CHAPITRE XXIII
CVP.E DES FISTVLES.
Pour la curation on commencera par la sonde, qui sera d'vne chandelle de cire , ou de plomb , d'or, ou d'argent : et par icelle on connoisira la profondeur et anfractuosités. Et si la fistule a deux orifices ou plusieurs, ayant des cavités cuniculeuses, de façon que Ton ne les puisse bien.onder et suiure leurs cauités , alors on doit ietter vne iniection par l'vn des orifices, et obseruer l'issue de ladite iniection par les autres ouuertures : et par ce moyen on connoisira s'il y a vne seule ou plusieurs cauités profondes ou superficielles Cela fait, on fera des incisions pour descouurir et amputer les callosités qui se feront avec le rasoir, ou par medicamens causti-
cn 1598, et loulcs celles qui l'ont suivie , ajoutent en cet endroit : comme nous dirom cy-upres de l'anenrisme. On ne saurait croire que ce soit une addition préméditée, puisque l'anévrismeaélé traité bien auparavant à la lin du Liure des tumeurs en gênerai. Il est probal)lc que l'édition posthume a suivi encetendroitle texte de la petite édition partielle où avaient paru pour la première fois et \iiLiiire des rlccres et le /Jure des tumeurs, et où celui-ci était précédé de l'autre.
1 Le chapitre linit ici en 1575 et 1579; le reste date de 1585.
LE ONZIEME LIVRE
ques, OU pai- cautère actuel. Car ianiais on ne pourrait i^iiarir l'vlcere tjsfiileuso , que premièrement on n'eusl osté la callosité, à raison que Nature ne peut produire et a{jsl"t'ner les parties distantes, lorsqu'il y a chair calleuse* : d'autant que deux corps durs ne se peuuent unir que par le moyen de quelque liumidilé gluante, quelle est le bon sang. Or les callosités occupantes de toutes parts la superQcie de la chair vlcerée , empeschent qu'iceluy puisse sortir des veines capillaires pour l'vlûon desdites parties.
Semblablement on vsera d'iniections caustiques, et après on bouschera le perluis, à fin qu'elles facent leur opération : laquelle sera connue estre bonne sors que la partie demeure enflée, et la matière qui estoit en abondance, fort digeste et en petite quantité '. Apres faut accélérer la cheute de l'escarre, puis traiter l'vlcere comme auec déperdition de substance.
Souuent la callosité qui est autour de la sinuosité ou cauité de la fistule, vaincue des medicamens acres et escaroliques ayans fait escarre, se sépare et sort entière, et lors au dessous se trouue la fistule nette et vermeille. Ce que i'ai veu à un Gentil-homme, lequel ayant vne fistule à vue cuisse, pour vu coup de harquebuse, et ayant vsé de medicamens acres, comme iEgyptiac fortifié, quelques iours après l'escarre sortit d'autour de la circonscription de la fistule semblable à une membrane. Ce que voyant ledit Gentil-homme, estimoit estre quelque linge, que le Chirur-
1 Ce paragraphe s'arrête ici eit I reste a été ajouté en 1670.
•* Corn. Celms. — A. P.
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gien (jui premièrement l'auoit pensé n'auoit connu , le taxant de son imperitie. Toutesfois sçachant que c'estoit la crouste de ladite escarre, lui dis que c'estoit la chair calleuse et dure, que i'avois fait séparer par le moyen des remèdes forts et cuisans, qu'il auoit bien sentis : et que telle chose estoit signe qu'il seroit bien tost guari. Ce qu'il fut, parce que i'instillay de mon baume dedans toute la cauité.
Les fistules qui sont près des grands vaisseaux, comme veines, artères, et nerfs, ou de quelque partie noble, ne se doiuent toucher, si ce n'est auec grande prudence et artifice.
Or, quand la fistule vient à cau.«<^ de l'os altéré et pourri , on doit considérer si le vice est en sa superficie ou profondité , ou .s'il est du tout corrompu : et s'il n'est qu'en sa superticie , ii sera raclé et ruginé seulement : et si la carie est profonde , on la doit osier auec un trépan exfoliatif : et si la corruption est communiquée iu.'^ques à la mou('lle , elle sera ostée auec une tenaille incisiue , pour y faire plus ample ouuerture , y appliquant premièrement, si besoin est, un petit trépan pour donner passage à ladite tenaille : et s'il est du tout corrompu , il sera pareillement du tout coupé, comme en l'os d'une ioiuturedudoigt, du rayon, du coude, de l'os de la greue , ou tibia. Mais aduenant ce mal à la boiste de la hanche, ou en la teste de l'os de la cuisse, ou à une vertèbre, ne faut entreprendre la cure ' , non plus qu'à autre quelconque fistule qui de .soy est incurable , quelles sont celles qui pe-
' A. Taré cite ici en marge Taiil d'Egine , et il eût été convenable de citer en même temps son tradnrtcur Dalechamps, auquel
DES VLCERES
FISTVLES ET HEMORRHOIDES.
nctrent jusqu'aux membres principaux , ou se renconlrent aux parties veineuses , arterieuses ou nerueuses :
ou qui aduiennent à personnes délicates, qui choisiroient plustost mourir auec leur mal qu'endurer le tourment de l'opération : ou bien quand de l'incision doit suruenir autre plus fascheuse disposition , comme conuulsion en fistule de partie nerueuse.
En tel cas le Chirurgien ne doit chercher l'entière cure et parfaite, ains se doit contenter de la palliatiue , qui se fera en preuoyant qu'il ne tombe sur la partie autre nouuelle fluxion, faisant par bon régime que trop d'excremens ne s'amassent dans le corps : et en cas qu'ils s'y amassent, les purgeant par interualle, et diueriissant sur une partie moins no-
Paré a fait directement cet emprunt, Celte chirurgie vigoureuse de Paul a été mise en usage par quelques chirurgiens arabes, et au XV "^^ siècle par Pierre d'Argelata, et par Benivieni (Voyez mon Introduction ) ; mais pour tous les autres jusqu'au xvir siècle, et pour A. Paré lui-même, elle semble n'avoir été qu'un précepte admis en théorie, mais trop hardi pour la pratique , et je ne sache pas qu'au xvr siècle de pareilles opérations aient été pratiquées.
Au reste, c'est ici que finit la citation de Paul d'Egine, et tout le reste du chapitre manquait dans l'édition de 1575; mais en revanche on y lisait le paragraphe suivant :
3Ials se fera ou auec la scie ou par autre inatruvicnl. El mesme sera le plus expédient prendre du sain, à fin que la corruption qui pourroil tj rester ne se communique d'auantaye à l'os sain et entier, comme il est manifeste à voir aux gangrenés , esquelles si l'on n'a extirpé du vif, la pourriture se communiquera de rechef à la partie saine , qui est cause de recommencer la cure , autrement le tiudade mourroil.
Ce passage a été retranché en l.^TO, et remplacé par ce qui termine le paragraphe actuel.
ble, si mieux on ne peut : mondiûant la chair vicieuse qui croist en l'vlcere, et la saine auec medicamens qui n'irritent et ne causent putréfaction.
Le ieune Chirurgien sera aduerti que lors qu'on verra aux fistules que la sonde ou tente demeurera noire, ou qu'il y aura quelque fétidité, on ne doit pourtant acertener qu'il y ait carie aux os. Car souuentesfois cela adulent , à cause qu'il y est demeuré dedans quelque morceau d'esponge ou de linge qui se pourrit , comme i'ai veu par expérience *.