IX
— • A propos, dit Raoul à Calixte en dînant, — permets-moi de le féliciter : — tu es devenu comte depo» notre dernière rencontre?
— Pas que Je sache, répondit Calixte en rougissant un peu.
Ce n’est donc pas de toi que me parle avec tant de vénération le tailleur Seeburg?
— Ah !... Seeburg... oui, certes ; mais c’est lui qui » m’a fait comte. — J’écris mon nom de Calixte en abrégé sur mes cartes : C** Mandron^ de plus Je fais
estamper mon papier à lettres comme tout le monde , — et je mets au-dessus de mes initiales — C. M. une couronne de comte, tandis que j’aurais pu y
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mettre une couronne de duc, comme tant d’autres qiiî n’en ont pas plus le droit que moi. — Il n’y a guère que les commis en nouveautés qui se contentent aujourd’hui d’une couronne de baron, — et aussi les véritables barons, à moins que ces derniers n’^n mettent pas du tout; ce qui est devenu de si bon goût parmi les gens réellement titrés, — que ne pas mettre une petite couronne sur ses initiales est presque, de la part d’un bourgeois, montrer de l’affectation et se donner les airs d’un duc. Cet imbécile de Seeburg s’est amusé à m’appeler M. le comte, — et à m’entourer dé tant de respects, de tant de soins, que je n’ai pas voulu le désabuser et être obligé de payer en autre monnaie, plus , coûteuse pour moi. ses attentions et ses prévenances.
♦ ; — Je vois bien ta grimace, mon cher Raoul, — mais
" tu me fais un peu dans la, vie l’effet d’un homme qui . •
• voudrait nourrir son cheval avec des sorbets au marasquin; — le cheval aime mieux l’avoine et le foin.— Si tu veux abreuver les imbéciles, les sots et les fripons avec toutes sortes d’austères vertus, d’exquises délica- . tessesi — tu Jes dégoûteras et ils te lanceront des ruades. — Les trois quarts des hommes aiment mieux des sottises et des puérilités, — je les sers à leur goût, — et ils sont pour moi pleins de respect et de reconnais-; ' sance. — Seeburg est-il ton tailleur?
— Oui, à peu près. *
— *Eh bienl je gage qu’il ne laisse pas passer un mois sans t’apporter son mémoire après qu’il t’aura fait pour trois ou quatre cents francs d*habits; — mais moi, — voici trois ans qu’il m’habille, qu’il me couvre
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de ses plus riches étoffes, — comme les anciens faisaient à leurs idoles ; — ch bien, — il ne s’est pas permis de faire encore la moindre allusion au payement. ' — Mais alors, malheureux, ,tu lui devras des sommes énormes.
— Jè le payerai alors ; — c’est-à-dire que si j’allais dire au père Mandron que je dois cent francs à mon tailleur, il prendrait son gr.andair de comparse de tragédie, — et me dirait : — Mossieu, je ne paye plus vos dettes; — mais un mémoire de trois mille francs, — cela lui portera un coup, — il sera atterré, — et il payera : — le père Mandron gagne énormément d’argent, — El d’où connais-tu Seeburg?
— Je donne des leçons à ses enfants.
— A la fille aussi... lu n’es pas malheureux... c’est une jolie fille, — mais, à ce qu’il parait, une tête de fer, elle fait trembler le père Seeburg; — tu n’es pas malheureux.
— Je n’ai jamais regardé si mademoiselle Seeburg était jolie. — Tu sais bien que mon cœur n’est plus à moi ; — j’aime une autre femme, et de toutes les forces de mon âme.
— Ce n’est pas une raison pour ne pas adorer un peu mademoiselle Seeburg.
— Ah ! Calixte, lu ne sais pas ce que c’est que l’amour; c’est le ciel qui m’a fait rencontrer cet ange sur la terre ; — il me punirait si je lui étais infidèle.
— Le ciel s’occupe bien de cela 1 — Ce que Dieu n’a pas voulu que l’homme fit, — tu peux être sûr que l’homme ne le fait pas. — Dieu n’a pas voulu que
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• l’hcmme habitât les étoiles et s’allât promener dans la :lœie, — et l’homme n’a jamais enfreint celte défense.
Si le ciel a mis sur ton chemin mademoiselle... comment dirai-je?... mademoiselle trois étoiles, — enfin l’ange en question, — pourquoi ne serait-ce pas ! jni qui aurait mis sur ton chemin également le joli démon qui s’appelle mademoiselle Seeburg? — Si tu manges une pomme à un arbre, — crois-tu que le ciel, qui a mis cette pomme-là pour toi, — exige que tut’abstiennes des autres? — Tiens, mon pauvre Raoul,
' tu ne feras jamais rien de bon dans la vie.
Quelques jours après, Raoul reçut une lettre de Ja tante Clémence. — Elle ne contenait que ces mots : « Venez me voir demain matin. »
— Ma chère tante, dit-il en arrivant, — j’ai peur, que se passe-t-il? Il n’est pas naturel qu’une lettre de vous m’ait causé une si fâcheuse impression.
— Rien de mal pour l’avenir de votre amour, mon beau neveu. — Le paradis auquel vous arriverez est ■ sauf, mais le purgatoire dans lequel vous vivez sera un peu plus triste pendant quelque Jemps.
— Au nom du ciel ! que voulez-vous dire?
— Mon frère part dans une semaine pour la Normandie. — Nous avons là un oncle, — et voici l’histoire de cet oncle. Du temps de notre grand’mère et même de notre mère, on mariait les filles très-jeunes. — Ma grand’mère s’est mariée à quatorze ans; — elle a marié sa fille à quinze ans. — Celle-ci avait trente et un ans, —et mon frère, qui est l’aîné de nous, en avait quinze,
- iorsque ma grand’mère, devenue veuve, s’est remariée
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et a eu un enfant. — Cet enfant, qui est notre Oncle, a quinze ou seize ans de moins que mon frère, — • et* huit ans de moins que moi. — Il paraît qu’il fait là-bas^ ^ des folies, — qu’il grève ses propriétés, et va épouser-' a servante. — Il s’agit de le morigéner, — et son neveu va aller lui laver la tête. — C’est le seul hoinme-au monde que notre oncle redoute un peu. — - Mon' f^ôré? devait partir seul, — mais hier tout à coup il achawgél d’idée. — Je le soupçonne d’avoir saisi au passage cer** tains regards que vous jetez parfois du côté de sa fitlej Il aura sans doute rapproché ces regards — de la jôiei naïve de Marguerite quand vous venez à la maison, — et de sa douce mélancolie quand elle vous attend pen-< dantune longue semaine. — T^oujours est-il qu’il m’a dit : — Clémence, — - j’emmènerai mes filles. — Elï quoi I me suis-je écriée,‘à peine à la fin de l’hiver ! —
Que vont devenir ces pauvres enfants àda campagne ?
— Elles seront très-heureuses, m’a-l-il dit ; Marguerite, l’autre jour, avait des larmes d’attendrissemeni dans les yeux en lisant un passage de je ne. sais quel poète sur le printemps, passage où on disait : a Pour les habitants des villes le printemps est comme le bruit de la musique et de la fête pour le pauvre: nui est à la porte de l’hôtel. » — D’ailleurs, elles ne profit tent guère de Paris, depuis que Marguerite- s’est éprise de (la retraite et de la solitude. Dès les premiers jours de mai, je les mènerai à la mer, qu’elles n’ont jam.7.’s vue, — et je ferai prendre des bains à Alice, dont lasanté est délicate ; — de plus, a-t-il ajouté en souriant^
— to) ne nous refuseras pas de venir avec nous. — Ctz
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pauvres enfants — emporteront Paris avec elles, — c’està-dire tout ce qu’elles en aiment, excepté Félix, qui ne vient plus nous voir que par grâce et pour ainsi dire en visite.
— Qui 1 moi ! dis-je.
— Toi, certes; je te paye le voyage, •— et pendant quatre ou cinq mois je compte t’héberger, — ce qui tournera au profit de ton fils, — de ton héros africain, dont le nom n’encombre pas les bulletins de l’armée française. — Tu feras des économies pour sa prodigalité. — Eh bien , Raoul, — le dirai-je, — vieille femme fol!^ et méprisable que je suis, j’ai encore résisté, — un peu pour vous, et beaucoup pour ma chère Marguerite. — Mais mon frère a été inflexible dans le plaisir qu’il veut nous procurer. C’est un homme qui ne s’avise pas souvent d’avoir une volonté ; — mais son indifférence sur les choses ordinaires n’est qu’une économie de force et de despotisme, — surtout quand il , croit avoir préparé à ceux qu’il aime un bonheur ou ; un plaisir. S’il se figurait que notre bonheur doit consister à recevoir chaque matin cent coups de bâton sous la plante des pieds, — il n’y aurait pas moyen de les éviter. — Nous partirons donc dans une semaine.— Et vous, dont la moue et le visage renfrogné respirent l’ingratitude et la bienveillance, — j’ai pensé à vous encore en acceptant. — Vous aurez par moi, — par mes lettres, — des nouvelles de Marguerite.
— Vous auriez aussi bien pu m’en donner en recevant ses lettres ici.
— Oui, mais ai:r:;it-elle des vôtres? Je veux bien lui
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parier de vous, mais je ne veux pas lui écrire, — je ne veux pas fâcher mon frère contre moi. — Si je venais à mourir, — il faut qu’il accepte le legs que je lui ferai de mon fils. Ensuite, mon frère a parlé de vous, —
3 vous a trouvé un air singulier, le jour du Conservatoire... Il voulait me faire parler, mais j’étais sur la défensive,
— N’était-ce pas, au contraire, le moment de lua dire que je travaille pour me faire une position, et ensuite lui demander la main de sa fille? — Il n’y a rien là que d’honnête et d’honorahle.
— Mon frère m’aurait répondu que notre projet n’a pas le sens commun, — et, à vrai dire, il ne l’a guère que pour Marguerite, pour vous et pour moi, — qui ferons trois fous et deux martyrs, si vous faiblissez sur la route, et si vous n’avez pas la force d’arriver au but. Tout serait perdu si une fois il disait non,
— Eh quoi ! je vais être la moitié d’une année saps
voir Marguerite 1 >
— Il faudra que vous soyez bien maladroit si voti* * *. ne vous faites pas forcer par Félix à venir nous joindre* • ' aux vacances, à Dieppe ou au Havre, où nous sercm^ alors. ,
— Ah ! chère tante, quelle charmante pensée !
— Voyons, causons raisonnablement; il ne s’agif. pas de regarder son but, — il faut y arriver. — Où en êtes-vous? que faites-vous? qu’avez-vous fait?
— Je travaille ; — mes pas sont lents, — m.ais j’arriverai; — je ne veux rien vous dire encore, mais je marche.
uaoül
iiO
— C’est bien ; — vous m’apporterer dîmaiKÿre lût- ' tin un petit bouquet de violettes pour Marguetîte. — Nous partons lundi matin ; — sans doute mon frère vous annoncera notre départ dimanche soir; — félrs' y sera.
üne partie de la matinée se passa chez la tante Clémence, — et, en la quittant , Raoul s’aperçut qü*iî était en retard pour la leçon des enfants du tailleur.-— N arriva couvert de sueur chez M. Seeburg, qui prit’ un air résen’é et à demi mécontent. — Raoul fut profondément blessé de la façon dont il reçut son excuse, — mais il pensa qu’il n’avait pas le droit de se tâcher ; — il aurait fallu payer sa dette à M. Seeburg. Tout en donnant sa leçon au petit Alfred, il fouilla à sa poche pour prendre son mouchoir et s’essuyer le front ; — il avait perdu son mouchoir ou il avait oublié d’en prendre un.
Esther, qui ne perdait aucun de ses mouvements, lui .dit : — Vous avez perdu votfe mouchoir, monsieur Desloges, — voulez-vous que je vous en prête un? — Et sans attendre sa réponse, elle alla chercher un petit foulard blanc qu’elle lui donna. — Raoul la remercia’ et continua la leçon. — Quand ce fut son tour, — ^Raoul’ s’aperçut qu’il avait également oublié le livre dans lequel il avait coutume de faire des dictées à Esther. — 11 prit au hasard un volume qui était sur la table, ef dicta de mémoire une cinquantaine de vers qu’il avait’ faits dans un moment de tristesse et de découragement.
— De qui sont ces vers? monsieur Desloges, dé* manda Esther..,
mOJÜL 14 *!^
—îlîî^soBt.r.' mademoiselle;., ils sont d’trff po§tteiiuconnu...
EBtUèrprit’ le livre que» Raoul avait replacé sur la table, et dit : — Mais, monsieur Desloges, ce livre est* un livre à* Alfred, — etc’èstun livre'làtin.
—Je vous ai récité* de mémoire; mademoiselle," ces vers que j'ai lus plusieurs fois, je ne- sais pourquoli
—Vous aviez cependant une bonne raisonpour cda, —‘monsieur Desloges, —e’est que ces' vers sontchar^ mants;
Raoul rougit. — Estber* continua :
—‘Pourquoi ne voulez-vous pas queje sacbe que ces^ vers sont de vous?
— Mademoiselle...
— Est-ce pour cette deuïoiselle avec* qui" vous étiez au Gonservatoirev.. que vous les avez faits?*.. Elle est* jolie, do • reste;^ et^ bien capable d^înspirer de beaux vers. Pardon... n’en parlons plus* — A propos^ c^est^ dimanche ma fôtCj mon père va aujourd’hui*ou demain vous engager à venir passer la- soirée avec’ nousi..
— ‘ Dimanehe... mademoiselle... c’est absolument impossible...
— Estrce impossible?... ouesi-ce que vous ne voulez pas venir passer la soirée chez votre tailleur?
— C’est que c’est impossible,, mademoiselle.
— Tant mieux... Eh bien,, si mon père vous invite pour. dimanche,. acceptez sans faire d’observation.w
— Pourquoi accepter, si je ne puis pas venir?
Estiierft*appa'le parquet de son joli petitpiedi
~ Parce^e;.. parce que^ si vous dités^ mon pèi9
RAOUL
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que vous ne pouvez pas venir dimanche, on tro'Sverait singulier que je fisse remettre la soirée à lundi...
— Mademoiselle, je serais désolé de rien déranger à vos plaisirs.
— Est-ce donc que vous ne voulez pas venir?
— Je vous ai répondu à ce sujet, mademoiselle, et je ne mens jamais.
— Je le crois... Alors contentez-vous d’accepter pour dimanche. Raoul corrigea la dictée de mademoiselle Seeburg et partit. — Ce n’est que le lendemain que M. Seeburg lui dit : — C’est dimanche la fête de ma fille... vous viendrez passer la soirée avec nous, n’estr ce pas?
Raoul accepta.
«J’espère que M. le comte Mandron nous fera l’honneur de venir un instant. — Vous verrez le dernier habit que je lui ai fait. — A propos, vous aurez demain votre manteau.
Le dimanche matin, — comme Raoul allait chez la tante Clémence, son portier lui donna une lettre d’une écriture inconnue, — qu’il décacheta tout en marchant ; — elle contenait ces mots :
« Monsieur, par suite d’une légère indisposition, la > soirée à laquelle vous avez bien voulu promettre de venir •’ cliez M. Seeburg, — aujourd’hui dimanche, est remise à demain lundi. — M. Seeburg espère que ce petit incident ne le privera pas de l’honneur de vous voir. ».
Raoul chiffonna la lettre, la déchira en morceaux, et alla chercher deux bouquets de violettes;
RAODL 113
— C*est donc demain que vous partez? dit-il à la tante Clémence; — je vais voir Marguerite ce soir pour la dernière fois d’ici à longtemps. — Vous et Marguerite, — vous allez emporter mes pauvres violettes, — vous penserez à moi, n’est-ce pas ? — vous m’écrirez souvent?
Il donna un des bouquets à la tante, et garda quelque temps l’autre, qu’il pressa sur ses lèvres.
— Maintenant, dit la tante, il ne faut pas que je confonde les bouquets... mais je vous jure que je donnerai à Marguerite celui qui lui est destiné, — sans mentionner aucune circonstance accessoire, — et ce sera tant pis pour vous si elle ne demande à vos violettes que leur parfum. — Je ne l’empêcherai cependant pas de supposer ou de deviner ce qu’elle voudra. — Ace soir;
— surtout soyez sage. — Si mon frère confirme les soupçons qu’il a peut-être, s’il se prononce contre nos projets, tout est perdu. Adieu.
— Le soir, en effet, on joua au loto comme de coutume. — Vers le milieu de la soirée, M. Bédouin dit à Raoul : — Monsieur Desloges, nous vous faisons nos adieux... pour quelque temps. — Nous partons demain matin, — nous allons passer quelques mois en Normandie... La santé d’Âlice, à laquelle on ordonne les^ bains de mer,'' — nous y retiendra probablement pen^ *. dant toute la belle saison, — nous n’aurons sans doute pas le plaisir de vous revoir avant l’hiver prochain. — C’est singulier que Félix n’arrive pas, — je lui ai cependant écrit que c’était la dernière soirée que nous passerions ensemble d’ici è quelque temps.
' H4 BAOüL
A ce moment Félix sonnx, *“ -cessa tde jouer et I
-DD parla du voyage. Marguerite était triste. — «Raoul dit à Félix : ■— J 'espère que tu viendras quelquefois me I
voir, tes jours de sortie,
A quelle heure pardon demain matin?. demâûda
Félix.
— A huit heures.
— Nous ne serons jamais prêtes, 'dit la ;tante4 •— pour moi, j’ai .fait aqjourd’hui tous mes préparatifs ; j
mais ce que je .crains, c’est de me .pas me réveiller.
Raoul offrit d’aller réveiller la tante, qui accepta.
—Alors, ditJFélix, tu viendras avec l’orphelin mettre toute la famille en diligence. > j
— Volontiers, dit Raoul. . • * >
Latante selevaetdit: — Ilfautnouscoucherdebonne iheure ; — je m’en vais. — Marguerite et Raoul échangé- )
/K»nt un regard, — et Raoul offrit son bras à la tante, l
qui lui dit au momentidele quitter, avec un ton plein .de.malice : — Apropos... j!allais .oublier quelque chose » qu’on m’a remis pour vous. — .Elle! donna au jeune .'Desloges .un .papier iplié^ — etrentra chez -elle.— Raoul j
se précipita sous le premier . réverbère, — nt.reoonnut avec un inexprimable ravissement une ^letièe boude des beaux cheveux de .Marguerite ^ Il.passaia.nuïtà faire viles vers qui commençaient ainsi.:
Signe orgueilleux de grandeur souveraine ,
Rouge tutban plisaësur le front des sultans.
Non, ni a’as pas üéclat de ees tresses dlébène...
et ainsi de suite «pendant «œnt 'cinquante wrs. — iÆ
RAOUL
lia
leodemam matin, U alla frapper & la porte de la tante Oémence, qu’il trouva iout habillée et prête à partir. Jdarguerite se troura également préparée, mais elle s’occupait d’Alice. M. Hédouin et Félix mangeaient à la bête un pâté, — dont on offrit un morceau à la tante Clémence et à Raoul, — Raoul, qui allait refuser, — .accepta sur un signe impérieux de la tante. Marguerite et Alice emportaient quelques gâteaux. Gomme les quatre voyageurs et leurs bagages remplissaient un fiacre plus que suffisamment, — Félix et Raoul partirent â pied en avance.-^ On avait oublié mille choses. Quand le fiacre arriva, les chevaux étaient à la voiture, r-r£t}On avait ‘déjà appelé deux fois : — M. Hédouin, quatre places d’intérieur. Raoul jeta un regard inquiet ,dans la voiture ; deux hommes complétaient l’intérieur.
M. Hédouin se mit au milieu de ses deux filles — et la ,i^te Gémence en face de Marguerite, quoiqu’on lui fit observer qu’elle ma3>çherait en arrière et serait fort mal à son aise. — Raoul lui sut meilleur gré de ce , qu’elle s’obstina à former ainsi autour de Marguerite ,uu cordon sanitaire deparents — que de tout ce qu’elle .avait Jait pour Lui jusqu’alors. — Un des voyageurs n’était remarquable que par , un monstrueux nez violet;
^ L’ajuke Atait un jeune homme d’assez bonne tour- ’ ,Aure. Raoul envia les deux voyageurs jusqu’à se dire à lui-même : — Je voudrais être cet homme au nez violet. ^i&farguecUe laissa sa main sur la «porticre du côté de Raoul, auquel la tante Clémence eut la bonté de parler .de diverses choses pour lui donner une raison de rester là et de toucher du bout de son petit doigt l’extrémité
ne RAOUL
du petit doigt de Marguerite. — Quand la voiture partit, Marguerite laissa tomber en dehors son gant qu’elle avait ôté. — Raoul le ramassa si rapidement que personne ne s’en aperçut. Il resta là, — immobile, — inanimé. — Félix le lira de cette torpeur •— en disant :
— Je sais bon gré à mon père de ne pas m’avoir recommandé d’aller à la pension aujourd’hui,' — j’aurais eu la douleur de lui désobéir. — La désobéissance des enfants ne vient que de l’habitude qu’ont les pères de donner des ordres ennuyeux. Il semble qu’ils se rappellent tout ce qu’ils ont souffert à notre âge, — pour s’en venger lâchement sur la génération suivante. — Je vais aller jouer au billard... viens-tu avec moi? — j’ai rendez-vous avec deux de mes amis.
L’élève de rhétorique commence à ne plus avoir de camarades.
Raoul prétexta ses leçons à donner. Il engagea Félix à venir déjeuner avec lui le dimanche suivant, et ils se séparèrent.
Il resta seul dans sa chambre pendant quelques heures, puis il alla donner ses leçons. — Il était singulièrement abattu. — Mademoiselle Seeburg le remar-', qua et lui demanda s’il était malade.
— Non, lui dit-il. J’ai conduit ce matin des amis à’ la diligence, et je ne sais rien d’aussi triste qu’un départ. ^
Comme il allait faire sa dictée, — mademoiseUo ^^eeburg le supplia de lui dicter encore quelques vers. ' — Il ne vint à l’esprit de Raoul que ceux qu’il avait faitâ, dans la nuit précédente ;
RAOUL m
Signe orgueilleux de grandeur souveraine,
Rouge turban plissé sur le front des sultans,
Non, tu n’as pas l’éclat de ces tresses d’ébène, etc.
Elle parut surprise et émue en écrivant ces vers.
U rapportait à mademoiselle Seeburg son petit four lard blanc qu’il avait fait blanchir soigneusement.
— Ne voulez-vous pas le garder? demanda Esther.
— Mais, mademoiselle...
— Je Tai ourlé pour vous... J’attendais, pour vous le donner, une occasion que le hasard a amenée l’autre jour... La preuve... c’est qu’il est marqué à votre nom...
Elle prononça ces derniers mots en rougissant beaucoup. — Raoul rougit aussi, lorsque, regardant au coin du foulard, — il vit ses initiales marquées en cheveux, qui lui parurent être de la nuance de ceux de made- ' moiselle Seeburg. — C’était la dernière leçon qu’il eût à donner ce jour-là. — Il rentra chez lui.
— C’est singulier, se disait-il, — cette bonne fille, reconnaissante de mes soins, — me donne un petit ouvrage, — dans lequel elle a mêlé quelques-uns de ses cheveux, — et j’ai à peine songé à la remercier, — tandis que cette boucle des cheveux de Marguerite est un trésor dont je ne me séparerais pas au prix de ma vie. — Et j’ai encore — ce gant — et ce bouquet de violettes... qu’elle m’a fait rendre par sa tante.
Il contempla et serra ses trésors avec la solliçitude . d’un avare. *
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M. Seeburg avait fait comme M. Mandron, et comme font beaucoup d’autres : — il avait voulu élever ses enfànts au-dessus de sa position et de lui-méme. — Mania de cette époque, — qui fait du pays entier une pépt< nière d’avocats, de médecins et de poètes : — avocats sans causes, — médecins sans malades, — poètes sans auditoire. — En effet, il y a aujourd’hui plus d’avocata que de procès, — plus de médecins que de maladies; — ceux d’entre les Français qui veulent bien encore faire du papien — n’en pourraient faire assez pour im- «primer les œuvres de tous les poètes inédits. — La so^ ciété ne se compose plus de spectateurs nombreux — * jugeant quelques acteurs, — elle est toute composée d’acteurs, — et un auditoire n’est formé que de gens qui attendent leur, tour pour parler.
L’envie a imaginé le beau nom û^égalitéy tLXi moyen duquel elle se pavane avec impudence. — ^ous prétexte d’égalité, — on se hisse jusqu’aux marches supérieures en marchant sur la tête des égaux; — le bourgeois exige l’égalité avec le grand seigneur, — mais repousse énergiquement la prétention de l’ouvrier, qui veut être «on égal à lui. — Alfred Seeburg doit être notaire. — Esther doit faire un beau mariage. — Esther a acquis toute sorte de talents, — qui lui rendent impossible d’épouser un ouvrier ou un marchand comme son père^
RAOUL
elle a ôté quelques années en pension, — puis elle est revenue à la maison, — où elle n’a trouvé personne pour la diriger, et où elle est la maîtresse absolue. — Le père Seeburg, qui sait à peine lire, est incapable de . surveiller les lectures de ea fille, — ot sa fille lit des tcemans; • — elle a lu la Nouvelle Héloïse ^ — ce livre écrit en caractères de feu, et iMui est arrivé ce qui arrive à tant d’autres. — On a dit : « Le Français a créé le vau- .Deville. » Le vaudeville a créé à son tour le Français, «c’est-à-dire que le théâtre et les romans ont d’abord, West vrai, été la peinture des moBurset de la société, mais enaiite les mœurs et la société ont été le reflet .des Tomans et de la comédie. Bien des jeunes cœurs ont trouvé dans le livre de Rousseau des foimules pour çjqïi’imer le feu inconnu qui les ^dévorait. — Esther ;trouve :qtte Raoul est vis-à-vis délie dans la position de
fSaint-Preus vis-à-vis de Julie, — et elle aime Raoul. Son amour, pour être une imitation, nén est pas moins .réel : elle n!a emprunté que la forme ; elle a trouvé le fond dans une tête naturellement ’êxaltéfe, dans une éducation qui ne lui fait voir dans sa famille, dans les mnis de son père et dans les gens qui l’entourent, que des êtres inférieurs à elle, qui ne peuvent la comprendre, — qui ne parlent pas la même langue qu’elle, — et qui consacrent leur vie à des intérêts peur lesquels elle éprouve un magnifique dédain — Raoul, d’ailleurs, a.toutce qu’il faut pour excita x de semblables sentiments : il est beau, jeune, TOélancoHqiie,'il fait des vers; — les pGrsomin:î:’sdu roman sont tout trouvés, —la situation est ideiiiique. — Estber attend la fameuse
RAOUL
no
lettre de Raoul, qui ne veut plus lui donner de leçons, — qui veut la fuir comme Saint-Preux voulait fuir Julie; — mais Raoul continue à être d’une ponctuelle exactitude. — Esther est à la fois heureuse de le voir chaque jour, — mais elle s’impatiente néanmoins que le roman reste toujours au premier chapitre; sa tête s’exalte de la solitude où elle vit au milieu d’une famille composée d’ouvriers et de marchands.
Elle essaya de passer quelques feuillets pour arriver plus vite au second chapitre. — Ces vers que Raoul lui a dictés, et qui par hasard — se trouvent s’appliquer assez bien à ses cheveux, dont elle s’est servie pour marquer le petit foulard blanc, — lui semblent un aveu formel : — elle a les cheveux châtain foncé, — et l’expression de cheveux d’ébène qui s’applique mieux aux cheveux de Marguerite, qui sont beaucoup plus bruns, lui paraît un peu forcée ; — mais elle est pleine d’indulgence pour les exigences de la rime, — et, à moins d’être blonde et presque albinos, elle pense qu’elle peut sans scrupule permettre qu’on appelle en vers ses cheveux des cheveux d’ébène. — Néanmoins, dans la toilette qu’elle fait pour le soir, elle met ses cheveux en bandeaux — et passe dessus un peu de pom^ made. — Ces deux procédés en assombrissent conve- . nablement la couleur. — Quand le portrait ne ressemble pas au visage, c’est au visage à s’efforcer de ressembler au portrait; il ne faut qu’un peu de bonne volonté. — M. Seeburg blâma la toilette trop simple de sa fille. — L’espoir de voir M. le comte Mandron honorer de sa présence la petite soirée a fait naître dans sa tête des
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idées vagues, qu’il ne veut pas exprimer, — mais à la réalisation desquelles il ne veut pas mettre d’obstacles.
— ■' Les observations du tailleur n’obtiennent aucun succès. — Estber a su trouver dans la conversation de Raoul quelle est la parure qui lui plaira le plus. —
Raoul, questionné longtemps d’avance à ce sujet, — a parlé de la façon de s’habiller de Marguerite, — et Estber, croyant, qu’il s’agissait de quelque rêve de l’imagination de son maître, a fait son profit de ce qui lui est échappé: elle a une robe blanche — avec une couronne de chèvrefeuille dans les cheveux; — quelques bouquets de chèvrefeuille descendent le long de la robe; — elle est réellement charmante sous ce costume, et d’ailleurs, — rien n’embellit comme l’amour. — C’est à tort qu’on a cru que c’était seulement l’imagination de l’amoureux qui prêtait des attraits nouveaux à Folyef aimé; — la femme qui aime et l’homme amoureux sont réellement plus beaux tous les deux.
Il est des oiseaux qui ne chantent — et qui ne revotent certaines couleurs éclatantes qu’à l’époque de leurs amours : — le feuillage et les fleurs sont la parure des noces de la terre fécondée par le soleil ; — les fleurs •*, elles-mêmes — ne brillent de tout leur éclat — et n’exhalent leurs plus suaves parfums qu’au moment où les petites nymphes et les petits gnomes qui les habitent — s’aiment et se le disent — sous les belles courtines de saphir, de pourpre ou de topaze qui forment leurs riches pétales.
M. le comte Mandron daigne venir quelques instants à la soirée du tailleur, qui suffoque d’aise;
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mais GaKzte croit de?oir manifèster des airs dédM- ^eux. — Esther est heureuse de-saïwéseBce, paroe que cela lui donne une occasion de donner ua sens prononcé à ses attentions exclusives pour Raoul. — C’est pour -hii qu’elle joue do piano -et qa'etie chante ; elle a •su apprendre de lui quels «ont les airs qu’il préfère.
M. Seeburg a senti augmenter considérablement le peu de vénération que lui inspirait Raoul Desioges, en voyant le comte Maodron traverser le salon pour lui donner une poignée -de main, lîlsther œt beureuse et hère de ce que tout le monde semble la trooiver belle, mais elle s’efforce de montrer à Raoul— que ce n’est que pour lui qu’elle veut Hêtre. On la prie de cbanter... Le pére Seeburg -demande un ^grand morceau démesuré, pour lequel il a 'une estime particulière. — Estberne chaiite que des -airs sinsples -et mélancoliques, que des mélodies originales, — qu'elle sait être du goût de Raoul. — -On s dressé .des tables de jeu; — on engage Baoul à jouer, mais il refuse en rougissantit. — ’llni’a -que peu d’argent... peut-être il n^en a pas du tout. 'Mandron joue hardiment et • gagne, et s’en va au plus fort de sa *\’eine favorable. — M. Seeburg perd une centaine de frames-et devient mélancolique. — On ne tarde pas à se séparer. — Esther dit à Raonl : — A demain, monsieur Desloges.
Le dimanche suivanfFélix vient déjeuneravec‘Raoul. — Raoul est heureux de se raccrocher ainsi à la tamille de Marguerite. — Félix a reçu des lettres, —’une, entre autres, de la tante Clémence pour son carmarade, — qui, malgré «on im patience, se contente de parconrir
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f Ja lettre d, Ja met dans sa poche. Après le déjeuner on vase promener, puis on se sépare, et Raoul rentre ohez lui lire sa lettre.
«Mon cher Raoul, jaous .sommes arrivés à *** 4ous en bonne santé; notre oncle a fait beaucoup <de irais pour -nous recevoir; — JMar^erite a excité <^ez lui une grande admiration. — La propriété dudit oncle est Tort belle : c’est une maison nu pied d’une colline .
— cette colline est un bois. RU; flans c de la côte sort uü ruisseau qui .alimente .un petit étang > presque . caché ' dans les saules et dans ies pmqilioxs .; .un peu plus loin est la ferme, avec de nombreux bestiaux et des, chevaux magniflques. J^Ious avons eu dqpuisinotve, arrivée le plus beau temps qu’on puisse imaginer ; — on oui)lie qu’on est à peLne.aux premiers jours. du mois de •mars. — Réellement on calomnie Lhiver à la campagne ; il vaut beaucoup .mieux .que sa réputation. .Marguerite est beaucoup.moins,trIstej}ue ne Terrent peutrétre votre, égoïsme et votre fatuité; — .elle a tant de confiance dans votre tendresse et .dsms.ia.sienne, — ^ -que la sécurité de.l'avenir jette sur >le présent un reflet -de .bonheur. .La servante en queatiou notait pas chez ' notre onole à motre, arrivée; — elle .est, dit-on, -.allée . voir soupèreonalade. 11 eatprobablequ’elle aura.trouvé ^ vâ^à-^vis de; mous, sa .position difficile.; — elle ne pouvait décemment faire ien notre présencele rôle de dame ide,lamaison,-^et.el]e a compris qu’il seraitdangereuz I jr.edevenir« 0 rvfmte sous les yeux de l’homme qu’elle • oam^ à 'Voir.eniellCkquelque chose déplus. Ilostifa-
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cile de voir qu’elle avait su se rendre indispensable ; ’ tous les soins de la maison avaient été tout doucement réunis sous sa dépendance, et tous les rouages du mé- ' ' nage semblent embarrassés. — On voit du premier coup d’œil qu’il manque quelqu’un dans la maison, et que c’est ce quelqu’un qui gouverne tout.
» Notre oncle est loin d’avoir, aux yeux de Marguerite, le succès qu’elle a obtenu aux siens. Les emprunts qu’il a faits sur ses propriétés sont une fiction, et n’ont eu pour but que de placer des sommes assez considérables sur la tête de mademoiselle Olympe. — Il nous a fait dîner avec quelques-uns de ses voisins. — On a parlé du prix des bestiaux et de V apparence des pommes,
— de l’état des chemins, — puis on a bu et mangé d’une manière qu’on ne pourrait imaginer sans l’avoir vu, et qu’on croit encore impossible après l’avoir vu.
Un dîner de six heures n’a rien d’extraordinaire ici. Chaque convive, par un miracle incompréhensible, — > a absorbé de viande, de cidre et de vin, — un volume au moins égal à celui qu’il fait lui-même. — U est venu un moment' où tout le monde a parlé à la fois.'
— Alice et sa santé délicate m’ont servi de prétexte pour quitter la table avec mes deux nièces ; — quand nous sommes revenues, on jouait aux dominos. — Il paraît que l’oncle Sébastien est aux dominos d’une force extraordinaire. Pendant qu’on jouait et qu’on prenait du café, — on avait remis les broches en mouvement à la cuisine ; — des gigots, des volailles rôtissaient à grand feu. — Après cet immense dîner, -r- U
- fallait penser au souper. — Le café — se boit d’abord
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. par, — puis on y mêle de l’eau-do^vie successivement * à divers degrés, — et l’on arrive à boire une quantité fabuleuse de ce mélange sous des noms divers. — On
. boit d’abord la moitié d’une tasse de café épais et
presque bourbeux, puis on remplit la jatte d’eau-de* vie, c’est le gloria; — on boit encore la moitié de la lasse, — puis on remplit derechef pour faire le gloria gris, — que l’on absorbe entièrement. — Le gloria gris ■ ; absorbé, on remplit la tasse d’eau-de-vie, qui se boit sous le nom de rincette; — à la rincette succède une autre tasse pleine qui s’appelle la surincette; — après quoi on ne boit plus guère que le pousse-café ; — et à chaque parole — toutes les tasses sont choquées.
» Le soir, après le souper, auquel nous avons assisté sans y prendre part, — nous nous sommes retirées dans nos appartements. — J’ai causé avec mon frère et nous avons été du môme avis. — Il était venu pour empêcher son neveu de se ruiner et de faire une mésalliance; mais après ce qu’il a déjà donné à mademoiselle Olympe, il ne peut faire de meilleure affaire que de l’épouser; — et, sous l’autre rapport, je n’ai pas vu ladite demoiselle, — mais ni mon frère ni moi, — après avoir vu notre oncle, nous ne pouvons imaginer une fille qui ne se mésallie pas en devenant sa femme.
— Mon frère a donc résolu d’abréger autant que 4 ) 0 Ssible notre séjour chez l’oncle Sébastien, et de le laisser parfaitement agir à sa guise. — II y a cependant une chose dont je suis convaincue, c’est que Margue- ^ rite pourrait facilement détruire le pouvoir de mademoiselle Olympe, sa future grand’tante. — Ne vous
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«iarmez oepeadant pas, *^1 comptez sur «a «eottstatMïe.
» Maintenant que j’ai suffisamment liawdé, il faut' i ique je vous récompense de la' patience avec laquelle je veux croire que vous avez lu mon griffonnage; — mais -j’ai une si magnifique récompense à donner, quejiai ' presque regret de ne pas la faire payer plus cher. Marguerite chez son père a sa chambre à elle, — mais ici, die, Alice et moi, nous avons deux ohasnhres ^onr BOUS trois, — et j’ai, au moyen de celte pelile coofuaion, découvert un secret. — Maitguerite, tous les soirs avant de se coucher, — vous écrit... Elle vous raconte iloute sa journée, ce qu’elle a fait, — ce qu’elle a pensé, — ce qu’elle a dit ; — elle écrit ces choses sur de charmants petits cahiers, — qui vous seront remis à une époque peut-être encore, hélas I bien éloignée. — J’ai jp^is pitié de vous, parce que vous n’étes pas un ange comme Marguerite, parce que vous n’avez pas cette fui . et cette respectable sérénité qui régnent dans son coeur,
. et que sans doute vous avez besoin d’encouragement J’ai fait pour vous — ce que je n’aurais pas
fait pour moi-onême, -r: j’ai voléet copié quelques-uns de ces feuillets, et je les ai ensuite remis en place sans ^ue Marguerite ait rien découvert de ma méchante action. — Certes, vous n’êtes pas digne de cette chèro fille ; — mais pour unhosnme, et pour un jeune homme, vous u’ôtes pas trop mauvais encore, et je me résigne .à vous. Adieu. — - Voici les feuillets copiés dans les cahiers de Marguerite, — j’ai pris presque au hasard. Veus ferez ce que vous voudrez d’u^ violette blanche ■que l\m m’avorte, v
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