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Néanmoins le discours fut, sinon compris, du moins écouté avec m religieux silence ; — seulement, chaque fois que l’orateur s’arrêta pour respirer ou pour se moucher, — les écoliers, qui n’attendaient qu’un prétexte pour rompre un silence qui les étouffait, se mettaient à applaudir à tout rompre. — Les hommes placés dans les tribunes, voulant paraître aux yeux de leurs voisins avoir parfaitement compris ce qui se disait, applaudissaient de leur côté, — à quoi les voisins répondaient par des applaudissements plus énergiques, pour montrer qu’ils comprenaient aussi bien qu’eux.
L’orateur avait pris pour texte de son discours Us avantages des éludes universitaires, qui conduisent à tout, La chose était exprimée en lambeaux de phrases arrachés à tous les anciens et péniblement ajustés et recousus. — Quand ce fut enfin fini, cela causa à l’assemblée une joie qui vint porter jusqu’à la frénésie les applaudissements dont nous avons dévoilé les plus fortes causes ; — le grand maître prit à son tour la parole, — et, dans un discours beaucoup moins long et en français, il parla à son tour des avantages des études classiques, et établit qu'elles conduisaient à tout. — Après quoi on commença à lire la liste des vainqueurs. — Le lauréat proclamé traversait les bancs et allait recevoir des mains du grand maître une couronne et on énorme paquet de livres richement reliés. Puis il embrassait les joues décharnées de l’évêque et revenait a sa place au bruit des applaudissements et des hourras des écoliers du même collège, qui prenaient leur part de son triomphe.
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Pendant que ceci se passait régulièrement, des conversations particulières s’étaient établies à d^i-^oix dans les tribunes réservées au public.
— Madame a probablement un fils parmi les lauréats ?
— Oui, monsieur, et sans doute votre présence n’est pas plus désintéressée que la mienne?
— J’espère, madame, que mon fils aura un accessit...
— Je ne sais ce qu’aura le mien, monsieur, mais je commence à avoir le cœur serré.
— En quelle classe est votre fils, madame?
— En seconde, monsieur.
— Alors, madame, votre émotion est un peu prématurée... on n’en est encore qu’à la rhétorique... Et quel âge a monsieur votre fils?
— Un peu plus de dix-septans.
— Le mien est beaucoup plus jeune... Le vôtre est au collège...?
—Alors, madame, nous tenons pour le môme collège.'
— Ab I monsieur, votre fils est aussi...
— Oui, madame... Madame demeure sans doute dans le quartier du collège?...
— Pas autant que je le voudrais, monsieur, mais je cherche un logement qui me rapproche un peu... C’est si difficile de se loger à Paris !
— Ma foi, madame, j’aurais, pour ma part, tort de me plaindre... voilà trois ans que j’habite une maison où je suis on ne peut mieux... une maison très-tranquille, à dix minutes de cbemin du collège...
Il n’y eut pas de réponse ; l’interlocutrice pleurait
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du meilleur. de son cœur: — on venait de proclamer pour le premier prix de version latine Raoul Desloges, et un grand jeune homme, pâle d’émotion, traversait la salle au bruit de la musique et des hourras de aes camarades.
L’interlocuteur crut que sa voisine ne l’avait pas entendu et reprit sa phrase.
— Oui, madame, à dix minutes du collège, avec un jardin.
— Pardon, monsieur, répondit la voisine en entrecoupant ses paroles de sanglots, — pardon... c’est que... c’est mon fils.
— Ah ! madame, c’est moi qui vous demande pardon, je comprends bien cette émotion de la part d’une mère. — Les femmes pleurent un peu facilement, dit-il à son voisin de l’autre côté.
La voisine cependant finit par se calmer et fut la première à reprendre 1a conversation. D’abord elle parla de son fils, il avait au moins huit Volumes... Elle trouvait la musique excellente... Son fils ne lui avait rien voulu dire, mais elle était sûre d’avance qu’il n’aürait pas qu’un accessit... Elle était fâchée d’une chose, cependant : il s’était obstiné k nouer sa cravate comm« un homme, tandis qu’elle voulait qu’il portât son col de chemise rabattu à la Colin. Puis on revint à parler de logement; elle félicitait son voisin... elle serait bien heureuse de trouver un logement semblable au sien.
— Ma foi, madame, cela dépend de voüs entièrement, — il en reste un à louer dans ma maison...
— Et avec un jardin?
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afrivant à Londres, pays libre par excellence, lui avaiton dit, — voulut en faire l’épreuve et brisa la devanture d’une boutique. — Il fut arrêté et mis en prison, — d’où il écrivit à ses amis que Londres était un pays de despotisme et de tyrannie. Or, comme ce n’était pas seulement ses affaires que madame Desloges prétendait conduire, comme elle s’ingérait un peu aussi dans celles d’autrui, — comme sa volonté marchait sur un front large, elle rencontrait en conséquence plus d’obstacles qu’une volonté ordinaire marchant tout droit devant elle en serrant les coudes. — En un mot, madame Desloges avait fini de bonne foi par se croire la femme la plus esclave qu’il y eût au monde. — M. Desloges surtout, à en croire les récits qu’elle faisait volontiers, était le plus féroce tyran qu’on eût jamais rencontré, non pas seulement dans la vie, mais dans les tragédies et dans les journaux. M. Desloges, à le voir, était en effet construit physiquement dans des conditions de tyrannie facile ; — il était grand et fort, sa femme ne lui allait guère qu’au coude, — et il l’eût facilement, avec peu d’efforts, cachée dans une des poches de sa grosse redingote d’hiver. Mais quand on voyait ses yeux bleus doux et riants, sa bonhomie, sa simplicité, on avait besoin de se rappeler les plaintes amères de sa vie-, time pour continuer de croire encore à l’odieuse tyrannie qu’il exerçait sur elle et à la crainte profonde qu’il lui inspirait.
11 est bon cependant de dévoiler quelques-uns des actes de ce despotisme. M. Desloges était peintre et ne manquait pas de talent; — mais, né sans fortune, il
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avait commencé par donner des leçons de dessin, — qui prenaient une partie de son temps et ne lui permettaient guère de travailler à ses tableaux, dont il ne faisait qu’un petit nombre, malgré sa merveilleuse facilité.
Madame Desloges n’avait pu obtenir de lui la permission de décacheter et de tire ses lettres, — et celte pauvre femme en était réduite à la triste nécessité de ne prendre connaissance de la correspondance de son mari que clandestinement et avec toutes sortes de gênes et de difficultés ennuyeuses. — Ce n’était rien. Sous prétexte de travaux, M. Desloges prétendait avoir un atelier, — dans cet atelier il recevait ses amis — et des modèles; — dans cet atelier on fumait; dans cet atelier Desloges se renfermait des journées entières quand il n’avait pas de leçons, et n’aimait pas qu’on vînt le dérai^er. — Quand il sortait, il mettait la clef dans sa poche. — Si la servante venait balayer pendant qu’il était au travail, ilia renvoyait avec impatience. En vain madame Desloges avait plusieurs fo\s prouvé l’inutilité de cet atelier, en vain elle avait établi que l’on pouvait peindre aussi bien dans une chambre ; — • M. Desloges avait tenu bon. Madame Desloges avait, il est vrai, une seconde clef de l’atelier, et y furetait à loisir dans les heures où son mari était nécessairement absent ; mais il revint un jour plus tôt qu’elle ne l’attendait, et il la trouva à môme un tiroir. — En vain cette pauvre femme affirma qu’elle ne s’introduisait ainsi que pour mettre de l’ordre. — M. Desloges fit changer la serrure, et quand, trois jours après, elle ar-: riva avec sa clef pour faire sa petite visite ordinaire,*»
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ladite clef se trouva trois fois trop grosse pour la nouvelle serrure. — Il est vrai que le lendemain un serrurier venait prendre l’empreinte de la serrure; il est vrai que le surlendemain il apporta une nouvelle clef avec laquelle il ouvrit la porte de l’atelier. — Mais W. Desloges, qui y était perfidement rentré, — prit le serrurier par les épaules, lui fit descendre l’escalier plus rapidement qu’il ne l’avait monté, et s’empara de la clef, qu’il mit dans sa poche.
Madame Desloges pleura beaucoup et se promit bien de ne pas oublier cet acte de despblisme. En effet, elle '• arriva un malin, frappa à l’atelier — et annonça à son mari qu’il fallait quiller cette horrible maison. — Elle avait appris que la portière avait mal parlé d’elle avec une servante qu’elle venait de chasser. De plus, la cui* sine était humide, l’escalier sombre; — en Un mot elle allait chercher un logement. M. Desloges fut d’abord assez contrarié de celle résolution ; ce logement lui plaisait, il y était accoutumé, — et ces futiles considé* rations l’emportèrent au point qu’il fil quelques obser* valions. On comprend quel chagrin ressentit celte pauvre madame Desloges. —En effet, elle ne pouvait rester dans cette maison : — l’ennui qu’elle y éprouvait avait déjà altéré sa santé; elle y mourrait. M. Desloges demanda alors qu’on attendit à avoir trouvé une autre maison pour quiller celle qu’il ne pouvait s’empêcher de regretter. — Une heure après, un écriteau ccllé sur la porte cochère faisait savoir aux passants qu’il y avait au second étage un bel appartement d louer préeenlement, et un alelier pour le terme süirant. En effet,
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la location de l’atelier n’avait pas été faite en même temps que celle de l’appartement.
C’est sur ces entrefaites qu’eut lieu la rencontre de madame Desloges et de M. Ilédouin ; — elle alla voir le logement de la rue Pigale : — le logement l’enchanta, — elle le retint et donna au portier le denier à Dieu. — M. Desloges fut invité à aller voir l’appartement et à en dire son avis. — Comme il savait que la chose était déjà faite, il n’y alla pas et demanda seulement si l’atelier était situé au nord, — ainsi que cela était à peu près nécessaire pour lui, — à quoi madame Dcsloges répondit qu’il n’y avait pas d’atelier, — mais qu’il y avait une chambre qui pourrait en tenif lieu. Puis elle répéta tous ses arguments contre l’atelier, — arguments atixquels M. Desloges avait si souvent répondu qu’il ne répondit pas cette fois à la plaidoirie de ta femme.' Seulement, quand arriva le jour du déménagement, on lui demanda sa clef pour emporter ce qu’il y avait dans l’atelier; mais il répondit que l’atelier devant être payé encore trois mois, il comptait en profiter jusque-là. — Il redemanda l’adresse de la maison où il devait aller coucher le soir, et l’écrivit sur son agenda pour ne se point tromper ; puis il alla, comme de coutume, donner ses leçons. — Le soir, il se présenta rue Pigale — et dit au portier : — Pardon, mon brave homme, mais je crois que c’est ici que je demeure; — ' je m'appelle M. Desloges.
— Oui, monsieur, vos meubles sont arrivés tantétt
— Madame Desloges est-elle là-haut?
~ Oui, monsieur.
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— A quel étage est-ce que je demeure?
— Au premier étage, monsieur.
— Merci, mon brave homme.
M. Desloges monta au premier étage et frappa. — Une servante qu’il ne connaissait pas vint ouvrir la porte et lui demanda ce qu’il voulait.
— - Mais entrer... J’ai frappé trois fois.
— Il y a une sonnette.
— Je ne savais pas.
— Que demande monsieur?
— - Mais une chambre pour me coucher...'
— Gomment !... monsieur. . . mais. . . c’est ici madame .. • Desloges.
-- Précisément.
— Mais, monsieur...
— J’oubliais, ma chère enfant, de vous dire que je m’appelle M. Desloges et que je suis le maître de la maison.
— Ah ! pardon, monsieur, c’est que je n’ai jamais vu monsieur... je ne suis entrée que ce matin...
— Ah! Et comment vous appelez-vous?
— Victoire, monsieur.
M. Desloges donna deux petits coups sur la joue de Victoire et entra chez sa femme. — U la trouva de fort mauvaise humeur." — Les commissionnaires avaient fait toutes sortes de dégâts. Il fallut que M. Desloges passât eu revue chaque meuhle ébréché ou froissé. — Puis il demanda : — Nous avons une nouvelle servante?
— Fallait-il garder cette impertinente Marianne, qui
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avait fini par être plus maîtresse que moi dans la maison?
— Celle-ci s’appelle Victoire?
— Oui... eh bien... après?
— Mais après... je ne vois rien à vous dire que bon* soir.
— C’est que vous avez un air...
— Si j’ai un autre air que d’avoir extrêmement sommeil, vous ferez bien de ne pas vous fier à mbn air, il vous trompe.
. — Dire que je n’ai pas môme le droit de chasser une servante.
— Mais, madame Desloges, je vous laisse bien faire à ce sujet ce que vous voulez, je ne dis pas un mot...
— C’est de l’hypocrisie.
— Dites donc, c’est un peu bien loin, notre logement.
— Mais non... au contraire...
— Pardon, je croyais... c’est que je viens de la rue Saint-Dominique.
— Alors c’est la rue Saint-Dominique qui est loin.
— Bonsoir, bonsoir.
Le lendemain était un dimanche. M. Desloges alla passer la journée à son atelier, et ne rentra qu’à l’heure du dîner. Le surlendemain, il donna ses leçons. Eu rentrant, il demanda ses lettres au portier, —mais celuici répondit qu’on les avait données à madame.
— A l’avenir, dit M. Desloges, vous remettrez à madame les lettres qui lui seront adressées et vous gard^ rez mes lettres, que vous me remettrez à moi-même.
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— Mais, monsieur, c’est que madame m’a dit de lui remettre toutes les lettres.
— C’est différent.
M. Desloges monte et sonne. C’est une figure qui lui est inconnue qui vient lui ouvrir la porte.
— Pardon, mademoiselle, je me trompe, je croyais ître au premier.
— Mais c’est bien ici le premier, monsieur.
. — - M. Desloges?
— Il est sorti, monsieur.
— Je le sais ; mais il ne va pas tarder à rentrer. Je
SUIS M. Desloges.
— Pardon, monsieur, je ne suis entrée chez madame que d’aujourd’hui.
M. Desloges demande à* sa femme : — Est-ce que nous avons deux servantes?
— Ce serait joli... Je vous reconnais bien là... au désordre, de la prodigalité... Nous irions loin avec ce que vous me donnez, si nous avions deux servantes !
— Mais, ma chère madame Desloges, je ne demande pas que vous ayez deux servantes, je demande si vous en avez pris une seconde.
— Du tout, c’est bien assez d’une pour me faire entiêcer.
— Mais, cependant, ce n’est pas Victoire qui m’a ouvert la porte.
— Ah ! vous pensiez retrouver Victoire pour lui taper sur la joue, n’cst-ce pas?... Elle est partie.
— AhI j’ai tapé si doucement que cela n’a pas pu
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lai faire du mal, j’en suis persuadé... Et comment s’appelle celle-ci?
— Celle-ci s’appelle Joséphine.
Merci.
— - Il n’y a pas de quoi.
Le lendemain matin, M. Desloges, qui ne connaît pas le jardin, descend pour le voir. — C’est une portion d’un grand jardin divisé en trois pour trois locataires différents. Les jardins sont séparés par des treillages;
— Que voulez-vous mettre dans le jardin? — der manda madame Desloges à son mari.
— Mais ce que vous voudrez.
— Voilà... il faut que je décide tout, que j’aie tous les embarras...
— Mettez-y un gazon et des fleurs.
— Est-ce que vous ne pensez pas qu’il vaudrait mieux y semer un peu de légumes?
— Comme vous voudrez, mais vous aurez vos lé-' gumes deux mois plus tard que les marchands, et les pois vous reviendront à huit francs le litre.
■— Oh 1 je savais bien que je n’avais qu’à parler de légumes pour que vous y missiez de l’opposition!
— Ma foi, non. — Mettez-y des légumes si vous voulez. Où est Raoul ?
— Raoul est allé faire une course pour moi à l’ancien logement, où on a oublié quelque chose. Il est en vacances.
— Est-ce qu’il ne doit pas aller passer quinze jours chez mon frère?
^ Du tout.
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— Mais il me semble que c’était convenu?
— Je n’ai pas envie que mon fils aille chez mes ennemis apprendre à haïr sa mère !
— Mon frère sera furieux.
— Je sais bien que vous me sacrifiez sans cesse à votre odieusé famille.
— Ma foi, non, et si j’ai eu un tort, c’est de vous sacrifier ma famille. Mon frère ne vient plus chez moi.
— C’est ça, dites comme lui... chez moi... c’est ce qu’il a osé me dire. La dernière fois qu’il est venu, il m’a dit qu’il n’était pas chez moi, mais chez son frère. Tout le monde s’aperçoit bien que je ne suis rien ici, et tout le monde en abuse. Quand une pauvre femme n’est pas même soutenue par son mari!,..
M. Desloges se rappela alors que c’était l’heure de sa leçon chez M. Luchaux.
— Comment! chezM. Luchaux? il est à la campagne.
Madame Desloges eût voulu retenir ces paroles, car
en se les entendant prononcer, elle s’aperçut qu’elle se dénonçait elle-même ; elle avait décacheté la veille une lettre adressée par M. Luchaux à M. Desloges, et l’avait assez bien recacbetée pour que son mari ne s’en aperçût pas. Elle reprit :
— C’est par hasard hier que j’ai ouvert cette lettre, |e la croyais adressée à moi, et j’avais pensé reconnaître l’écriture de ma sœur Dorothée.
— Vous savez bien que votre sœur ne vous écrit plus.
— C’est précisément ce qui m’a fait mettre plus d’empressement à ouvrir cette lettre, que je croyais d’elle.
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— Alors, ma chère madame Desloges, puisqne le hasard vous a fait savoir que M. Luchaux est à la cam- . pagne, et conséquemment que je viens de vous faire un mensonge, il ne me reste plus qu’à vous dire la vérité : c’est que je vais m’en aller à mon atelier. Vous paraissez mal disposée aujourd’hui, et Raoul n’étant ^s à la maison... ‘ *
— Raoul ! Raoul ! en voilà encore un que vous gâtez et dont vous ferez un médiocre sujet malgré ses heureuses dispositions !
M. Desloges s’en alla à la direction4es postes, et pria * un de ses amis qui y était employé de faire en sorte qu’on adressât dorénavant ses lettres à son atelier, à son ancien logement.
M. Bédouin demeurait deux étages au-dessus de ma- “ dame Desloges. 11 était resté veuf, encore jeune, avec trois enfants, auxquels il s’était consacré en refusant de se remarier. L’aînée, appelée Marguerite, venait de sortir de pension ; la plus jeune, d’une santé délicate, n’y était jamais allée. — Marguerite devait faire l’éducation de sa jeune sœur et prendre la direction du ménage. — Félix était plus jeune que Marguerite, qui avait quinze ans, et plus âgé qu’Alice, qui n’en avait que dix ^ ^ ou onze. — C’est lui que nous avons vu chargé de lauriers au commencement de notre récit. Félix était en pension; de la pension on le conduisait au collège Bourbon, qui ne reçoit pas de pensionnaires, — tandis que Raoul Desloges -allait directement de chez son père au collège.
Le malin, à déjeuner, M. Bédouin demanda à Félix
RAOÜX
s’il avait vu le camarade qui venait d’arriver dans la maison.
— Pas encore, répondit Félix.
— Quel garçon cst-ce ?
— Qui ça, papa?. . . Raoul ?. . . C’est un grandy^ c’est-àr flire que nous ne sommes pas dans la môme classe, — et que nous ne nous voyons guère qu’un instant dans la cour, au moment d’entrer en classe, — Il est très-^t en version, — Il y a dans notre classe de cinquième son nom gravé au canif dans le banc de la première place. — Il a fallu plus de huit jours pour l’écrire; on se le rappelle encore en cinquième. — C’est lui qui avait créé d’ordre de la Manche.
— Qu’est-ce que l’ordre de la Manche? demanda Mar-; guerite.
— C’est un ruban noir que toute la classe de cinquième a porté à la boutonnière pendant l’année de Raoul. Les redoublants l’avaient encore l’année d’après.
— Et quelle était l’origine de cet ordre?
— Voilà ce que c’est : un jour, M. Brychamp, qui fait encore notre classe, — avait donné un pensum général
injustement; — Raoul profita du moment où, le coude appuyé sur le rebord de sa chaire, M. Brychamp laissait pendre la longue manche de sa robe, pour la couper entièrement avec des ciseaux; — on divisa la manche en petits morceaux dont on fit des décorations.
— Mais c’est un mauvais sujet queM. Raoul.
— Ah! papa, pas du tout; ça n’a pas empêché que cette année-là il ait eu un prix et un accessit au con-
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