‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr RaoulChapitre 12 sur 22 · R AU CL · texte numérisé non relu

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— Ah! très-bien...

— C’est très-singulier que je vous rencontre ici, monsieur le comte... justement chez ce brave homme qui s'appelle comme vous...

— Ah!... oui... c’est juste... c’est justement à cause de cela que je le fais travailler... cela fait rire mes amis. Il n’est pas ici, — et Je ne l’attendrai pas plus longtemps... Si j’ai un conseil !i vous donner, monsieur Seeburg, c’est de faire comme moi... Je n’ai pas grande confiance, à vous parler franchement, dans cet avocat fils de peintre en bâtiment.

— C’est égal, je verrai toujours bien ce qu’il me dira.

— Alors, vous restez?

— Oui, monsieur le comte.

•— Eh bien, au revoir, je m’en vais... Ah! — à propos, monsieur Seeburg, ne dites pas à ec pauvre diable de Mandron que je suis venu ici; — je veux voir ce qu’il me dira. — Je gage qu’il me racontera toutes sortes de mensonges; qu’il me dira que mon cabriolet est presque fini, — et je viens de voir dans sa cour qu’il n’est pas commencé. — Adieu, monsieur Seeburg.

£t Calixte s’enfuit sans écouter son oncle, ^qui, au moment où il passe devant la loge, lui crie : — Eh bien ! tu ne me dis pas adieu seulement?

Le père Mandron ne tarda pas à rentrer et monta quatre à quatre sans parler à son frère. — U tnoiwa M. Seeburg seul. — Eh quoi I mon fils n’est pas avec vous?

— Non.

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— Comment! je l’avais laissé id à vous alteiv dre...

— Je ne l’ai pas vu.

— Comment êtes-vous entré?

— U y avait id un monsieiu’ qui sortait et qui m’a ouvert.

— Eh bien ! ce monsieur était mon lUs*

— Non.

— Je vous assure que si.

— Mais non, — c’est quelqu’un que je commis parfaitement, — et... qui venait pour un cabriokt... e’est un client à moi... qui m’a recommandé de ne pas vous dire qu’il était venu, — parce qu’il veut voir si vous lui ferez des mensonges. — Il paraît, mon gaillard, que vous ne vous en privez pas dans l’occasion...

— Gomment... un cabriolet... Je n’ai de cabriolet en train pour personne.

— Cherchez bien...

— Je ne vois pas.

— C’est un nom que vous connaissez bien, pourtant...

— Attendez, je vais savoir qui c’est. — Il ouvre la porte et appelle : — Ohé, Mandronl — Ohé, démenti brrr.

— Ce n'est pas la peine d’appeler... Je veux parler di comte Mandron, pour lequel vous avez un cabriolet à peindre.

— Mais, je vous le dis, monsieur, sachez que je n’ai pas de cabriolet à peindre, et j’ajoute que je ne connais pas de comte Mandron. — Je ne sais au monde de

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Mandfon que moi qui vous parle, — mon animal de fils, auquel j’avais dit de vous attendre ici, — et mon frère Clément Mandron que voici.

■— Je sais pourtant bien ce que je vous dis.

— Écoute Clément, est-il venu quelqu’un depuis ce matin?

— Personne que monsieur que voilà et mon neveu Calixte.

— Personne d'autres ?

— Personne.

— Mais, monsieur Clément, dix minutes après mon arrivée, il est sorti un monsieur.

— Oui, certainement

— 'Tu l’as vu?

— Oui, bien sûr.

— Et tu ne le dis pas?

— Au contraire, je l’ai dit au commencement.

— Pardon, monsieur Clément. Vous avez dit, au contraire, qu’il n’était venu que deux personnes.

— Oui.

— M. Mandron fils et moi.

— • Je le dis encore.

— Mais ce monsieur?

— Oui, ce monsieur? demande également le peintre.

— Eh bien ! ce monsieur, je vous l’ai dit, c’est mon neveu Calixte.

- Mais je vous dis, continua M. Seeburg, que je le connais parfaitement, c’est un de mes clients. Il y a je ne sais combien de temps que je l’habille, c’est M. le comte Mandron,

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— C’est mon neveu et le fils de mon frère, c’est Calixte Mandron.

— Un grand blond?

— Oui.

— Du reste, ajouta Clément, son portier, avec lequel j’ai jasé un brin ce matin, l’appelle aussi le comte Mandron.

— Ah ! le brigand ! s’écria le père Mandron.

— Mais, monsieur Mandron, je suppose encore qu’il y a quelque erreur; il m’a dit en parlant de vous : — La ressemblance de nom est singulière ; c’est en partie pour cela que je fais travailler ce pauvre diable de Mandron.

— Pauvre diable, en effet ! s’écria le père Mandron ; pauvre diable, qui travaille en mercenaire, — au soleil et à la pluie, — qui risque sa vie chaque jour pour cent sous, — qui reste pauvre et misérable, qui demeure dans un grenier, — et tout cela depuis trentecinq ans! Pauvre diable, qui, depuis bientôt vingt ans, aurait pu se retirer dans un trou et vivre libre, riche et heureux, — du fruit de son travail et de son économie I — Et tout cela pour un mécréant qui ne m’aime pas, qui ne me respecte pas, — qui me renie pour son père ! Pauvre diable est le mot! — c’est mon nom, — en y ajoutant imbécile, — et aussi injuste et mauvaii mari; — car j’ai condamné ma pauvre femme à la moitié de ma misère et de mes privations, — pour entretenir le luxe de ce scélérat — et lui donner une position brillante dans le monde! — Je le renie à mon tour pour mon fils; — c’est Mandrin qu’il s’appelle, et

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non pas Mandron ! — A compter d’aujourd’hui, je ne travaille plus pour lui, — mon frère ne sera plus por»> lier, — ma femme ne sera plus une pauvre femme mal nourrie et mal vêtue, sans distractions et sans plaisirs ; — et moi je ne serai plus un pauvre diable, — comme il dit, — un pauvre mercenaire I

— Et vous ferez bien, dit M. Seeburg; il faut payer ses dettes et ensuite ne jdus s’occuper de lui. Mais je n’en reviens pas 1

— J’ai de quoi vivre avec ma femme et n»n frère Clément. — Nous quitterons Paris sous huit jours, et il n’entendra plus parler de nous... il n’aura plus un sou...

— Ce serait une folie, dit M. Seebui^, de toi rien donner après ce dernier sacrifice.

— Quel sacrifice? demanda Mandron.

— Le payement de ses dettes, dit M. Seeburg.

— Je ne paye plus rien, dit Mandron, j’ai teop p^é jusqu’ici.

— Cependant, les dettes...

— Ce n’est pas à moi qu’on a fait crédit, n’est-ee pas? puisqu’on ne me connaissait pas, puisqu’il me renie, puisqu’il m’appelle un pauvre diable, — ebbiea, que les imbéciles qui lui ont prêté s’adressent à luil

— C’est que je suis un de ces imbéciles.

— Tant pis pour vous... Vous lui avez prêté de l’argent?

— Non. Je suis tailleur... c’est moi qui l’babille.

— Abl bien, U ne peut pas vous devoir grand’cbose;

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HACUfi. JS J

il n’y a pas six semaines que je vous ai payé près de quatre cents francs.

— Vous rêvez mon brave homme, — je n’ai jamais reçu d’argent de monsieur le comte... je veux dire de votre brigand de fils...

— Monsieur, je veux bien appeler mon -fils brigand^ mais je ne permets à personne d'en faire autant devant moi. — Est-ce que vous ne lui. avez pasûiit, il ya àeux ou trois mois> un imnleau et un babil?

— Oui, malheureusemeni.

— Eh bien I c’est pour paj^er cet habit ^ ce œenr teau que je lui ai donné quatre cents moins quelques francs, il y a cinq ou six semaines.

— Je n’ai pas \u un sou.

— Eh bien ! j’en apprends de belles !

— Monsieur Maaidron, je reviendrai vous voir uuautKe jour, nous causerons de tout cela.

— Revenez si vous voulez, dit Mandron à la canton nade — quand M. Seeburg descend les escaliers, vow n’aurez pas un sou. — Oui, oui, nous allons nous en aller tous les trois ; il a un bon état, il s’arrangera pow vivre avec. — Il est avocat.

— Hélas! dit Clément Mandron, tu n’est pas au bout de tes peines, — j’ai causé ce matin avec le portier : — ton dis n’est pas plus avocat que toi et moll

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JOOKNAL DB BIARGUEAim

« Les arbres développent leurs beaux panaches verts,

— l'aubépine fleurit dans les haies, — où les oiseaux chantent et font leurs nids, — et je sens s’épanouir mon âme — en môme temps que les fleurs. — J’entends au dedans de moi un chant d’amour et de reconnaissance. — Jusqu’ici je ne connaissais pas de printemps. — Pour la première fois, des pensées inconnues éclosent en moi comme de célestes fleurs. — L’amour a fécondé mon âme, comme le soleil féconde la terre.

— L’amom* est le soleil de l’âme. — Où êtes-vous, mon Raoul? — et assistez-vous comme moi à cette belle fête du printemps? — Mais non, sans doute, la vie austère que vous menez pour parvenir à notre bonheur

— vous enferme entre des murailles. — Il est des moments où j’ose blâmer mon père de ce qu’il ne me permettrait pas d’être pauvre avec vous, — de vous encourager par ma présence, — de vous rendre doux ce chemin escarpé que vous gravissez, en le gravissant avec vous. — Il me semble que vous seriez plus fort, si vous aviez à soutenir votre Marguerite, — que lorsque vous marchez seul. — Pourquoi ne suis-je pas votre compagne plutôt que votre but? — Je ne puis excuser mon père et sa sollicitude qu’en songeant à nos enfants, Raoul, aux enfants que nous aurons un jour et pour «

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lesquels aussi nous aurons des craintes exagérées. O mon Raoul ! je n’ai jamais rien tant envié que de partager avec vous cette pauvreté — ^dont on essaye en vain de me faire peur. — Il me semble que je vous dirais, comme cette héroïne romaine à son époux : — « Tiens, cela ne fait pas de mal. » . — O mon Raoul ! tout ce que vous faites pour moi vous est compté dans mon cœur. Tenez, je vais ne plus sortir de la journée, pour nb pas goûter ce bonheur que vous ne partagez pas. »

« Il y a ici une petite vallée à un quart de lieue de Bolbec. — Quel beau cadre pour notre amour ! — Quel doux et charmant asile ce serait pour notre vie I — Raoul, je voudrais vous voir ici bûcheron, — je ne craindrais pas de vous voir vous livrer aux travaux les plus rudes, — pour que nous soyons ici — ensemble ; je saurais vous reposer de toutes vos fatigues.

» Celte petite vallée n’est qu’une allée tapissée de gazon, entre deux collines couvertes d’arbres ; — au milieu est une source d’eau limpide qui remplit un bassin naturel et s’enfuit en murmurant à travers les buissons. — On n’y entend rien*que les murmures de l’eau et le bourdonnement des abeilles, qui se suspendent aux chatons de fleurs des noisetiers. — On y marche sur la mousse et sur les primevères sauvages d’un jaun?. pâle. — Près du bassin, dans lequel se jouent des canards, au col vert chatoyant, est une cabane habitée par une famille de bûcherons. — Il y là trois générations : — une vieille femme qui a près de cent ans, — son fils avec sa femme, — et une belle jeune femme de

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vingt ans, qui est leur fille, qui est mariée depuis deux ans, et qui a un petit enfant. — J’ai embrassé la vieilîte femme et le petit enfant. — Mais vois-tu, mon bimaimé, — j’ai comme là le sentiment de l’envie, — j’ai vu les gens riches, — les splendides hôtels, les meubles magnifiques, — j’ai regardé tout cela avec indifférence; — mais j’ai envié à ces pauvres gens leur cabane — et leur vallée, et leurs monts, et leur ruiœeftu, et leurs primevères sauvages, et leurs abeilles; mais plus que tout cela, leur bonheur d’ôtre ensemble et d’étre isolés. — Oh I mon bien-aimé ! — ^ j’avais le cœor pèein de larmes quand je lésai qmltés... n

« Nous avons quitté avant-hier l’oncle Sébastien; — nous sommes à Rouen, — et demain nous partons par le bateau à vapeur pour aller au Havre. — Nous avons visité ici de belles églises. — Mon bien-aimé Raoul, ü n’en est pas une où je n’aie prié Dieu pour nous. — On nous avait parlé de la catirédrale et de l’église de Sainfi- Ouen, — qui sont admirables en effet ; — mais noue en avons par hasard découvert une dont on ne parle guère> et qui est enrichie des plus magnifiques vitraux qu’oa puisse voir : — c’est Saint-Patrice. — Hier soir, — je suis restée dans l’église de Saint-Ouen, avec ma tantUj jusqu’à la fin du jour; — les splendides rosaces des vitraux s’assombrissaient lentement; — ces riches coor leurs harmonieusement assemblées, cette belle et sileivcieuse musique des yeux, — prenait de la nuit qui de»eendait comme des sotirâinesharmoaieuseS| — sous ces grandes ogives noires»

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» J’ai songé qne dans notre retraite je voudrais que nous fussions près d’une belle église gothique: — j’ai senti que la religion est une forme de l’amour. — Mais notre cœur ne sera-t-il pas toujours un temple pour la Divinité ! — ^Mais la nature entière ne parle-t-elle pas encore de Dier. plus éloquemment que les églises de pierre 1 —-Que je vous aime, mon Raoul, de tout ce que l’amour que j’ai pour vous développe en moi de noble et de bon l — Je ne saurais dire combien je suis meilleure. — Mais qu’est-ce donc, mon Dieu ! que cet amour dont on pade dans le monde et dont on effraye toutes les filles? — Qu’estrce que cet amour qui est, dit-on, l’ennemi delà pudeur? — Mais je ne connais, moi, la chasteté que depuis que je vous aime ; mais je ne comprends la sainteté de la pudeur que depuis que je suis à vous et que i’ai à me conserver pour vous. — O mon bien-aimé! si • VOUS saviez quelle gardienne sévère je suis de ce qui vous appartient ! Comme je suis jalouse de moi pour vous ! — Je suis fâchée quand j’entends prononcer mon nom de Marguerite par une autre voix que la vôtre. — Je voudrais que vous pussiez me cueillir comme une fleur et me cacher comme elle dans votre sein, »

Un dimanche, Félix vint trouver Raoul, — et le soir ils allèrent ensemble au Théâtre-Français. — On jouait ce jour-là une pièce nouvelle — dont on parlait beau-

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coup déjà depuis quelque temps : — c’était Henri III et sa cour. — La pièce fut applaudie avec un bruyant enthousiasme ; — ces applaudissements retentirent dans ^ cœur de Raoul; il applaudit avec force; il était singulièrement ému, mais plus peut-être du succès que de la pièce. — On lui avait montré l’auteur dans la salle. *— Ce grand succès, — cette gloire, étaient donc des jhoses -possibles. — Voilà- un homme qui était mêlé hier à la foule, — et qui aujourd’hui est son roi. — Il quitta Félix et rentra s’enfermer.

— Oh ! dit-il en pleurant, bien des fois j’ai pensé que moi aussi je suis poète, — bien des fois j’ai rêvé ces applaudissements pour que Marguerite les entendît. — O mon Dieu I si j’avais du talent ! s’écriait-il en serrant avec force ses deux mains jointes. Sans doute, dans cette salle, il ÿ avait la femme qu’il aime. — Comme elle a dû être heureuse ! et lui donc ! — O mon Dieu l mon Dieu ! si j’avais du talent!

Il fouilla dans ses tiroirs et relut tous les vers qu’il avait faits pour Marguerite; il trouva les vers mauvais et les déchira, — puis se prit à pleurer en disant : — Non, non, je n’ai pas de talent! — Puis il en trouva d’autres pour lesquels il fut plus indulgent. — Il les lut h haute voix, — mais c’était aj théâtre qu’il voulait entendre ses vers. — C’est cet enthousiasme de la foule, ce bruit, cètte fureur qui résonnaient encore à ses oreilles, dont il était envieux. — Il fera un drame, — un drame en vofs. — Si le drame est bon, on le recevra avec plaisir, on le jouera avec empressement, — on l’applaudira; — son front sera ceint de la belle cour

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ronne poétique qu’il vient de voir décerner avec tant d’éclat. — O Marguerite, s’écrie-t-il dans son enthousiasme, Marguerite ! tu seras reine ! — Marguerite ! tu partageras ma royauté, la plus belle des royautés, — celle du génie, — celle des beaux vers!

Il ne dormit pas de toute la nuit. — Il cherchait un sujet pour son drame. — Une chose qu’il faut dire à sa louange, c’est qu’il ne songea pas à imiter le drame dont il venait de voir l’immense succès.

Le lendemain — il avait trouvé son sujet; — c’était naïf, noble et absurde : — un esclave noir, amoureux d’une blanche, fille de son maître et aimé d’elle. — Il commença son scénario ; — il forma son plan, divisa ses actes et ses scènes; — puis, au bout d’une semaine, il commença à écrire son œuvre. — Il se levait avant le jour, travaillait jusqu’au moment de donner ses leçons; — puis, le soir, se remettait à l’ouvrage en rentrant, et y passait une partie de la nuit. — Tout cela n’avait pas trop le sens commun, pris dans son ensemble, mais renfermait de belles choses. — Cependant Raoul n’était pas un poète dramatique; — il était poète parce qu’il était amoureux ; — il était poète parce qu’il avait l’âme noble et pure. — Mademoiselle Seeburg le trouva remarquablement maigri, et le lui dit.

C’est à ce moment que les Seeburg s’installèrent dans la maison de Raoul. — Le piano de mademoiselle Seeburg donnait d’heureuses inspirations à Raoul. — Un matin, il voulut essayer sur elle l’effet de quelques vers qu’il avait faits la veille pour son drame. 11 ne pensait plus qu’à son drame. — Il avait cessé de vivre dans la

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vie pour vivre dans son drame, — que dis-je dans soa drame ! dans sa tragédie, — car c’est un tragédie (^'3 faisait, — une véritable tragédie en trois actes et en vers. — Esther donna tant d’éloges aux qaelques vers qu’il lui en avait dictés, — qu’il arriva tout doucement à avouer la tragédie ; — les poètes ont besoin d’étre loués : — donnez-leur un peu plus d’éloges qu’ils n’en méritent, vous pouvez être sûr qu’ils ne tarderont pas à mériter ce que vous leur en avez donné de trop. — Je parle de ceux qui ont du talent, — parce que ceux-là se découragent facilement. — Les autres ne se découragent jamais. — Les éloges que mademoiselle Seebuqg avait donnés aux premiers vers que hii dicta Raoul de sa tragédie, lui en firent faire le soir une vingtaine dont il était content. C’étaient quelques bouffées de l’encens de la gloire que devait lui donner sa tragédie qu’il respirait par avance; il en vînt à lui dicter chaque jour les vers qu’il avait feits pendant la nuit précédente. La tra^dîe de Raoul est précisément cette tragédie que nous avons tous faite au collège — entre la rhétorique et la philosophie. — C’était un plan absurde^ — sans aucune étude historique, sans observation de mœurs ni de caractères; — mais il y avait de rentbo»siasme et un culte fervent pour les deux divinités «te la jeunesse, — l’amour et la liberté. — Voici un aperçu de cette tragédie dans laquelle chacun de nos lecteurs trouvera celle qu’il a faite au môme âge et dans les mômes circonstances. *

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