DES CAVSES ET SIGNES
I.es causes dicelles fractures soûl externes, comme cheutes et coups de baston, de masse, de lance, de hallebarde, de pierres, de hacquebute, d'espée , morsure de bestes, et autres semblables.
Il y a doubles signes par lesquels on conuoist les os du Crâne estre fracturés : car les vns sont ralionau\, c'est à dire, se comprennent, et donnent à entendre par raison la fracture du Crâne : les autres sont sensuels,
c'est à dire , monstreut au doigt et à l'œil telle chose *.
Les rationaux concluent tel effect par les accidens, comme si le patient est tombé du coup en terre , ou de haut en bas sus vue chose dure, s'il a demeuré quelque temps sansparler, ouïr, ne \ oir : et aussi par le récit du patient , qui dit sentir grande douleur, et porte souuent la main à l'endroit du mal. Aussi faut auoir con-
» Dans les éditions de 1 ôCI et 1 J7.j, il dénommait autrement ces deu\ espèces de signes; les ralionaii\ étaient dits con\ccitiraiifs, et ce mot a même été laissé par oubli dans la suite de ce chapitre, et i! appelait signes ceriuiiis les signes sensuels.
DES PLA^YES EN PARTICVLIER
templation du baston, comme s'il pstoit pesant et obtus, picqiiant, treiichant, ou autrement: et à la lorce de celny qui a frappé, et s'il estoit en grande cholere lors qu'il donna le coup : si le coup est tombé perpendiculairement et de droit til. Aussi si le patient auoit la teste nue ou bien couuerte, s'il est tombé en syncope après le coup, et s'il a perdu sa ratiocination après estre retourné dudit syncope subit après le coup , et qu'il eusl esblouissement des yeux ou verligine, c'est à dire, qu'il luy semblast que tout tournast dessus dessous : et s'il a ietlé sang par le nez , bouche, oreilles ou yeux, et s'il a vomi. Car Hippocrates dit, que quand le ccrueau est vulneré , il est nécessaire que la tiéureetle vomissement bilieux suruiennent '. Autant en dit Galien auC'ommm^cr/n'.etau troisième de luc s aff' ctis,ciip. 3. où il dit que cela vient quand les fractures paruiennent aux membranes du cerneau 2.
Semblablement, si l'os estant desnué on trappe dessus auec vue spatule ou sonde de fer, et qu'il sonne cassé, comme si on frappoit sus vn pot de terre rompu , c'est signe que l'os est fracturé : ce que Paul. /Egin. a bien sceu dire •*. Or tous ces signes sont grandement coniecturalifs, voire certains que le Crâne soit fracturé , et le cerueau offensé * : de tant qu'il n'aduieut point sans apporter conséquence
1 Aph. TA lib. 6. — A. P.
- Dans l'édition de lôGl et lo75, il cite le troisième livre De loris affeciis, eh. viii, à la fin ; dans l'édition de 1579, Galien au Coinmcriiaire.
j Cette phrase empruntée à Paul d'Égine manque dans l'édition de 15GJ.
* La citation de Celse manque encore dans l'édition de 1575.
de tel accident comme dit Celsus, ure 8. cb, 4, Mais aussi tels accidens peuuent aduenir sans qu'il y ait fracture, estant seulement commeu , esbranléet estonné '.
Pareillement on a veu aucuns auoir l'os de la teste cassé , à qui tels accidens n'estoientsuruenus, faisans leurs affaires accoutumées, comme s'ils n'eussent point esté blessés, dtirant huit iours, plus ou moins, qui depuis ont esté abbatus de plusieurs accidens iusques à mourir. Parquoy les Playes et fractures de la teste ne se doiuent négliger ^.
le veux icy reciter l'aduertissement que donne Guidon, qui dit, qu'alors que la fracture est incertaine , si on veut connoistre à la vérité où l'os est rompu , il faut mettre entre les dents du patient vue cordelette, et frapper dessus : car au mesme instant, le patient portera la main au lieu de la fracture pour la monslrer au Chirurgien. Ce que toutesfois i(^ n'ay sceu Irouuer par expérience, iaçoit que i'aye pensé plusieurs patiens qui auoient l'os fiact uré, comme ie voj ois à l'œil. Et suiuant le précepte de Guidon , ie leur ay fait serrer auec les dents vue cordelelte , ou bien vn mouchoir : neantmoins sans laisser à tenir ferme, ils ne faisoient point semblant de se plaindre, ny de m'enseigner le lieu où l'os estoit rompu : à cause dequoy ie ne puis bonnement assurer que ceste raison de Guidon soit certaine, veu que ie n'en ay rien
1 Le paragraphe finit ainsi dans les trois premières éditions : lù toutesfois on peut voir qu aucuns auront /'raclures d'os qui du cornmencenioitne sera point apperccuë par aucuns de ces signes : mais telle chose est bien rare.
^ Ce paragraphe manque au moins jusqu'à la quatrième édition.
LE HVITIKMK LIVRE
trouué par expérience *. Non plus que celuy d'Hippncrates qui aux Coaques veult, lors qu'on est en doute de la fract ure du ( irane , que l'on donne au malade \n tronc ou cose d'asphodèle ou de férule à mascher, l'aduerlissant de ce prendre garde , si en pressant cela entre ses dents et sous sa mâchoire, il ne sent point quelque os craqueter : car si les os de la teste sont rompus , ils ne faudrout point lors à faire bruit et craquetis , dit Hippocrates 2.
Maintenant nous faut parler des signes sensuels.