‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 177 sur 511 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DE'LA FRACTVRE de l'os CLAVICVLAir.E OV FVRCVLAIRE.

La fracture de cest os sera réduite , selon qu'il sera hors de sa place. Or soit ceste fracture faite en quelque sorte que ce soit, tousiours le bout qui est attaché contre l'espaule est plus abaissé contre-bas que l'autre bout qui est attaché contre le sternum :

parce que le bras le tire contre-bas i.

Si la fracture estfaite en.trauers, elle est plus facile à estre réduite, et aussi plus aisée à guarir que celle qui se fait en long. Car tout os rompu de trauers plus* facilement retourne en son lieu naturel , en le sousleuant d'vn costé ou d'autre aucc les doigts, et plus facilement se remet. Mais celuy qui est rompu en raifort , est plus malaisé ù estre réduit, et aussi les bouts des os à se tenir l'vn contre l'autre, et plus

1 Hippocratcs sent. CI. soct. 1. Dcsanicles. — A. P.— 11 est cependant essentiel d'ajou- !er qu'Hippocrate a mentionn6 le cas où le fragment sternal se trouve porté au-dessous de l'autre, et que pareille mention se trou^e dans Paul d'Kpine, dont la traduction par "Dalccliamps a fourni à Taré presque tous les matériaux de ce chapitre.

difficilement se collent ensemble. Car remuant les bras tant soit peu , l'vne partie de l'os s'escarte et se sépare de l'autre , et la pièce qui est proche de l'espaule descend à l'inférieure partie de la poitrine : à raison que l'os clauiculaire n'a de soy aucun mouuement, mais suit le mouuement du bras et de l'espaule, qui tire contrebas la portion qui lui est contiguë.

Or pour réduire ceste fracture faite en raifort , ou autre façon , que les bouts de l'os ne soient l'vn sur l'autre , ou escartés , faut qu'vn seruiteur lire le bras en arrière, et vn autre au contraire tirera l'espaule vers soy à l'opposite, et ainsi se fera la contr'extension : cependant le Chirurgien rhabillera auec ses doigts la fracture, poussant contre-bas ce qui est eminent et releué , et retirant contre mont en dehors ce qui est enfoncé en bas.

Aucuns pour mieux réduire ceste fracture mettent vue grosse compresse ronde sous l'aisselle du malade , puis pressent le coude contre les costes : et le Chirurgien réduit la fracture.

Si d'auenture les bouts de l'os estoient tant enfoncés contre bas, et que par les moyens susdits n'eussent peu eslre releués, alors il faut faire coucher le malade à la renuerse , et luy mettre entre les deux espaules vn oreiller, ou vn quarreau assez dur, ou le cul d'vne jatte, ou chauderon, ayant mis premièrement dessus quelque couuerture. Puis vn seruiteur pressera contre- bas les espaules du malade, à fin que les bouts de Tos cachés et descendus contre-bas retournent contre-mont. Et par ce moyen le Chirurgien réduira facilement la fracture.

Et si d'aneuture l'os estoil en telle

DES FRACTVRES DES OS

façon rompu et esclaté , qu'il n'eust peu estre réduit en sa place, et qu'aucun de ses esclats picquast et entrast dedans la chair , et qu'il causast difficulté de respirer , alors on serait contraint de faire incision , et le releuer auec vn crochet, et couper les pointes pour obuier aux accidens de la mort :

et puis traiter la playe ainsi qu'il est besoin.

Et si ledit os estoit rompu en plusieurs pièces , après les auoir réduites en leursplaces, il faut appliquer dessus vn médicament colletic , comme farine de froment, thus, bol-annene , sang-dragon, résine de pin, puluerisés et incorporés en blancs d'œufs, et mettre par dessus des férules autour de l'os enueloppées de linge vsé, oinctes dudit médicament : et pareillement trois compresses , à sçauoir deux aux costés, mais la troisième sera plus g-rosse , et posée sur l'endroit de l'os eminent^ qui le repoussera et l'engardera de se releuer, oinctes pareillement du médicament susdit, à fin qu'estant desseiché il ne puisse bouger de dessus , et que les extrémités de l'os ne déclinent à dextre ny à senestre , et s'esleuent en haut. Et faut pareillement que lesdites compresses soient de grosseur et de largeur qu'il sera besoin , pour remplir les cauités qui sont au dessous et au dessus dudit os. Puis on bandera commodément auec une bande à double chef, et la mettra-on en manière de croix saint André , et sera de la largeur d'vne palme, et longue d'vne toise et demie, plus ou moins , selon le corsage du malade : et fera-on qu'elle tire le bras en derrière. Aussi ne faut oublier à mettre des compresses sous les aisselles , et principalement sous celle de la fracture , pour remplir les cauités

d'icelle, à fia que le malade comporte

et endure mieux la ligature. Semblablement ne faut oublier à commander au malade de tenir les bras en arrière, posant sa main sur la hanehe, ainsi que les villageois la mettent quand ils dansent , faisant la ie renie-goy^ à fin que l'os soit mieux tenu en sa place *,

Toutesfois quelque diligence qu'on puisse faire, il y demeure quasi tousiours deformité, pource qu'on ne peut bien faire la ligature qui puisse cnuironner l'os tout autour, comme l'on fait au bras et à la iambe.

Le callus en cest os est fait le plus souuent en vingt iours , à cause qu'il est rare et spongieux.

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