CHAPITRE I
QVE c'est (JVE FP. \CTVRE , ET DE SES DIFFEIiENCES.
FFactm-e, selon Galioq au sixième liiu-p de la Melhodc , est solution de continuité faite en Fos , nommée en Grec Calagma. Or toute offense d'os a plusieurs espèces et différences, à sça-
1 Ce livre des fractures est un de ceux qu'A. Paré a ébauciiés des 'premiers , et qu'il a le plus remaniés. Il avait commencé dans son Traité des playes d'hacquebuies, en l;)'i5, par tracer une histoire générale des fractures compliiiuées sous ce titre : La méthode curatiue des fractures faictes par [lèches ou basions à feu, et il l'avait reproduite avec fort peu de changements dans l'édition de 1552. En 1561 , ayant eu la jambe cassée, il avait étudié sur lui-même toutes les circonstances de cette fracture ; il refondit donc son premier essai et en flt le troisième livre de son édition de 1564, sous ce titre nouveau : Des fractures des os. Ce livre était composé de 18 chapitres; toutefois ce n'était encore qu'un essai ou il se bornait à traiter de quelques fractures, en attendant ses OEuvres complètes; et voici comme il s'exprimait lui-même à la lin du chapitre 7:
Ayant ainsi discouru des fractures en gc-
uoir, séparation, luxation, vnion (m conionction , excision ou diuisioii , contusion, aposteme, carie, pourriture, desnuemcnt auecques perdition de sa couuerture, fractufre (de laquelle voulons traiter maintenant) complette, incopaplette, quelquesfois faite en long^, et autresfois en trauers, ou obliquement et de biais, et les pieces ou esquilles rompues, quelques-
neral, maintenant ie traitteray des particulières qui mruiennenl au bras et aux ïambes seulement. Car ce n'est mon inienlion pour le présent de passer plus outre , pource que du reste i'en parleray plus amplement eu mu pructiqnc générale.
Enfin il refondit de nouveau son livre, et rétendit jusqu'à 31 chapitres dans ses OEuvres complètes , en y comprenant celte fois toutes les fractures connues de son temps. Cependant la doctrine générale y offre des lacunes ; c'est qu'il a cru devoir reporter au Liure des bandages toutes les généralités sur les appareilsdes fractures, qui faisaient le sujet des chapitres 6 et 7 de l'édition de 1564.
Du reste, comme dans le livre précédent, A. Paré suit ici presque constamment les doctrines d'Ilippocrate et de Galien ; à peine s'il garde quelques réminiscences desArabes et des Arabistes, et il ne s'écarte guère des anciens que quand il a son expérience personnelle à alléguer.
fois ont leur bout mousse , et autres fois agu et pointu, qui pique la chair ou les nerfs , et souuent les veines et artères.
Quelquesfois la fracture est faite en raifort : c'est lors que l'os n'est point esclatté en esquilles, mais est rompu vninient : les Grecs l'ont nommée Ra- ])hanidon.
En noix : c'est en plusieurs petites pièces (comme vne noix cassée sus vne enclume auecques vn marteau ) séparées l'vne de l'autre, comme nous voyons ordinairement estre fait aux coups de pistolles cl autres basions à feu : en Grec Alphiddon.
En fente apparente , ou capillaire , c'est à dire, petite comme vu poil, de façon qu'on ne la peut apperceuoir au sens de la veué : parlant on est contraint d'y mettre de l'ancre qui descend en dedans , et la racler pour la connoistre : les Grecs l'appellent Apochema.
Enfoncenre : Vouture, rehaussant l'os en haut.
Brisenre, c'est à dire, diuision de l'os en plusieurs esclals.
Aucunes de cesdiles fractures sont faites en large, en long, en trauers : les vnes auecques pièces egalles : les autres dentelées et inegalles , et esquilleuscs. Aucunes sont faites en la superficie seulement de l'os, auec perdition de quelque portion d'iceluy, ccmime vne escaille séparée : les autres sans que les os soyent séparés les vns des autres, mais seulement fendus en long : les autres descendantes iusques à la moelle de Tos ».
' Tout \e texte de ce premier cliapitre, jusqu'en cet endroit , est exactement reproduit d'après l'édition de 1575, à part seufement les trois derniers synonymes grecs qui ne datent que de 1585. Mais de plus, ce texte ne fait que répéter à fort peu de cliose près
DES FRACTVRES DES OS. 2g5
Aucunesfois les os se courbent sans estre rompus, comme l'on voit aux cosfes et aux cartilages , et aussi aux
celui de l'édition de 15G4, et celui-ci se retrouvait en germe dans les éditions bien antérieures de 1552 et 1545. Afin de bien établir la date et l'origine des idées présentées dans ce chapitre, je reproduirai d'abord le début de la portion consacrée aux fractures dans ]e Traité des play es d'Iiacquebutes de 1545.
« Consyderé que souuent adulent tant iiour la grande violence des honllclz et ballottes des hac(iuebutes , que des traictz , prindpalemeiit des gros garois d'nrbalesle , que tes os sont rompus et fracturés : ie n'ay voulu obmeltre en traicter, selon ce que l'en ay veit par expérience. Et pource que lesdiles fractures aduiennent souuent de long , aulcunes foys de traaers, quelquesfoys obliques, les vnes incomplètes , les uultres complètes : les vnes aux parties esgales , les aullres dentelées , inesgules et esquilleuses : et fault, comme i'ay prescript, consyderer la partie en laquelle est la fracture, pource que aulcunes foys aduienl à la teste , qnelipiesfoys aux costes , ou à l'os de l'adiuloire, ou à l'os femoris : aussi à l'vn ou à deux fociles : pareillement es ioinclures : parquoy selon icelles différences et indications prinses des parties, fault diuersifier la cure. «Folio 36.
L'édition de 1552 répète exactement celle de 1545; celle de 15G4 admet comme ks autres des fractures complètes Qi incomplètes, des fractures dentelées , et de plus des fractures sans que les os soient séparés les vns des aultrcs , mais seulement fendus du long. Tout ceci semble attester une doctrine fort avancée; ce n'est toutefois que la reproduction d'idées qui avaient cours depuis longtemps dans la pratique. La distinction des fractures complètes et incomplètes appartient à Lanfranc, et se trouve répétée dans Guy de Chauliac et dans Tagault; celle des Assures longitudinales remonte plus haut encore et vient de Galien , et le français de Paré n'est guère que la traduction du latin de Tagault : In iis non omnino separantur à se partes sic affecli ossis, sed veluti per rectitudineni ftnduntur.Quanlk la hacluredenlvlée, j'ai été fort surpris de rencontrer dans Paré
296 J.T. TREIZIl'
bras et îambps , principalement anx i(Minos qui oui les os encore mois cl tendres. Aucunesfois aussi les os se caiienl et bossellent, comme l'on voit aux pots d'estain et de cuiure , on voit souuent aduenir au crâne par contusion de ceux qui ont les os tendres, le dis d'auantage, que quelquesfois les esquilles des os ne bouj^ent de leur place; : alors le mal est difGcile estre conneu, parce que rien ne picque ne recrocbc contre-mont, au loucher tout est égal et uni , la partie g-arde sa forme entière. Toutesfois on peut prendre coniecture de ce que la partie se deuil quand l'on presse dessus, et qu'elle ne peut ftu're son office, et. qu'elle s'enfle et dénient chaude et enflammée : ioint qu'il y a eu cause
cette (^pithéte que j'avais appli(iu(}c à certaines fractures, soit des eûtes cliez les adultes, soit des os longs même chez les enfants, et dans lesquelles les aspérités des fraguiens engrenées les unes dans les autres ne leur permettent point de s'abandonner. Il est jjrobable que d'abord Paré n'entendait sous ce nom que les fractures megnles , e^qdllenses et à pièces de Guy de Cliauliac; mais plus tard, comme on le verra dans le paragraphe suivant, il note aussi d'une façon spéciale les fractures dont les fragmens demeurent juxta-posés. Ce n'est pas encore là toul-à-fait ce que j'entends par fracture dentelée, caries fragmens, quoi(juc non dentelés , peuvent être retenus en place par le périoste; mais déjà cela indique une observation très sagace et très avancée jiour ce temps.
Celle note ne sera peut-être pas sans utilité pour l'histoire de l'art; elle fait voir que Félix Wurtz, auquel plusieurs écrivains ont rapporté les premières notions des fissures longitudinales, n'a fait en réalité que développer dans uncliapilre d'ailleurs fort remarquable des idées qui avaient cours dans ■ la science, et qui remontaient à une fort haute aiiliquité.
ME LIVRE
manifeste qui aura précédé , comme cheule ou coup orbe'.
Aucunes sont simples, c'est à dire , sans esfre accompagnées d'aucune disposition ni accident : comme playe, flux de sang, inflammation, gangrené, et autres complications. Toutes lesquelles différences demandent indications propres à chacun genre d'icellcs. Pareillement faut considérer la partie en laquelle la fracture est faite, pource que bien souuent elle aduient à la teste , aux costes , aux bras, aux ïambes, aux jointures, et autres parties du corps. Aussi aux corps vieux, ieunes, et bien tempérés, et aussi aux intemperés et malliabitués, et selon icelles différences faut diuersifier la cure.
Or les causes des fractures sont toutes choses externes, qui peuuent couper, froisser, briser et casser les os: et aussi pour tomber de haut en bas, voire en tant de façons, qu'il seroit difficile de tenir le nombre desdites causes 2.
iCe paragraphe, qui manque dans toutes les éditions antérieures à celle de 15S5, est curieux à plus d'un titre. Nous y trouvons d'abord les premières notions des fractures qui ne se révèlent ni par la crépitation ni par un déplacement quelconque. l'tmr la courbure des os du crâne et des C()tes, c'est une doctrine fort ancienne, que l'on retrouve dans la plupart des arabistcs et même plus haiU (voyez ci -devant, page 12, pour l'enfoncement des os du crâne); pour la courbure des os des membres sans fracture, il faut encore en faire remonter les premières notions à Lanfranc, qui a un chapitre sp.écial J)e pliciturn osùum in puéril. Mais l'esprit du temps, entraîné vers les anciens, avait l'ail perdre de vue ces courbures osseuses, et l'on sait que même ;iprès A. Paré elles étaient retombées dans l'oubli, dont une observation plus exacte les a enlin retirées de nos jours.
^ Les deux derniers paragraphes de ce
DES FRATTVRrS DES OS.