‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 293 sur 511 · DE PLVSIKVRS INDISPOSITIONS QVI AD- VIENNENT AVX DENTS · texte numérisé non relu

DE PLVSIKVRS INDISPOSITIONS QVI AD- VIENNENT AVX DENTS

il y a autres vices et accidens qui aduiennent aux dents, à sçauoir quand elles sont relaxées, et quelles branlent : dauantage, pourriture, corruption , pertuisement , et des vers engendrés , en icelles , congélation et autres.

Les dents branlent pour la relaxation des genciues , qui se fait de cause primitiue , comme cheute ou coup :

et aussi par cause an tecedente, comme fluxion qui descend du cerneau : ou par certaines vapeurs esleuées de l'estomach , et quelquesfois par faute de nourrissement, ce qu'on voit aux vieilles gens : pareillement par corrosion de certain humeur acre qui tombe aux genciues.

Or le branlement qui vient par

été recommandée, bien qu'avec moins de détails, par Guy de Chauliao.

1 Ce chapitre faisait partie du précédent dans l'édition de 1573 , et n'en était pas séparé par un simple alinéa ni par une note marginale. Comme il comprend des matières fort diverses, j'ai cru devoir intercaler dans le texte les notes marginales qui servaient d'indication pour chaque sujet.

OPKHATIOIVS l)K CHIHVRGIi:.

seicheresse et défaut (raliment est pernicieux , comme tesmoigne Hippocrates ' en l'aplior. 240, aux Coacques , et iamais ne se cure: mais les autres seront aidés par choses contraires.

Et premièrement le malade euitera de mascher choses dures et de trop parler. Si le branlement vient par coups ou cheutes, et si elles sont aucunement hors de leur place , le chirurgien les réduira et les liera aux autres proches qui sont fermes et entières , et ne les doit-on acheuer d'arracher : car elles se peuuent r'aDfermir et tenir fermement en leurs alueoles.

Ce que i'ay encores depuis n'agueres fait à vn Tni<^n voisin et amy, nommé Anthoine de la Rue , maistre tailleur d'habits , demeurant au bout du pont saint Michel : lequel receul un coup de pommeau de dague sus la mandibule inférieure, tellement qu'elle fut entièrement fracturée, et trois dents mises et renuersées en la bouche, et presque du tout hors de leurs alueoles : toutesfois la fracture de la mandibule fut réduite, et les dents remises en leurs places, liées et attachées auec vn fil en double, ciré, auec les prochaines. le luy ordonnay viandes qu'il ne ffilloit mascher , comme pressis , coulis , orge-mondé , panade , gelée , ius d'éclanche de mouton, et autres semblables : aussi lauemens et gargarisraes astringens , et autres choses nécessaires à la fracture : et ainsy fut guari , de façon qu'auiourd'huy masche autant bien dessus lesdites dents qu'il lit iamais.

Partant le ieune Chirurgien fera le

' Le lextccstle même dans loulcs les éditions ; seulement la cilalion d'ilippocratc n'a tHé intercalée ici qu'en 15So.

ir.

semblable lorsqu'il se trouucraà l'endroit. Or posons le fait qu'il y eust vne dent mise du tout hors de sa place par quelque coup , ou par limperitie de l'arracheur de dents, ou du malade qui lui en auroit fait tirer vne bonne pour vne mauuuaise , on la doit promptement remettre en sa place , et la bien lier auecques les autres proches , et par ce moyen elle peut reprendre.

Un homme digne d'estre creu , m'a affirmé qu'vne princesse ayant fait arracher vne dent, s'en fît remettre subit vne autre d'vne sienne damoiselle, laquelle se reprint : et quelque temps après maschoit dessus comme sus celle qu'elle auoit fait arracher auparauant. Cela ay-ic ouy dire, mais ie ne I'ay pas veu : et s'il est vray , il peut bien estre.

Si le branlement vient par rheume distillant du cerneau, ou par vapeurs esleuées de Festomach , on y renie diera par leurs contraires : et aussi par gargarismes et opiales faites de choses astringentes , comme berberis, sumach, nue. cupressi, alum. rochœ , ccntinod. equi^eti , .succi acaciœ , et leurs semblables. D'auantage le malade tiendra souuent en sa bouche vn peu d'alum de roche , le tournant tantost d'vn costé, tantost de l'autre.

De la pounilurc , érosion et perlulsement des dents, et des vers trouués en la racine d'icelles.

l/erosion se fait par vn humeur aigu et acre , qui les corrode et {)ertuise, voire souuent iusques en leurs racines. Pour corriger ceste pourriture ( après auoir fait les choses vniuerselles) on appliquera dedans le trou huile de vitriol, ou eau forte, ou vn petit cautère actuel, selon qu'il

sera nécessaire ' : et s'il csl besoin (de peur qu'on touche à atilre partie qu'au lieu qu'on veut cautériser ) on mettra lesdits cautères auecqiies vne canule , à fin de corriger la pourriture et érosion 2,

Or si le pertuis cstoit entre les dents , comme souuenl aduient , de sorte qu'on ne peust apjjliquer nulle des choses susdites , on limera entre la dent saine et celle qui est pertuisée, tant qu'il sera besoin.

On lime pareillement les dents quand elles poussent oullre les autres, et font desplaisir à mascher, et à la personne , comme Ion voit aux sourdents. Or cela est esmerueillable,

' L'édition de 1573 dit : 0:1 tn petit cautère actuel comme ta vois par ceste figure :

LK (IWINZIEMIÙ LlVllE

fO-

Ce cautère a\aildijà clé Jlguié , comme il a été dit, dans les Dix tiares de Oiirunjiv, {)our la même indication en vue de laquelle il a été rappoil»' au chapitre (j de ce livre. Voyez ci-devant page 421.

^ L'édition de 1673 ajoute ici : et faire mourir les vers.

quand les dents ne sentent pas quand on h^s lime ou brusle, et pour occasion plus légère sentent douleur , .tiiisi quon voit quelques vns auoir douleur aux dents , subit qu'ils entendent h' son et bruit d'vne lime raclant sur quelque fer assez rudement. Aretée dit que Dieu seul en sçait la cause '.

Figure des limes à limer les dents.

Et pour retourner à nostre propos, sera faite quuerture telle qu'il sera nécessaire pour appliquer les choses susdites, et prendra-on plus sus celle qui est erodée que sus la saine. Et pour faire mourir les vers , faut appliquer quelques choses caustiques , aussi pyretre destrempé en vinaigre , ou theriaque dissout en mesme liqueur: seront aussi appliqut^s ails, ou oignons, ou vn peu d'aloés.

• Ce paragraphe manque dans les éditions antérieures à 1585.

OPERATIOJNS DE CHrRVRGlE.

De la stupeur, congélation ou endormissement des dents.

La congelaiîon vient pour trop vser (les viandes aigres, ou par aucunes vapeurs miîuuaises qui montent de Festomach on haut, ou pour quelque defluxîon froide tombante du cerueau dessus les dents, ou pour auoir tenu en la bouche choses troj) froides et narcotiques.

Pour la cure : les choses uniuerselles faites, il faut tenir eau de vie ou de bon vin , auquel on aura fait bouillir sauge , rosmarin , et autres semblables herbes, doux de girofle, (!t noix muguettes : de laquelle décoction en sera tenu en la bouche.

De 'a manière d'arracher et rompre left dents.

Les dents s'arrachent pour l'extrême rage de douleur qu'on y sent, ou pource qu'elles sont creuses ou j)ourries, qui fait que l'haleine est rendue de mauuaise odeur , et aussi qu'icelle pourriture gaste et altère les autres dents qui sont saines et entières. D'auantage on les arrache quand elles sont forjettées hors de leur rang, qu'on appelle sowrdenf S qui viennent aux enlans deuanl que la première soit tombée. Alors il faudra déchausser celle qui deuoit tomber, puis l'arracher , et tous les iours pousser la sourdent auec les doigts en la place de celle qui aura esté arrachée , iusques à ce qu'elle soit en son lieu naturel.

On les rompt aussi à cause qu'elles tiennent par trop, à fin d'instiller quelque chose en leurs racines , ou les cautériser plus aisément , à fin

' Le paragraphe se terminait ici dans les pvcnùères èdilions ; ce qui suit date seulement de 1586.

doster le sentiment au nerf qiii s'insère en leurs racines.

Les dents ne doiuent estre arrachées Ipar grande violence , de peiir de luxer et démettre la mandibule inférieure ' , ioint que par l'extraction violente on fait grande concussion au cerueau et aux yeux. Aussi se faut donner garde de tirer vne bonne pour la mauuaise : car sonnent mesme le malade ne la sçait discerner, à cause qu'il sent vne si extrême douleur en toute la mandibule , qu'il ne peut connoistre celle qui est viciée d'entre les autres. On ne les doit arracher tout à coup, de peur de rompre et emporter vne partie de la mandibule (ce que i'ay veu par plusieurs fois) dont peuuent suruenir de bien grands accidens, comme fîéure, aposleme , tlux de sang, et par conséquent la mort : et aussi que quelques vus sont demeurés à iamais ayans la bouche torse, ne la pouuant que bien peu ouurir : et partant on se doit garder de les arracher par violence, principalement Iprs qu'elles ne branlent aucunement. Et d'auantage , si elles sont creuses, on doit remplir le pertuis de liège ou de plomb bien accommodé , de peur qu'en les serrant elles ne soient froissées et rompues, et que les racines demeurent.

Page 1