CHAPITRE XXVm
LES INSTRVWENS PROPRES POVIl ARRA- CHER ET ROMPRE LES UEMS ".
Premièrement, deuant qu'arracher
» lA^dilion de ittTi ajoutait, fort inutilement à la vérité: {ci non la ittpci-icurc).
« Ce chapitre e^t le 79' de l'édition de
les dents , il faut que le malade soit assis bas, ayant la teste entre les ianibes du dentateur : puis qu'il les déchausse profondément d'alentour de leurs alueolesi, auec dechaussoirs que tu as icy fiaurés p;îr A : et après les auoir déchaussées , si on voit qu'elles tiennent peu, seront poussées et iettées Lors auec vn poussoir , duquel tu as icy la figure marquée par B.
Fiijurc (Vvn poussoir el dcchaufxoii-i.
LE OVIiVZIli.ME HVRF,,
qués par CC , et cesluy par E, selon que le dentateur se sera exercé à tirer des dénis: car véritablement il faut estre bien industrieux à l'vsage des policans, à cause que si on ne s'en sçait bien aider, on ne peut faillira ictler trois dents hors la bouche , et laisser la mauuaise et gastée dedans.
J'iiiurc d'vn duuicC cl policnn.
Aussi si on coniioisl que la dont ne puisse estre arracliée par le poussoir -, on prendra vn dnuiet qui l'est marqué par D , lequel est propre à rompre la dent qu'on veut quasser : ou bien on s'aidera dos policans niar-
' L'édilion de lôGl est plus cxplifilo ciicoie; après avoir dit quand il faut eu \ciiir à l'cxlractioii voyez la noie de la page 440;, elle ajoute :
JÙ pour plus cowmodcmriil faire, faut coupper el déchausser la cluilr d'autour la (lenciue el alucok, qui se fera auecques descliuussoirs, puis les pousser hors de la viandilndc auecques vu poussoir, lesquels tt vois par cesle Injure.
-Ici, coinine ou le voit. Taré ciamine
Fiijure d'auire polieaw
avant tout si laderit lient beaucoup ou peu ; dans l'édition de ).")() I , il coninienrait dans tous les cas par essayer le poussoir ^ voyez la note précédente) :
Ia si par tel moyen ne peus accomplir ion intention, ajoutait-il, rscras d'uuircs insirumeuis Homi;u: policants el dauiet , comme tu vois par cesle Jiijure.
'Cet instrument était représenté daii>
OPERATIONS Dli CIIIRVIICFE,
Qu'il soit viay, ie veux icy reciter vue histoire d'vn maistre barbier demeurant à Orléans, nommé maistre François Loiiis, lequel auoit pardessus tous l'honneur de bien arracher vne dent, de façon que tous les samedis , plusieurs païsans ayans mal aux
l'cdilion de 1601 avec ce titre ambitieux:
ylulrc polican de plus grand industrie el force que les prccedcnls.
Du reste, tous ces instruments avaient déjà été figurés d'abord dans celle édition de 1501, puis reproduits dans les Dix livres de Cliirurij:c an 1504, puis dans l'édition de i.>7:}, et cnfln dans les œu\res complètes. Les poussoirs, les déchaussoirs, les daviers avaient été assez bien indiqués par les auteurs antérieurs , et notamment par Guy de (".liauliac, mais les pélicans sont d'invention plus moderne ;el le nom de l'inventeur m'est resté absolument inconnu.
Voyons seulement par quelles transformalions ont passé ces noms étranges de davier et de pélican, ainsi que nous avons fait pour le mot de bistouri (v. t. \, p. ).
I.a première mention du i)ér!can se trouve ilnncdans le Traité ^/cv Pluyes de lu lesie.L'auliMir, ainsi qu'on l'a vu dans les noies précédentes, y parle d'abord «Ici» desehnnssoirs et du poiiMiir, et je remarquerai (|ue ce poussoir, destiné à renverser les dents entières, est le même instrument que le pied-de-bicUe des modernes , employé si mal à propos pour l'exlraclion des racines, et, dans tous les cas, si mal construit pour l'un el l'autre usage. Après quoi il en vient aux deux inslrutnenls qu'il nomme alors i'o//fai(/,sel dauiet. 1! semble cependant retrancher le / du mot poUiau au sinfiulier, mais c'est probablement une iaule d'impression; car, en 1505, il répé'.ail nncovcpolicaiilzel duuiel pour rompre et arracher /ci rfc'Hrv. Mais, en 1574, il ôta définilivement le / du mol polieau, première modilicalion de l'orthographe primitive. Dès loTd, Dalechamps avait écrit pollican el peliv.iu. Ce que les Grecs nomnenl i'iov: xypa.-j , dit-il , est appelle par ceux qui uuiourdliuy font expresse prufetsioii d'arrariicr cl acciusircr les d nis.
dents venoient vers luy pour les faire arracher : ce qu'il faisait fort dextrement auec vn polican , et lors qu'il en auoit fait, le iettoit sus vn ais en sa boutique. Or auoit-il vn seruiteur nouueau , Picard , grand et fort, qui desiroit tirer les dents à la mode
Daniel et PelUcan. Il avait emprunté à Paré les figures de ces instruments, tout en donnant une autre orthographe. Plus tard, Isaac Joubcrt, dans son Inlerprc talion des dictions chirurgicales de Gnij , écrivait polican ou pélican. Plus tard encore, Guillemeau accrut l'embarras, en écrivant : Le poiiicamp, dit en latin policampus. Je ne sais où il avait été prendre ce latin barbare, que l'on ne trouve ni dans Blancard ni dans Castelli ; le traducteur latin de Paré ne le connaissait pas davantage , et s'était servi d'une périphrase: forceps dentarius, qu'il appliquait à la fois au pélican et au daviet. Sur la fin du wir siècle, Lavauguyon disait encore polican, mais Dionis adopta pélican, et ce dernier mot est le seul resté dans le langage moderne.
Quant au mot de dauiet, nous savons un peu mieux son origine. Les (enai7/e«, dit Isaac .loubert , que M. Guij dit cslre semblables à celles dont on relie tonnneaux , sont le mesine dauiel ou dauiel , que les tonneliers appellent daitid.
Ainsi \(i daviet oii daviel signiliait un petit david. Je ne vois |)as pourtant que le mot daviel ait clé employé par d'autres que Joubcrt. Quant à celui de daviet , Paré le conserva dans toutes les éditions qu'il revit luimême , et c'est pourquoi je l'ai conservé ; mais la première édition posthume adopta déjà celui de davier. Guillemeau orthographiait dauiel dans son texte, et laissait imprimer dauicr à sa table. Mais ce dernier l'emporta définitivement; il fut préféré par Dionis et Lavauguyon, et depuis lors il est toujours resté en usage.
Le pélican est bien évidemment d'origine française ; el il a été adopté avec son nom original par presque foules les nations de l'Europe. Quant au davier, il remonte beau coup plus haut, et ne porle ce nom moderne {[n'en fram.ais.
4^4 I r QVINZIÉME LIVRE ,
de son maistre. Arriue , copendant que ledit François Loiiis disnoit , vn viilageijis, requérant qu'on luy ariacliyst vne dent. Ce; Picard print l'instrument de. son maistre, et s'essaya faire comme luy : mais en lieu d'oster la mauuaise dent au panure villa- {îcois, luy en poussa. et arracha trois bonnes. Et sentant une douleur extrême,et voyant trois dents hors de sa bouche , commença à crier contre le Picard : lequel pour le faire taire luy dit, qu'il ne dist mot, et qu'il ne criast si haut, attendu que si le maistre venoit , il luy feroit payer trois dents pour vne. Donc le maistre, oyant tel bruit , sortit liors de table pour sçauoir la cause et raison de leur noise et contestation : mais le pamire païsan redoutant les menaces du Picard, et encor, après auoir enduré telle douhîur, qu'on ne luy list payer triplement la peine dudit Picard, se teut, n'osant déclarer audit maistre ce beau vhef-d'œuure : et ainsi le paume badaut de village s'en alla quitte, et pour vne dent qu'il pensoit faire arracher , en remporta trois en sa bourse, et celle qui luy causoil le mal y'iï sa bouelie.
' Parlant ié conseille à ceux qui voudront faire arracher les dents, qu'ils aillent aux vieux deulateurs, et non aux icunes , qui n'auront eiuore recpnueu leurs fautes.
Oy après qu'op aura arraché les dents, il faut as.se/ laisser saiiïner le malade, à lin que par ce moyen la partie en soit deschargée : puis le denlateur de ses doijrts comprimera, à l'endroit de la ijenciue, le lieu duquel l'on aura arraché la deni , tant d'vn costé que d'autre, à lin de rc'duire et .rassembler l'alueole qui aura esté eslarjïi , et quelquesfois rom]»u en tirant la dent : et après on fera laiier
la bouche au malade auec oxycrat ' :
et si c'est en temps froid , g-ardera de s'exposer au vent, de peur qu'il ne se face vne nouuelle Ouxion sur les autres dents -.