‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr RaoulChapitre 8 sur 22 · RAOUL SI · texte numérisé non relu

RAOUL SI

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Raoul rencontfa un jour Calixte Mandron ; — ils ne ^ . s’étaient pas vus depuis fort longtemps, ils s’arrêtèrent ^et se firent cette question inévitable que s’adressent deux camarades de collège qui se rencontrent après les , ’ études finies : — Que fais-tu mapitenant? question dont la réponse, — jointe à l’inspection du costume, suffit « le plus souvent pour que les deux camarades nét s’a- ‘ bordent plus le reste de leur vie.

■ — Moi, dit Mandron, je suis avoc^it.

^ — Moi," dit Raoul, je ne sois nen, je vends à la gé-;

nération qui me suit l’ennui que m’a vendu la génération qui me précède, — et j’ai bien du mal à ne pas perdre sur ma marchandise. —JJé donne des leçons de latin et de grec. »

— En as-tu beaucoup donner?

^ — Pas assez pour que^je n’accepte pas avec empressément celles que tu pourrais me procurer. — Et toi, as-tu beaucoup de causes?

— Hum I hum I ça commence... Mais je ne suis pas pressé, le père Mandron est là. '

— Tu sais que j’ai perdu le mien?

, . — Oui, il n’a pas fait comme fait le père Mandron;

' ton pauvre diable de père ne t’a rien laissé.

L’air dédaigneux de Calixte blessa Raoul, qui répondit : .

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— Non, ce n’était qu’un peintre d’histoire et un homme de talent; tout le monde ne peut pas être peintre d’enseigne.

Mandron pflilit de colère de voir son grand secret connu et son* origine dévoilée. Cependant, après un 4 moment d’hésitation, il sentit une espèce de soulagement de se trouver avec quelqu’un devant qui il n’avait pas à jouer le rôle un peu difficile de fils de famille. Et d’ailleurs, malgfé l’opposition complète de leurs caractères, qui ne pouvaient se toucher sans se froisser, il y avait entre eux une habitude qui les faisait se «ncontrer avec plaisir. — Raoul, d’ailleurs; vivait tel- * lement seul depuis la mort de son père, et ses confî- . dfences à la tan te, Clémence avaient nécessairement des •homes si étroites, qu’il accepta' la proposition que lui ^ C^iixte de dîner ensemble.

< Calixte mena Raoul dans une sorte de restaurant situé dans la cour des Fontaines, auprès du Palais-Royal, où lé dîner, composé d’un potage, de trois plats au choix, -d’un* dessert, de pajn à discrétion, et d’une goutte de vin délayée dans un carafon d’eau, est fixé ,au prix de vingt-deux sous par personne. Comme Raoul s’obstina à vouloir payer son écot, Calixte de son côté voulut absolument consacrer les vingt-deux sous dont il avait prétendu nourrir son ami à aller boire du café au Palais-Royal. Une confiance entière finit par naître .•éotre les deux camarades.

— Tu sais, dit Mandron, que je ne suis pas plus avo-' -cat que toi. — C’est une histoire que j’ai faite au père Mandron, c’est une récompense que j’ai cru devoir déj

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cerner an zèle et à la ponctualité avec lesquels il a payé mes inscriptions et tout ce qui s’ensuit. J’ai même pris la thèse d’un de mes amis, que j’ai fait précéder ■* d’un titre imprimé (à mes frais, avec de l’argent que j’ai eu la conscience de prélever sur celui qu’avait lonné le père Mandron pour l’impression de la thèse ^ .. mtière) où on lit que cette thèse a été soutenue le...

18... par Calixte Mandron, docteur en droit, et dédiée à son père Jean-Baptiste Mandron, artiste peintre. Le père Mandron a fait encadrer le titre, et comme il m’a chargé de cette mission, j’ai encore gagné cent sous sur le cadre ; voilà ce que c’est que d’avoir un père et la manière de s’en servir. ; ,

— Mais enfin, dit Raoul, qu^cômptes-tu ftiire? :

— - Je ne sais ; je ne crois pas en réalité que le père Mandron me laisse rien, parce'que, entre nous, je leur * • ai mangé un argent fou. — Mais il se présentera quel-', que bonne occasion dont je ne manquerai pas de pro-'^ fiter. Avec les hommes, le principal est de paraître.—

Il faudrait que je fusse un imbécile, — ce que j’ai la prétention de n’ètre pas, — pour ne pas me passer la fantaisie de mentir un peu, quand je vois que les mômes gens qui ne me salueraient pas si je leur disais la vérité, m’entourent d’amitiés et de prévenances parce que j’arrange un peu les choses. — Quoi I je saurais quelques paroles magiques qui font de moi en un instant un objet d’estime et de vénécation, — et je oon- . sentirais à vivre dans l’abjection et l’humilité I — Il m’a suffi de dire à certaines personnes : Je suis avocat, pour .qu’elle's m’aient accablé d’iPuvitations à dîner. — Et

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