DES PL.VYES DE LA FACE
Or après auoir ainsi traité des piayes et fractures de la Teste , maintenant faut parl(!r de celles de la Face , lesquelles se doiuent soigneusement traiter : à fin que les cicatrices ne demeurent laides et difformes.
Les causespeuuent estre semblables à celle du Crano, sçauoir est, externes. Mais aux espèces et différences on peut adiouster amputation totale des parties, comme d'vne oreille, ou d'vn œil creué, ou du tout sorti hors de la teste : aussi le nez du tout coupé , et auecques portion de laléure ou totalité d'icelle. Pareillement la playe peut estre faite de chose si violente , comme dvn coup de harquebuse et autre chose semblable , qui aura
plaies du cerveau. Il exi>ose d'abord les signes auxquels on peut les reconnaître. Ces signes sont les mêmes que ceux des plaies des méninges; seulement quand le cerveau est blessé, il sort de la matière médullaire qui ne laisse aucun doute sur le diagnostic. A la vérité si la plaie est petite , cette issue ne saurait avoir lieu ; mais ce cas est rare, et ce signe est presque constant. Quand la matière cérébra'e ne fait saillie au-dehors qu'aprés un certain temps, quelques cbirurgiens s'y (rompent, et la prennent pour du pus, ou réciproquement. Au reste Déranger a vu celle issue de matière se faire au Vi' jour de la blessure, et le malade n'en guérit pas moins. Folio 15.
« Pour ma part , ajoute-t-il plus loin , je crois et je déilare que j'ai vu jusqu'à ce jour six hommes qui ont perdu une notable quantité de la moelle cérébrale, et qui n'en ont pas moins guéri Quelques uns sont morts peu après d'apopiexie. D'autres, et deux sur- U»ut, ont gardé une paralysie d'un c»Ué, et
rompu et emporté portion dos os du palais : de façon que le patient iamais
LE HVJTIEME LIVRE,
toutefois ils ont vécu deux ans. De ces six malades, j'en ai vu el traité trois dans le pays de Carpi ; j'étais assez jeune alors . mais je ne m'y trompai pas pour mon âge. J'avais avec moi de tidcles et habiles phij\icii'ns -. à ces trois , je retirai à la première ou à la seconde visite une grande portion du cerveau qui sortait au dehors entre les lèvres de la plaie. J'en ai vu un autre à Pistoia qne traitait un certain juif appelé Angelo, a-sez habile chirurgien , et qui fut guéri. Et j'en ai vu deux que j'ai guéris à lîologne: l'un était le seigneur "Vincent Hagacia ; l'autre le seigneur Paulo, neveu du cardinal distrie.
1) Pour ce dernier, ce fut en présence de beaucoup de témoins de la première noblesse et de savants, qu'à ma première visite je lui enlevai quelque portion du cerveau. Au treizième jour il en sortit une autre portion notable; et enfin il alla jusqu'au soixantième jour sans aucun fâcheux accident.
y La plaie était prof()nde, ayant été produite par la pointe A'm\v.roudia, de laquelle il était resté dans le cerveau un fragment de quatre doigts de longueur enfoncé perpendiculairement, et qu'on pouvait à peine voir et sentir; il y resta jusqu'au lendemain où je l'enlevai avec des tenailles, et non sans de pénibles efforts.
» Je mis dans ce trou une tente à demeure durantcinquantejoursou environ, parcequ'il en sortait continuellement une sérosité abondante; versée temps enfin l'écoulements'étant tari, j'ôlai ma tente qui était canulée et j'essayai de fermer la plaie. Mais vers le soixantième jour, à cause de la matière retenue danslccerveau.il survinlun effroyable accès d'épilepsie avec tremblement et roideur excessive de tous les membres. Ce que voyant je ie fis élever par les pieds, la tète en bas ; avec un stylet je débouchai peu à peu le trou extérieur, et je trouvai sous le crâne un* grande quantité de matière aqueuse, de couleur de lait, dont l'évacuation fit cesser à l'instant l'accès d'épilepsie, et ramena le malade à sa propre intelligence.
» Je lui remis doue ma canule, et je fis
puis après ne pourra parler que Regnaui, c'est à dire parlant du nez,
des injections qui eurent pour effet de tarir entièrement la source de celte humidité; il guérit et vécut encore long-temps après , et arriva aux honneurs de lépiscopat. »
On peut croire que c'est sans aucune malignité que Bérenger ajoute au sujet du futur évèque :
« El je prends Dieu à témoin qu'il jurait lui-même que dès le commencement de sa blessure et sans discontinuer, il avait coité avec une servante de la maison , sinon tous les jours, au moins tous les deux jours, et que chaque jour il buvait trois ou quatre fioles de Malvoisie; aussi je pense que s'il a guéri , il en doit rendre gsàce à Dieu.
«Et je jure de même que l'un de ceux que j'ai traités à Carpi , un paysan appelé Rumpha , dans le temps où il éiail le plus mal , mangeait toutes les nuits une grande quantité de viande salée avec du pain et du miel. Il se levait la nuit en secret, prenait des viandes salées, et sans les laver ni ôter le sel, il les faisait cuire snbprunis; et il avait de plus sous son lit une grande quantité de miel. Et ainsi il triomphait sans que personne en sût rien , et j'atteste le fait dans toute sa vérité.
» J'ai dit tout ceci pour combattre les raisonneurs qui ne croient pas que le cerveau puisse guérir, el je les prie de s'en rapporter à moi : je connais le cerveau, el le pus, el la moelle. » Fol. 31.
Symphoiien Champier, dans ses Luuecies des barbiers et cijrurfjieiis , chap. x, rapporte une observation du même genre d'après Hippolyte d'Aultreppe, le barbier qu'il avait fait recevoir docteur en chirurgie à l'université de Fisc.
<c El Hippolyte d'Aultreppe me dit et iurasl en la présence de monsieur maislre Jel»anGeoirrey,conseillieret médecin de monseigneur de Lorrayne , el de maislre Voisin, cyrurgien dudil prince à Nancy en mon logis , qu'il auoit gucry le maislre d'aultel de moiisieur le conte de Ligny, lequel auoit esté bleissé d'vne halebarde le cerueault en telle façon qu'il luy auoilosté plus de quatre onces de la raedule et presque toute vne ce-
DES PLAYES EN PAUTFCVLÏER
s'il n'est secouru par le bénéfice de la Chirurgie : ce qui te sera déclaré cy après *.
Nous commencerons donc aux playes des sourcils , en continuant toutes les autres parties du corps.
Aucunesfoisiiaduient que la playe sera faite au trauers des sourcils, en sorte que les muscles et pannicule charneux, qui les meuuent et esleuent, seront du tout dilacerés et coupés. Adonc les paupières ne peuuent esire esleuées, et les yeux demeureront clos, de fiîçon que le patient, s'il veut voir, sera contraint (voire après la consolidation de la playe) esleuer de sa main ladite paupière : ce que i'ay veu plusieurs lois. Et tel accident le plus souuent vient del'imperitie ouinaduertancedu Chirurgien,fauted'auoirdeuémînt cousu la playe, et d'y auoir appliqué compresses et fait ligature propre.
Iule du cerueault, et despuis a vescu plus de dix ans. »
Enfin André de la Croix déclare à son tour avoir guéri el vu guérir des pi.iies des méninges et du cerveau. « Et nous ne nous sommes point mépris, dil-il ; car nous avons fait de nos propres mains plusieurs dissections sur des corps humains , et nous avons Iraité un nombre presque infini de fractures du crâne. » Op. citato , pag. 68.
' Ici dans l'édition de l.SGl se trouvait un paragraphe spécial sur les ciiKi itueniiom du chirufgien pour la cure des player. Ce paragraphe a été reporté depuis au liv. Vit , cliap. 5, De lu curation des playes en (/eneral. Voyez tom, I", p. 435. Seulement après la quatrième intention, qui est de conserver la partie en sou lemperaineul, l'auteur ajoutait: Car une partie seiche [connue sont /l-v paupières des yeux , le nez, les orf.illes , à raison qu'elles sont cartilagineuses) dtmande médicaments plus secs que les autres qui sont plus charneuses. Fol. 219.
Et où tel accident serait suruenu , faudrait couper, cl du tout amj)uter autant du cuir et du pannicule charneux qu'il en sera besoin :à lin que la paupière se tienne esleuée en haut, sans que le patient soit contraint y mettre la main. Puis faut ccudre deuëment la playe, de cousture de pelletier : et par dessus sera appliqué de mon baume , et aux parties voisines tel médicament :
"if. Olei rosali §. fi.
Albumina ouorum , n" 2.
Boii armenici, sanguinis draconis, mastiches ona 3. j.
Agitentur siraul, fiât medicamentum.
Et soit fait bandage et ligature propre pour tel cas. Puis après on vsera de Femplastre Gralia Dei, vel belonicœ , vel (Hachalcitco-; , ou autres semblables, iusques à ce que la playe soit consolidée : et telles playes el autres de la facesecurent facilement, si elles ne sont accompagnées d'autres mauuais accidens, ou que les patiens fussent fort cacochymes.
Il adulent vn autre accident du tout contraire, que la pacipiere demeure esleuée en haut, en sorte que les malades dorment les yeux ouuerts , ne les pouuans clorre : les Grecs les nomment Lagiphthalmos. La cause vient de cause interne , comme d'vn charbon ou autre aposteme : ou exte rieure, comme d'vn coup d'espée, ou d'autre baston. La cure se fera en faisant vue incision au dessus de la paupière , de figure de croissant , et que les angles ou pointes soient centre bas, à fin de rela.scher et abbaisser ce qui est trop esleué de la paupière , et ne faut nullement loucher le cartilage , pouice qu'après ne se pourroit
y6 i-K iivjïiKME Livnr,
plus relr-vor. Le r?sle du la cure se I Figure d'vn Spéculum oculi, pour dilater et fera ainsi qu'il appartient '. '«?'"> '<^« paupières stables -. lequel se peut
accroistre et rei>errer selon la grandeur des
rjeux.