligence apparente. Eh bien ! il signor Giuseppe Merello habite le deuxième ou le troisième étage, d'une maison de Gênes. — En sortant de son appartement, on monte au jardin, un étage plus haut, un vrai jardin planté de vrais arbres, orangers, citronniers, abricotiers. On y cultive des fèves, des pois, des haricots, etc. Outre le jardin, il y a là une basse-cour très-bien habitée. Du jardin on voit toute la ville de Gênes avec ses maisons peintes et la mer bleue à l’horizon.
Parlons de la campagne et des jardins de rapport. Iis le sont tous plus ou moins, je vous l’ai dit. Tous les jardins sont sur le même plan. Cinq ou six longues tonnelles • de vignes dans la longueur et dans la largeur des jardins, des oliviers, des orangers, des citronniers, des figuiers, qui produisent une douzaine de variétés de figues exquises; des pêchers, affreux arbres difformes, grêles, mal venus, non greffés, qui rapportent, du moins quelquesuns, d’assez grosses et très-excellentes pêches jaunes, dont une variété, dure comme des pommes, se pèle et
se croque comme elles; des cerisiers produisant des cerises magnifiques, excellentes et variées; des abricotiers, des poiriers d’espèces nombreuses et seulement passables; des pommiers donnant de très-bonnes pommes, déjà mûres et mangées au mois de septembre. Je ne sais pas comment Us les conservent, mais on en vendait au mois de juin dans les rues de Gênes, qui étaient évidemment des fruits de l’année précédente. Elles étaient trèsfraîches et nullement ridées.
Un très-joli fruit est celui du néflier du Japon : c’est un arbuste cultivé en France, dans certains jardins, et curieux pour son large et beau feuillage gauffré. — Arbre ici, il donne au mois de mars et d’avril de petits fruits lisses, d’un beau jaune, d’une saveur acide et sucrée fort agréable.
Si les vignes sont malades en France, elles sont ici à peu près mortes. L’année dernière, elles n’ont pas donné de raisin ; cette année, elles ne donnent pas de feuilles. On ne fait aucun essai pour lutter contre la maladie : on ne fait plus de vin, on boit de l’eau avec du citron. Quelques propriétaires arrachent les vignes et les remplacent par des citronniers, qui sont un excellent produit et donnent une récolte chaque mois.
Nous voici aux légumes. C’est la partie peu brillante, et cela parce que les cultivateurs ne veulent pas qu’il en soit autrement. La terre est très-fertile, le soleil prodigieusement fécond. Leurs amours perpétuelles ne peuvent être stériles. Mais quand la nature fait tant, l’homme,
qui est naturellement paresseux, se met avec ardeur à ne rien faire.
Ici on plante un peu, on ne récolte pas mal et on ne cultive pas du tout. Le cultivateur, le manant, met en plant ou sônrle un certain nombre de plantes et de graines, puis il va pêcher à la ligne au bord de la mer, en attendant la récolte.
L’artichaut est un gros chardon parfaitement épineux. Les carottes sont en bois.
Pour ce qui est des autres légumes, les Génois ignorent l’art assez primitif d’échelonner leurs semis pour échelonner leurs récoltes. — On a des pois et des haricots verts pendant quelques jours seulement, et comme tout cela se vend à la livre, on les effarouche beaucoup quand on les demande un peu fins. Naturellement ils les cueillent le plus gros possible. C’est un raisonnement qu’ils ne saisissent pas tout de suite que celui qu’ils n’ont rien à perdre en augmentant le prix de la livre. Ils sont défiants ; tout ce qui n’est pas conforme à leurs habitudes les inquiète et excite leurs soupçons. Ils sont assez portés à croire qu’un marché est une lutte entre deux hommes, lutte dans laquelle le plus adroit et le plus heureux vole l’autre.
On plante et on récolte, — j’omets toujours à dessein le mot cultiver, — énormément de tomates, et elles sont excellentes. — On mange beaucoup de petites courges vertes à l’état où nos maraîchers coupent et jettent les melons qui surchargeraient les plantes.
On en est encore, et on en sera peut-être toujours, pour
les légumes, aux espèces médiocres et presque sauvages.
— On ne trouve à Gênes, en fait de melons, que nos anciens melons brodés qui ont presque disparu des marchés de Paris ; — mais les Génois ont beau faire, le soleil rend les melons passables, malgré l’infériorité de l’espèce. — Pour ce qui est de la salade, il n’y faut pas penser : au printemps, on coupe du semis de romaine. — On ne repique pas, on ne lie pas la salade. Pourquoi faire î
— On mange, en place de salade, des feuilles de chou cru;
— les petits pois également se mangent crus, ainsi que les fèves.
Pour ce qui est des bestiaux, c’est une autre affaire :
— je voyais, à la fin du jour, de belles filles porter sur la tête de grands vases de cuivre que je supposais contenir du lait. Je dis que je supposais, car ce n’était qu’à moitié vrai, et ce n’est pas tout de suite que j’ai pu m’en assurer. Les femmes sont grandes, bien plantées, droites et cambrées. — Aussi, n’est-ce que sur la tête des plus petites que je pouvais voir ce que contenait le pot de cuivre ; et d’ailleurs, si quelques-unes portent ainsi du lait, le plus grand nombre portent de l’eau, que l’on va en troupe chercher, dans la saison de la sécheresse, à des fontaines quelquefois fort éloignées.
Plus tard, la nuit, j’entendais tinter des clochettes qui me rappelaient celles que portent au col les vaches éparses dans les pâturages de la Suisse. Une fois ou deux j’avais entendu de sourds beuglements. Je savais qu’il y avait du lait, — je soupçonnais qu’il y avait des vaches, mais j’habitais depuis deux mois une maison à la campagne.
Digitiz
nons DK MON JARDIN.
dans une ferme, et je n’en avais pas encore vu. Je trouvais au bord de la mer de grands herbages, d’herbe un peu rare, il est vrai, mais verte et appétissante : —jamais je n’y rencontrais une vache ; je crus un moment à du lait artificiel, quelque chose de plus fort qu’en France, où on met toujours un peu de lait dans la composition qu’on vend sous ce nom. J’allai aux informations; on me dit que, non-seulement il y avait des vaches, mais encore qu’il y en avait beaucoup ; que nofi-seulement il y avait beaucoup de vaches, mais qu’encore elles étaient trèsjolies et venaient de la Suisse. Je demandai à les voir, on me conduisit derrière la maison, et on me fit descendre cinq marches, puis on ouvrit une porte ; je vis là un endroit plein d’obscurité; c’est-à-dire que d’abord je ne discernai rien, — mais mon odorat m’avertit que j’étais dans une étable. — Mon campagnard s’approcha d’une fenêtre et ouvrit un volet; — je vis quatre vaches brunes aux cornes noires, petites mais bien faites.
— Est-ce qu’elles ne sortent pas aujourd’hui ? demandai-je.
— Elles ne sortent jamais.
— Et cette obscurité ?
— C’est toujours comme ça.
— Mais c’est affreux?
— Elles mangent beaucoup moins que si elles étaient à même les prairies, et d’ailleurs nous n’avons pas de. prairies.
— On peut toujours en faire:
-Ça n’est pas l’habitude.
PBOMENADBS
— Mais vos vaches doivent être malades?
— Au contraire, c’est quand on les fait sortir qu’elles sont malades. En voulez-vous la preuve? Je vais en faire sortir une.
On fit en effet sortir de l’étable une de cos pauvres vaches : la vue du soleil lui fit mal aux yeux, le grand air la fit frissonner, elle trembla sur ses jambes, elle voulut faire quelques pas, elle faillit tomber.
Le paysan la fit rentrer, et me dit :
— Vous voyez bien !
— Mais, repris-jé, ce n’est pas parce qu’elle sort qu’elle est faible et veule, c’est parce qu'elle ne sort pas assez souvent.
11 me laissa dire sans parait) e convaincu le moins du monde, et il referma soigneusement le volet et la porte.
— Combien vos vaches vous donnent- elles de lait?
— Dix ou douze litres, les bonnes.
— Eh bien 1 en Suisse et en Normandie, ce sont les mauvaises qui donnent dix ou douze litres de lait.
— Ah bah! nous en avons bien assez; nous n’avous pas besoin de beurre, nous avons l’huile.
— Avez-vous essayé d’en faire, du beurre?
— Oui, mais on n’en fait que très-peu avec énormément de lait; il faut le vendre très-cher, et les bourgeois n’en veulent pas.
— Je le crois bien ! votre lait est faible et presque comme de l’eau; — vos vaches sont scrofuleuses et lymphatiques.
il me tourna le dos.
Je voulus voir comment on nourrissait ces pauvres bêtes, que je plaignais d'autant plus sincèrement qu’on les amène à l’âge de trois ou quatre ans de la Suisse, où elles sont restées jusque-là dans la montagne à même les pâturages.
Le Génois se nourrit fort mal, — depuis le grand seigneur jusqu’à l’ouvrier. — Le paysan ne se traite pas mieux qu’il traite ses vaches. — Voici ce que j’ai vu :
— le matin le paysan se promène dans le jardin, il rassemble au hasardée qu’il trouve pour faire la minestra . — La minestra est une soupe construite avec une sorte de gros vermicelle, auquel on mêle tout ce qu’on a pu trouver le mâtin; c’est une soupe qui prête beaucoup à la fantaisie. — En effet, je marche à côté du paysan, et il met dans une corbeille quelques haricots, quelques pois, de la poirée, de l’ail, de la bourrache en fleur, du thym, du serpolet, degrandes feuilles de chou, un peu de plant de salade, deux ou trois tomates, des coloquintes vertes, un citron, du basilic, de la sauge, etc. — Quand la corbeille est pleine, il la porte à la ménagère; aucune règle dans les proportions ; s’il n’y a que peu ou point de feuilles de chou, on y mettra plus de bourrache ou plus de serpolet. — La question est que la corbeille soit pleine.
— On fait cuire tout cela dans de l’eau, on y ajoute quelques poignées de pâte, et la minestra est faite. Le dîner se complétera avec quelques fruits. Les plus belles et les meilleures figues que j’aie jamais vues et mangées se vendent la douzaine trois sous de Gênes; — or, le sou de Gênes n’a que quatre centimes. On m’a assuré que la nu-
PROJULNADES
nestra était le fond du dîner de tous les Génois. — Quand ia nourriture de la famille est assurée, on va à la chasse du dîner des vaches, — car il n’y a pas d’herbe naturelle ni semée sur laquelle on puisse compter. — Non, on cherche dans le jardin, on prend un peu par ici, un peu par là, un peu de ceci, un peu de cela. J’ai également suivi le mariante pour le voir composer la minestra des vaches; — il a d’abord cueilli et mis dans une corbeille un peu d’herbe venue par hasard au pied d’un figuier. — des feuilles de chou, du thym, du serpolet, — des feuilles de vigne, de la bourrache en fleur, des liserons, — beaucoup de la renoncule sauvage appelée bouton d’or.
La corbeille n’était pas pleine; elle était bien plus grande que celle dans laquelle il avait récolté la minestra de la famille, et le paysan chercha longtemps sans rien trouver ; puis, tout à coup, avec sa serpe, il coupa une brassée de branches de jasmin, et il porta le dîner aux vaches. Cette façon de nourrir les bestiaux est toujours soumise à cette incertitude. Ayez donc beaucoup de lait, et de bon lait, quand vous nourrissez les vaches avec des bouquets ! ■ .
On récolte sur les montagnes le plus fin, le plus parfumé et le meilleur foin que j’aie jamais vu ; mais on le coupe pour le faire sécher, et jamais on n’y mène les bestiaux.
La viande de veau est excellente. Les veaux sont élevés avee de la soupe au lait. On prétend qu’ils seraient moins bons s’ils ne couchaient pas sur des cailloux en place de litière : c’est une férocité dans le genre de celle qui crève
les yeux aux oies ou aux canards pour qu’ils n’aient pas de distractions pendant qu’on les engraisse. Le mouton est médiocre. Le bœuf est assez bon, quand il n’est pas de la,vache. Beaucoup de personnes ne se rendent pas bien compte de la différence de saveur qu’il y a entre la viande de bœuf et la viande de vache. Ce n’est pas parce que la première vient d’un bœuf et la seconde d’une vache, c’est parce que la première vient d’un jeune bœuf que son propriétaire a intérêt à tuer le plus tôt possible, et la seconde d’une vache qu’on se donnerait bien de garde de tuer tant qu’elle peut faire des veaux et donner du lait, c’est-à-dire tant qu’elle n’est pas vieille et conséquemment coriace, à moins qu’elle ne soit malade. Il n’y a pas à Gênes de bouchers comme en France. Il y a des marchands de came de veau, des marchands de carne de mouton, des marchands de carne de bœuf. Personne ne vend deux sortes de viande, encore moins trois. Voici le prix de la viande :
Le veau 40 sous, tantôt 4 1 sous.
Le mouton 7 sous — »
Le bœuf 9 sous — 4 1 sous.
La vache 6 sous — 7 sous.
Mais il s’agit de la livre de Gênes, qui n’a que douze onces. Il est vrai que le sou n’a que quatre centimes, mais cela ne se compense pas tout à fait.
On emploie pour le charriage et les transports, des chevaux, de bons, de magnifiques mulets, — de grands ânes, — et d’énormes bœufs blancs ou café au lait, — qui sont
d’un très-bel effet sous le joug. — Le mulet est évidemment le plus aimé; à lui les passementeries rouges, à lui les grelots et les sonnettes, à lui un miroir sur le front. — Les bœufs n’ont pour ornement qu’un anneau qui leur traverse le nez, et encore n’est-ce pas un ornement, mais un moyen d’influence. — Les chevaux ont un peu de joaillerie de cuivre, des croissants et des grelots, avec des inscriptions qui les mettent, comme les mulets, sous la protection de la Vierge Marie, — mais ils sont loin d’être aussi richement vêtus que les mulets.
Je vous parlais tout à l’heure de quatre cent cinquante ouvriers employés pendant huit ans à faire un jardin de moyenne étendue. — Cela s’explique quand on voit travailler les gens. — Il n’y a point de bêche, pas de brouette. — Voici comment on fait un transport de terre : — on met avec des pelles la terre dans des corbeilles que des hommes transportent sur leur tête; — il y a beaucoup de chances pour que ça n’aille pas très-vite.
On ne bêche pas la terre ; on attend que le soleil l’ait durcie et fêlée comme un vieux pot de grès; — alors quelques-uns glissent dans les fentes et les fêlures des racines de choux pour l’hiver. — Mais ce procédé passe pour dénoncer un peu de négligence. — Les autres, quand la terre est fêlée, la cassent en gros morceaux au moyen d’une sorte de pioche à peu près pointue, mais il ne faudrait pas un avocat bien fort pour la faire passer pour un instrument contondant. Alors on plante les choux entre les tessons de terre. — La pluie s’ennuierait si on ne lui laissait rien à faire.
lions DE MON JARDIN. 8.S
De jnême qu’en France, — où l’on est un peu envieux parce que tout est possible, — personne ne veut être à l’ombre d’un autre, les plantes elles-mêmes s’étiolent et meurent sous les arbres. Ici l’ombre ne nuit pas, elle protège. Les citronniers fleurissent et fructifient sous les oliviers et sous les figuiers, — les jasmins s’épanouissent et le blé jaunit sous les citronniers, — les légumes viennent très-bien à l’ombre des treilles. — Cela augmente singulièrement l’étendue morale d’un jardin ; j’entends par étendue morale ce qu’il peut contenir et produire. Le jardinier le plus riche n’est pas celui qui a le plus grand jardin, mais celui qui a dans son jardin le plus de fruits, le plus de fleurs, le plus de légumes, le plus d’ombrages, le plus d’eaux murmurantes, le plus de chants d’oiseaux, le plus de parfums, le plus de rêveries, le plus de paix et de tranquillité, et le moins de visites.
Mon frère Eugène, qui vient d’inventer des fours perfectionnés et singulièrement économiques pour les feux d’affinerie, dont on s’occupe beaucoup en ce moment, a construit et dirigé plusieurs usines. Dans une, entre autres, où les localités le permettaient, il avait donné un jardin à chaque ouvrier. — Dès lors, me dit-il, plus d’ivrognerie le dimanche, plus de chômage le lundi, plus de querelles, plus de rixes ; les jardins étaient un délassement, un produit, un plaisir, une passion. Le directeur fournissait des graines des meilleures variétés de légumes et de fleurs, et visitait souvent les jardins pour distribuer les éloges ou les moqueries, les conseils ou les semences. Le dimanche, l’ouvrier restait dans son jardin avec sa femme
et ses enfants ; il bêchait, plantait, semait, sarclait, arro-
sait, et on dînait en famille, sous une tonnelle fraîche et embaumée, avec bien moins de frais que n’en eût causé une partie de cabaret avec des camarades, sans compter les coups de poing. — Et quelle joie quand, sous la tonnelle, on mangeait des pois, des haricots, des fèves ou une salade du jardin ! — Et les voisins et les voisines causaient par-dessus les baies, échangeaient des graines, des boutures, des greffes, et se montraient avec orgueil leurs produits nouveaux.
Je ne sais plus quel saint fêté par l’Église, — saint Bernard, je crois, — disait : « Les chênes et les hêtres ont été nos précepteurs. » — Les relations directes avec la nature, la campagne, les jardins sont remplies d’enseignements salutaires, — c’est un grand moyen de moralisation.
Mais on l’a dit, — est-ce' moi qui l’ai dit? ou plutôt n’ai*je fait que le répéter? je n’en sais rien, — hoc tuum est?... vêtus credidi.
« L’homme s’accoutume à tout, — excepté au repos et au bonheur. »
En France, on a des serres. Dans la plus grande partie de la France, en effet, si on n’avait pas des serres, il faudrait renoncer à un bien grand nombre de belles fleurs et d’admirables plantes. — Mais ici toutes les plantes dites d’orangerie et de serre tempérée ou de serre froide, passent sans danger l’hiver dehors et y prennent un tout autre développement, y jouissent d’une tout autre vigueur.
nous DE MON JARDIN.
Comme le bonheur consiste pour l’homme dans ce qu’il n’a pas ou dans ce qu’il n’a plus, — il lui faut ici des serres dans lesquelles végètent et végètent mal, étiolées, faibles, rabougries, les plantes des tropiques.
Il repaît ses regards de la vue de ces plantes malades, malingres, phthisiques, scrofuleuses, — tandis que dans le jardin, outre tout ce qui orne nos jardins de France, se développent avec une luxuriante sève — les orangers, les citronniers, les myrtes, les lauriers-roses, les camélias, les géraniums, les héliotropes.
Ceci est l’infirmité humaine.
Le bonheur, c’est la boule
Que cet enfant poursuit tout le temps qu'elle roule,
Et que, dès qu’elle arrête, il repousse du pied.
Après l’infirmité, voici la bêtise.
C’est un luxe, en France, d’avoir un héliotrope, des géraniums, etc. Il faut bien les tenir emprisonnés dans des pots, puisqu’ils mourraient, si, l’hiver, on ne les mettait pas à l’abri.
On a pensé ici que le luxe consistait dans les pots, lesquels sont au contraire, la misère. — Et on met cruellement en pot les héliotropes, les géraniums, etc., qui y sont tristes, sans coloris, sans parfum, tandis qu’ils se porteraient tien, seraient joyeux, vivants, éclatants et parfumés, si on les abandonnait tranquillement en pleine terre, en plein air, en plein soleil.
Non- seulement, ils seraient bien plus beaux ainsi livrés à eux-mêmes, mais en pots ils sont bien moins beaux qu’en France. — La chaleur et l’activité de la sève leur
rendent cet emprisonnement beaucoup plus dur,— carcere duro, — beaucoup plus malsain; — les plantes meurent d’ennui, de faim et de soif.
La chaleur nécessiterait des arrosements plusfréquents;
— ces arrosements, on les donne ou on ne les donne pas.
— Si on les donne, la terre délayée, épuisée, sans sucs, ne tarde pas à ne plus nourrir la plante : — elle meurt de faim ; — si on ne donne pas les arrosements, elle meurt de soif.
Je voyais l’autre jour deux cultivateurs dans un jardin ;
— l’un achetait à l’autre quatre mille pieds de jasmin d’Espagne, — je n’assistai pas à la lutte : elle avait dû être vive et passionnée ; — la façon de vendre et d’acheter est fort singulière ici. — Chez nous, un marchand sait d’avance ce que la marchandise lui coûte, et ce qu’il veut gagner dessus ; — il surfait un peu, d’un tiers ou d’un quart, c’est-à-dire qu’il construit quelques ouvrages avancésque l’acquéreur aura à prendre avant d’arriver au cœur de la place. — Mais ici, le marchand demande à tout hasard un prix exorbitant, trois ou quatre fois la valeur présumée de l’objet, — c’est-à-dire que ses premières fortifications sont à une distance inouïe de la place attaquée. — L’acquéreur se récrie, le traite de scélérat !
— l’autre fait quelques pas en arrière, diminue de quelques sous, mais, par saint Jean-Baptiste ou par Ëacchus: les deux jurons sont également usités, il lui est impossible de donner la chose à moins.
* L’acheteur redouble d’injures. — Eh bien ! dit le marchand, combien voulez-vous me donner? Avec les étran-
rions DK MON JAKDIN.
gers, cette manoeuvre qui intervertit les rôles a un plein succès. En effet, quand c’est le marchand qui propose un prix, que vous le poussez et qu’il recule, vous pouvez parfois le faire arriver jusqu’à sa limite; mais s’il réussit à vous faire offrir un prix vous-mème, il est évident que vous ne diminuerez son premier prix que de ce que les marchands français ont l’habitude de surfaire.
Mais de naturel à naturel cela se passe mieux. Le marchand a demandé quatre fois ce qu’il veut de sa marchandise ; l’acheteur offre le quart de la valeur réelle. Le marchand alors tombe anéanti sur son banc, il s’écrie qu’on lui donne une affreuse colique, il mime la colique; grimaces, contorsions, gémissements, rien n’y manque. L’acheteur offre un peu plus, l’autre exige un peu moins, et on finit par tomber d’accord après avoir augmenté ou diminué d’un sou ou deux, seul terrain réel de la discussion ; les deux adversaires seulement avaient pris du champ, comme les anciens chevaliers dans les tournois, mais tous deux savaient bien que c’était à la tin en l’honneur de quelques centimes que le combat aurait lieu.
Le marché des jasmins était conclu quand j’arrivai. — Le prix moyen, du reste, du jasmin d’Espagne, — greffe de l’année, et qui équivaut, vu la rapidité de la végétation, au moins à une greffe de deux ans en France, — est de trois à cinq francs le cent. Les jasmins étaient admirablement chargés de larges fleurs blanches et de boutons d’un rose violacé. — L’acheteur prit sa pioche et les déplanta. Je le crus fou. — Des jasmins d’Espagne arrachés en pleine floraison, au mois d’août, seraient jugés
PROMtNADtS
chez nous complètement perdus et bons à lier en petits fagots pour allumer le feu.
Notre homme fit un paquet de ses jasmins, alla chez lui, piocha un carré de terre, y planta les jasmins, leur jeta quelques seaux d’eau, et ne s’en occupa plus.
Trois jours après j’allai voir les jasmins : ils étaient en très-bon état et n’avaient pas interrompu leur floraison.
Je rapprochai ce fait extraordinaire de ce que j’avais déjà vu pratiquer au mois de mai. A cette époque, on transplantait des orangers et des citronniers à racines nues ; tous ont parfaitement repris.
En faisant la part de l’activité particulière de la sève et de la vie dans ce pays, ces exemples sont venus pour moi confirmer un principe sur lequel je suis d’accord avec un certain nombre d’horticulteurs distingués, tandis que la foule agit d’après des idées diamétralement opposées.
La transplantation ne doit pas avoir lieu pendant le sommeil absolu des plantes, mais pendant que la sève tiavaille encore ou lorsqu’elle se réveille, c’est-à-dire à l’automne ou au printemps. — Si vous faites subir une épreuve violente à un végétal dont la sève est complètement suspendue, il n’aura pas la force de supporter l’épreuve. — Les plantations d’hiver sont mauvaises et font perdre beaucoup d’arbres. — Transplantez à l’automne, et si, à l’hiver, il vous plaît d’arracher quelques-uns des arbres transplantés, vous verrez aux racines de petits filaments blancs, des racines. rudimentaires que les jardiniers appellent le chevelu et qui se sont formées avant le sommeil des plantes.
nous DE MON JARDIN.
On parlait dernièrement d’appliquer en France une petite partie d’une idée que j’ai émise il y a asse» longtemps déjà, et que j’ai indiquée de nouveau, en en changeant la forme, dans mon roman de Clovis Gosselin dont je vous parlais tout à l’heure.
Il s'agirait, dans les écoles communales, de faire coïncider les leçons d’agriculture avec les leçons de lecture, d’écriture et de calcul. Ce n’est qu’une partie de mon projet. Voici le reste :
Pourquoi ne pas créer des pépinières et des potagers où on propagerait incessamment les bonnes espèces, — pour remplacer, à mesure des progrès, les espèces mauvaises et médiocres. Aussitôt qu’un nouveau fruit, un nouveau légume ou une nouvelle variété présenterait une amélioration réelle et dûment constatée, on en distribuerait des greffes et des semences entre ces haras de végétaux, — et les directeurs, eux, se chargeraient de distribuer autour d’eux, à leur tour, ces greffes et ces semences, soit gratuitement, soit à très-bas prix.
Ainsi, il serait très-opportun de semer des pommes de terre. — La pomme de terre, qui depuis trente ans, n’a été reproduite que de bouture, a dû nécessairement dégénérer; — mais la semence de la pomme de terre ne produit la prem ière année que de petits tubercules gros comme des noisettes, qu’il faut confier à la terre encore un an avant de les pouvoir employer. — Le cultivateur aimera presque toujours mieux récolter la première année des pommes de terre très-médiocres que d’en récolter d’excellentes au bout de deux ans, et il continue à planter des
morceaux de pommes de terre. — La pépinière communale vendrait des pommes de terre d’un an, — qu’alors, on n’hésiterait plus à planter, et on aurait bien vite régénéré l’espèce. En très-peu de temps on verrait disparaître les vieilles, médiocres et malsaines espèces de fruits qui encombrent les marchés, eton ne mangerait plus, même à bas prix, que les espèces exquises. Voyez comme en quelques années, aux environs de Paris, on a vu disparaître le melon maraîcher ou brodé, remplacé aujourd’hui même sur les charrettes des revendeurs, par les melons cantaloups. Un bel arbre, un bon fruit, un bon légume, ne coûtent pas plus cher à produiie, n’occupent pas plus de terrain, ne le fatiguent pas davantage qu’un arbre rabougri, un fruit sauvage, un légume fade. — Quand il n’y aura plus que les bons fruits et les bons légumes, leur prix élevé, qui ne l’est qu’à cause des mauvais qui usurpent la terre, deviendra au niveau du prix où sont aujourd’hui les plus mauvais fruits et les plus mauvais légumes.
Je voudrais que l’instituteur fût directeur de ce haras, de cette pépinière. Ce serait là qu’il donnerait ses leçons d’agriculture et de jardinage ; là qu’il communiquerait, aux enfants, dans la semaine et aux parents le dimanche, les progrès récents, les expériences nouvelles que lui apporterait tous les mois un recueil, un journal spécial envoyé par l’État et fait sous ses auspices, sans influence politique.
11 enseignerait en outre l’art de greffer et de bouturer. — - En peu d’années, par cette innovation, sur la surface
entière de la France, on verrait l’ignorance, et l’erreur, bien plus dangereuse que l’ignorance, remplacées parles meilleures théories, en même temps qu’on propagerait les plus profitables espèces par la greffe, par le bouturage, par le semis.
Une découverte utile, an procédé économique, au bout d’un mois, seraient répandus et vulgarisés dans toute la France.
Si vous étiez resté aux affaires, monsieur, je* vous aurais sans doute proposé de vous aider de mon petit mieux dans cette entreprise, qui, je crois, amènerait les plus heureux résultats, et cela dans un temps très-court.
Dans le projet actuel, il n’est question que de l’application d’une petite partie de mon projet.
Agréez, etc.