DE LA DOVLEVR DES DENTS
La douleur des dents est la plus grande et cruelle qui soit entre toutes les douleurs , sans mort : et pour la prenne, ie la laisse à ceux qui en ont esté vexés.
l'ay mémoire qu'vn varlet de chambre de défunt monseigneur leConnestable, estant à Chantilly, me dit, que pour vne extrême douleur de dent qu'il auoit, s'il n'eust eu peur d'estre damné, il sefustiettéparvnefenestre dans les fossés, et se fust noyé, pour estre exempt de sa douleur : d'auantage me dit, qu'en vingt-quatre heures il se fît vne aposteme sur la gen-
1 II est à remarquer que Paul d'Égine a un chapitre particulier con^iacré à la Trachéo • tomie, et que Paré lui-mémea décrit et recommandé cette opération ; mais seulement pour les cas d'angine surfocante. Voyez t. I, p. 383. L'application de la trachéotomie à l'extraction des corps étrangers ne date que du xvii" siècle.
2 Les quatre chapitres qu'on va lire , et qui , avec un court chapitre du livre de ta Proihesn, et un autre du livre de la Generaùon , présentent u» tableau à peu près complet de l'art du dentiste au xvi' siècle ,
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due, qui se suppura à l'endroit de sa douleur : et peu de iours après, sadent tomba en pièces , qui montre que les dents pouuent apostumer et pourrir comme les autres os : ce qu'on voit parce qu'elles se perluisent et corrodent, et par ceste pourriture les vers s'enfi^endrent.
Ce qui est prouué par Hippocrates au liu. 4 dcx Epidémies, en l'histoire de Hegesistralius. Qui dit que les dents peuuent endurer tumeur contre nature en leurs propres corps. Ledit Hippocrates le récite comme [larvn grand
avaient paru presque intégralement dans les Deux livres de Chirurgie en 1673, où ils constituaient les chapitre lxxviii et lxxxix du livre de la Generaiion , de la page -VM à la page 364. Comment se trouvaient-ils là:' D'abord il y a un article spécial consacré à la douleur de dents des petits enfants ; et quant au reste , Paré nous 1 explique par cette espèce d'avis au lecteur.
ADVERTISSEMEST.
« \mi lecteur, pendant que ie composois ce Mure , ie receus vne lettre de mons. loubert, médecin du Roy , Docteur Régent en la Faculté de médecine en l'Vniuersité de Montpellier, par laquelle, entre autres négoces , me prioit affectueusement, si encore ie mettois la main à la plume pour escrirc de la chirurgie, que ie donnasse vn coup de coude à la douleur des dents, ce que i'ay bien voulu faire tant en sa faueiir qu'en celle des nouueaux aprantis en chirurgie. »
Remarquez en passantl'orthographe avancée de ces mots ami , ronde; cette édition de 1Ô73 offre plus d'un progrès de ce genre.
Du reste, déjà Paré avait abordé les affections des dents dans un ouvrage bien antérieur , le traité des Playes de la Teste publié en lâtJl , fol. 25G à 361 ; tous les instruments y soi.t déjà flgurés, comme aussi ils ont' été reproduits dans l'édition de 1564. J'aurai soin d'indiquer dans le texte ce qui appartient à chacune de ces éditions originales.
miracle de nature, attendu que les tumeursne viennent sinonauxlieuxoùil se peut fdirecxlension. D'auantagt^Galien liu . 5 . chap 8. de la composil ion des médicament selon les lieux , dit auoir esprouué en soy-mesme, lorsqu'il fut trauaillé d'une forte douleur de dent, que non seul 'ment le nerf et la membrane qui lie la dent estoit trauaillée de douleur, mais aussi la propre substance de la dent estoit douloureuse et agitéedephlegmon, et delamesme pulsation que les parties charneuses:
et dit qu'il tient cela pour chose esmerueillable, pour la grande dureté de la dent, comme la pulsation se peut faire pour la difficulté de l'extension ^.
La cause de la douleur des dents vient de cause antécédente , ou de primiliue : d'antécédente , comme heumer et defluxion chaude ou froide tombant sur iceiles , qui remplit Falueole, de façon qu'elle pousse la dent hors, qui fait qu'elles sont soutient auancées en dehors, tellement que le malade n'ose et neps^ut aucunement mascher dessus, pour l'extrême douleur qu'il sent, et la fluxion fait quelles sont relaschées, qui cause les faire branler : et si elles sont corrodées, creuses, etpertuisées iusques à la racine, lors que le malade boit sur tout quelque liqueur froide , il lui semble qu'on luy donne vn coup de poinçon dedans.
Les signes que la cause est chaude, c'est que la douleur est aiguë et poignante, comme si on niettoit des aiguilles dedans. On sent aussi vne grande pulsalion en sa racine, et aux temples : pareillement sera conneuë quand on applique remèdes froids, qui appaisent la douleur.
■ Ce paragraphe manque dans toutes les
éditions antérieures à celle de 15S5.
OPERATIONS
Les signes que la cause de la douleur est froide. c>st que le malade a grande pesanteur de teste, et ielte beaucoup de saline et d'iiumidités par la bouche, et la douleur s'appjîise par remèdes chauds. El en ces douleurs, ne faut que les barbiers et denlateurs (c'est-à-dire arracheurs de dents ) se hastent trop subit les arracher, sans le conseil de plus aduisés qu'ils ne sont quelquesfois.
Pour la cure il y a trois intentions:
La première est, ordonner le régime :
la seconde, purger la matière antécédente : la troisième , application de remèdes particuliers propres à seder ceste extrême douleur,
La première intention est ordonner le régime sus les six choses non naturelles.
La deuxième, est vacuer la matière antécédente , comme s'il est besoin qu'il soit saigné et purgé ' : aussi pour diuertir la Ouxion , on appliquera des ventouses derrière le col et sur les espaules : et si la matière est chaude, on appliquera sur la genciue à l'endroit de la douleur, des sangsupspour vacuerla maliereconiointe, etouurira-onles veines de dessous la langue : ce que i'ay fait par plusieurs fois, et sedé des douieurs extrêmes :
mais auparauant que les appliquer, ie faisois petites scarifications auec vn dechaussoir de dents.
La tierce intention sera accomplie en appliquant plusieurs remèdes contrarians à la cause de la douleur :
comme si la matière est chaude . il faut tenir en la bouche vin de grenade, auec eau de plantain, et vn peu
1 Dans l'édition de 1573, l'auteur ajoutait ici : on appellera pour le faire vn docte médecin. Cette phrase a été retranchée dès
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( de vinaigre boijilli auec roses et suj mach et fleurs de grenades. lifaulicy noter que les remèdes sédatifs de la douleur des dents , doiuent eslre de lénuc substance, à cause qu'elles sont fort dures .- et partant les anciens ont tousiours voulu mettre du vinaigre, parce qu'il est incisif et penetratif ' .
■ La question agitée dans ce chapitre était autrement traitée dans l'édition de 1561. En voici le texte littéral :
«Or ie ne veux encor' icy me taire que ie ne parie de certains remèdes propres et approuuez, pour seder la douleur des dents, laquelle est quelqucsfoissigrandeet extrême, que les patients courent les rues comme insensez et detenuz de rage. Et telle douleur est causée communément d'vne fluxion \ntuiteuseet très froide , de sorte qu'elle mortifie et corrompt les dents, les rendant noires, pourries et pertuisees iusques en leurs racines : de façon que le nerf, lequel s'insère en leur substance, est descouuert, et alors que le patient inspire l'air froit, ou boit et menge choses froides, sent vne extrême douleur. Et partant les remèdes qui s'ensuiuent sont propres à céder ladite douleur, à sçauoir, s'ils pcuuent pénétrer iusques au profond de leurs racines : partant si leur trou ou vemineurc (sans doute vermineure) n'est suflisammenl ouuert , et qu'il soit à costé de la dent, le faut accroistre auecques petites limes propres à ce faire, ainsi que tu vois par ces portraits. »
(Icivenaientdes figures de limes que je ne reproduis pas, attendu qu'on les retrouvera à l'une des pages suivantes. Puis l'auteur poursuivait : )
« Après auoir suffisamment amplifié et fait voye à la dent vermineuse, on mettra dans le trou huille de quinte-essence de clou de giroITle, muguette, rosmarin , sauge, ou leur semblable , auecques vn peu de coton.
» Autre remède. Prenez vnc gosse d'aulx , et la faites vn peu cuire sous les cendres chaudes, puis soit pelée et mise dedans le
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Autre.
Prenez Toseg rouges, sumach, orge, de chacun vue demie poignée.
Semence de iusquiame concassée, deux dragmes.
De tous les sandauls , de ciiacun vne
dragmc.
LaSctue, sommité de rooces, moreUe, plantain, de chacun demie poignée.
Le to«t sera bouilli en <iuatre U uros d'eau commune, et vn peu de vinaigre , iusques à ce que l'orge se creue.
Et d'icelU' décoction en sera tenue en la Louche vn peu tiède.
Aulre.
Prenez semence de iusquiame , sandaracha,
coriandre , opium , de chacun demie
dragrae.
Le teut pilé et incorporé auec vinaigre , et
€n soient formés irochisques.
Puis en soit apposé sur la dent dou-
lourettse.
Autre trocliisque.
Prewei semence de pourpié , de iusquiame, coriaiidTe, lentilles, escorce de sandal citrin, roses rouges, pyrethre, camphre, de chacun demie dragrae.
El soyenl bien pilées ensemble a«ec fort vinaigre , et soient formés trochisques.
Lors qu'on eu voudra vser, on en prendra vn ou deux auoc eau rose, et
trou de ladite dent, le plus chaut que l'on pourra : paTcillcment en sera mis dedans l'oreille , du co^té de la douleur.
> Autre remède. Prenez deux dragmes de racine de piretre conquassee , feuilles de sauge, rosmarin, de chacun vne piigille, trois figues grasses, cl ferez le tout bouillir en vn derai-septier de vin, iusques à la consomption de tout le vin : puis prendrez portion d'icelles figues, et l'appliquerez sur la dent douloureuse, le plus chaut qu'il sera possible : lequel remède fera ietter grande quantité de phlcgmes.
» Autre, Prenez gingembre, poiure, noix
en sera frottée la genciue, «ttenti en la bouche.
Autre remède.
Si les geiiciues s(tnl relaxées , faut que le malade se gargarise de choses
de muguelte , piretre de chacun demiedrachme conquassez, puis soient faits bouillir dans va pot, en vin et vinaigre, et ea roceucz la fumée à l'endroit de la dent douloureuse par vn entonnoir bien lulé, ainsi que tu as icy la Ogure.
Figure d'vn pot ci entonnoir, pour receuoir la vapeur et fumée.
» Et si par touls ces moyens la doulear persiste : à lors faut cautériser la dent auecques vn peu d'eau forte el eau de vie meslees ensemble, ou auecques vn peu de chaux viue, mistionnee auecq' miel rosal, ou vn grain de cautère polenliel, ou y appliquer vn petit cautère actuel , non vne seule fois, mais plusieurs. El si telles choses ne proflilent , faut venir à l'extrême remède , qui est de l'extraire et arracher. »
Il est remarquable que presque pas un dec
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froides et astringeiites, comme oxycrat, auquel on aura fait bouillir Doix de cyprès, myrtilles, et yn peu d'alum : et si la douleur ne cessoit, faut vser de narcotiques pour stupéfier le nerf.
Exemple.
^. Serainîs îusquia. alb. opij , camph. papaii. alb. ana q. s.
Coquantar cum sapa.
Et soit appliqué sur la dent. Pareillement sera mis dedans l'oreille ce qui s'ensuit.
2f. Opij , et castor, ana 3 j.
Mîsceantur cum olco rosat.
L'ouuerture de la veine qui est au derrière de l'oreille, sede la douleur ( chose par moy souuent expérimentée) : autres la font au milieu de l'oreille par dedans, au dessus du trou de l'ouye : aussi vn petit emplastre de poix et de mastic posé sur Fartere de la temple, du costé de la douleur.
Poiar seder la douleur de cause froide , prenez eau de vie meslée auec vne décoction faite de vin et vi-
remédes proposés par A. Paré en 1561 n'a été conservé par lui en 1573. Eu général, en 1561, il s'attachait surtout à mettre le remède dans la cavité de la dent, et il allait même jusqu'à la limer pour favoriser l'application. En 1573, il se contentait de placer le remède sur la dent , ou même d'en user comme gargarisme; et il réservait le limage et les cautérisations pour combattre l'éi osion et les vers, indépendamment de la douleur. J'ajouterai, en finissant, que l'appareil à fumigation figuré dans l'édition de 1561 , et retranché de cet endroit en 1573, n'a cependaiit pas été perdu pour cela ; seulement il a reçu une autre destination, et nous en retrouverons la figure au livre de la Génération , avec ce titre : ,
Porlrail d'vn pot pour receuoir les parfums au col da la malrce.
naigre,rosmarin, saug-e, pyrethre, et vn peu de theriaque , et soit posé sur la dent.
yiulye.
Prenez armoniac dissout en eau de vie , et un peu de sandaracha , de myrrhe, el soit appliqué sur la dent : chose louée et approuuée de Vigo.
^ulre.
Mesué dit que poursederla douleur, faut tenir des aulx piles en la main du costé de la douleur.
Autre.
Pour vne extrême douleur de dents que i'auois , vne petite bonne femme me conseilla y mettre dessus vne gosse d'ails vn peu cuitle sous les cendres, et la mettre la plus chaude que ie pourrois endurer : ce que ie feis , et tost après ma douleur fut cessée, tellement que depuis ie l'ay pratiqué en plusieurs , où l'on a veu vn effet merueilleux : aussi on eu mettra dedans l'oreille.
Autre, "if. Rad. pyret. 3 C .
Ment, et rnt. ana p. j.
Bulliant in aceto.
Et d icelle en sera tenu chaud en la bouche.
Autre.
Faites fumigation de graines de coloquintes, et de moutarde, et d'ails, receuë par entonnoir à la dent , du costé de la douleur : aussi ou mettra en l'oreille huile de castor, ou de girofle, ou autre tirée par quinte-essence.
Autre.
Soit fait parfum ou suffumigalion.
ainsi que s'ensuit.
If. Rad. pyret. gingib. cinamo. alum.roch. salis communis , nue. moscat. n«c. eupres. anis^. sem. sinap. eupltort>.
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De ces choses en sera pris et laite décoction en oxycrat, et à la fin sera adioiisté vn peu d'eau de vie , et on sera recoiië la vapeur ou fum»'e par vn entonnoir : aussi en sera fait gargarismes : d'auantage en sera mis vne goutte ou d(;ux dedans les oreilles auee vn peu de colon.
Autre.
Soit appliqué vn vesicatoire au dessous de l'oreille, à sçauoir, en la cauité où se conioint la mandibule inférieure, la douleur cesse : d'autant qu'en cesle partie il y a veine, artère et nerf, lesquels se distribuent aux racines des dents : et par la vesication on fait vacualion de l'humeur jaflué, •et de celuy qui découle, et partant la douleur s'appaise : ce que i ay fait plusieurs fois '.
Remèdes pour matière chaude.
On fera tenir en la bouche du malade du vin , auquel on aura fait boiiillir semence de iusquiame , ou mandragore.
D'auantage, prenez racines de tintimal, boulines en vin et vinaigre, et d'icelles qu'il en soit tenu en la bouche : ce remède est bien approuué.
Si la dent est peiluisée , et que le malade ne vueille permettre l'arracher pour appaiser vne extrême douleur : il n'y a rien plus asseuré que d'y appliquer choses caustiques , comme huile de vitriol , ou eau fort, ou le cautère actuid : car par ceste cauterisalion , on brusle le nerf, lequel estant bruslé n'a plus de sentiment , et n'en ayant plus , ne peut faire douleur 2.
■ » Ce moyen n'a été indiqué par l'auteur qu'en lô75.
2 Ce paragraphe a été ajoute en 7579; du reste , la cautérisation dans ce cas avait déjà
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Lors que les genciues et les ioues s'enflent au dehors, c'est bon signe :
car la douleur cesse, à cause queXaliue a poussé fhumeur du dedans au dehors.
Et si on veut faire tomber la dent •par pièces, faut prendre lait de tintimal et poudre d'encens incorporés auec vn peu de fleur d'amidon , en faire paste, et en soit enueloppée la dent, sans toucher aux autres.