‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 315 sur 511 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

DI". LA MANIERE d'EXïKAIRE LES PIERRES AVX HOMMES, QV'ON APPELLE LE GRAND ET IIAVT APPAREIL *.

Auparauant rexlraclion de la pierre, le patient doit estre bien purgé et saigné , s'il en est besoin , et ne

LE QVINZIÉME LIVRE,

faire l'opération le lendemain qu'il aura pris médecine : pource que tout le corps en est encore esmeu. D'auantage on pourra fomenter les parties pudibondes de choses qui humectent et relaxent , à fin que la pierre soit mieux tirée.

11 faut situer le patient sur vnè table ferme , les reins sur vn coussin, et sous les fesses vn drap en plusieurs doubles, et qu'il soit à demy renuer-

Irop volumineuses, cl figure à cet cfTet des tenailles tranchantes de son invention.

4" l'âge 13,) , il raconte son opération de taille hypogastrique, dont il est également l'inventeur, et dont l'opinion commune est qu'il a en même temps prononcé la procription. Or, il n'en est lias ainsi, et .en lisant attentivement le texte , on arrive à ce résultat, que Franco recommande la litliotritie pour les pierres trop grosses; qu'avant de l'avoir imaginée , il était obligé de laisser ses opérations imparfaites; qu'une fois cependant il eut l'audace et le génie, après une incision périnéale inutile, de faire une incision hypogastrique, ce qui faisait deux opérations sur le même sujet. Or c'est cela qu'il ne veut pas qu'on fasse, attendu qu'avec la lilbotritie l'incision périnéale sullira toujours : çombitii que ic ne conseille à personne d'ainsi faire •' ainsi pluslosl vser du moyen par nom inuenlé.

6° Page 145 et suivantes, il décrit le fondamental de son invention pour saisir la pierre à la manière d'une anse, et l'attirer plus aisément au-dehors.

(i» Page 147, il décrit le vesicnl à quatre Inventé par un sien cousin , et par lui perfectionné, espèce de pince à quatre brandies destinée à saisir la pierre comme les lilholabes de la lithotritie moderne.

70 Page 151 , il propose directement une véritable taille bilatérale, à l'aide d'un litbolonic double, analogue à celui de Dupuy- Ircn. Je dois dire seulement que cet instrupient avait déjà élé décrit et liguré par Guy de Chauliac 'jour le débridcment des plaies. Lt cuiiu.paj/e 155, il ajoute à tous ces procédés la de&criplLoQ du grand appareil qu'il

a extrait, dit-il, d'vn docteur appelé Mariant Sa)tcti liaroliiani. C'est là que Paré a repris le texte et les ligures , et nous aurons dans les notes suivantes à examiner à la fois la description originale de iMarianus Sanctus, la première copie de Franco, et la deuxième copie de Paré.

' C'est à ce chapitre que commence l'exposition du grand appareil, décrit pour la première fois par Marianus Sanctus ; et le Libellns anrcus de celui-ci est assez célèbre pour que nous indiquions, chemin faisant, comment il est écrit.

On trouve d'abord une lettre de Marianus à Jean Antracino, une réponse de celui-ci , une dédicace à l'archevêque Caraffa , et une préface ou procmiam. Après quoi commence l'ouvrage divisé en 23 chapitres.

Le premier chapitre e^t consacré à exposer l'ordre que l'auteur veut suivre. Il est cependant terminé par quelques mots, sur l'utilité d'une purgalion avant l'opération, pour évacuer la bile.

Le deuxième traite de l'anatomie de la vessie; il n'y a pas une idée.

Le troisième s'occupe du temps d'élection. L'auteur démontre très longuement que l'astronomie est essentielle au médecin ; le tout pour appuyer cette proposilioa: qu'il faut choisir la saison conforme à la complexion de la vessie , qui est froide et sèche ; c'est-à-dire, en première ligne l'automne; en second lieu le printemps. Il faut éviter par-dessus tout la quadrature ou l'opposition de Saturne et de Mars avec la Lune.

Le quatrième chapitre entame la description des instruments, et s'occupe d'abord delà Sonde exploratrice, fistula seu iiringa (entaiiua ;

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

se, les cuisses pliées, et les talons vers les fesses : et luy faut lier les pieds près les chenilles aucc vne bande forte et large de trois doigts , la passant par derrière le col deux ou trois fois : etd'icelle seront liées les mains contre ses genoiiils , ainsi que tu vois par ceste figure».

elle ne dlfl'ère de celles que nous avons représentées ci-devant page 404 , que par l'adjonction de deux ailes au pavillon.

Les dix chapitres suivants achèvent de décrire l'appareil instrumcnlal, et c'est au 15' seulement que l'auteur traite de la position à donner au malade, tandis que c'est par là que débute A. Paré.

' Le commencement de ce «iiapitre est extrait presque entièrement du chapitre 'ii de Franco, page 121. Je noterai cependant que Franco recommande de lier les mains , sur le carptis ou sur la malléole du pied, et qu'ainsi il ne demande que deux forts hommes pour tenir le patient , au lieu de quatre.

Probablement Paré avait suivi en ce point les indications de Laurent Colot , bien que sa description soit fort loin d être claire. Marianusa oublié de dire ce qu'il faut faire des mains du malade. Dans son li" chapitre, il recommande d'uitactter la table à la muraille avec des clous , et d'y placer le lit , de telle sorte que le patient, regardé du côté où est l'opérateur , y paraisse plutôt assis que couché. La ligature estdécriteau chapitre 16:

« Que l'on prenne pour faire cette ligature deux bandes égales , de la longueur de IG palmes , attachées l'une à l'autre par le milieu de leur longueur; cette portion moyenne sera appliquée sur le cou du patient, et un aide les y maintiendra fixes d'un côté, tandis que de l'autre côté le maître commencera la ligature. Il prendra donc les deux chefs de la première bande, qu'il conduira, l'un par devant la poitrine, l'autre par derrière, les rapprochera sous l'aisselle , et les réunira en les tordant en guise de corde ; et descendra ainsi en les entrecroisant toujours jusqu'à la région du coude; il liera ensuite la jambe près du

La Jifjiire d'vn homme situé comme il faut qnund on huj veut extraire la pierre de la vessie =.

Estant le patient ainsi lié , faut auoir quatre hommes forts, non craintifs ny timides , à srauoir , deux pour luy tenir les bras , et les deux autres qui luy tiendront d'vne main vn genoïiil et de l'autre le pied: si bien et dextrement qu'il ne pourra remuer les iambes ny hausser les fesses, mais demeurera stable et immobile, à fin que i'œuure soit mieux faite.

Estant le patient ainsi situé, faut auoir vne sonde d'argent ou de fer ,

jarret, de la même manière, descendra jusqu'auprès du talon, croisera les deux chefs sur le cou-de-pi€d, en entourant deux fois le pied lui-même; reviendra les croiser sur le cou-de-pied, et les assujettira en ce point par un nœud, ou remontera jusqu'au mollet , si la bande est assez longue, il en fera ensuite autant de l'autre côté, et complétera ainsi la ligature. »

Cela n'est pas non plussuffisamment clair, sans doute parce que cela n'est pas suffisamment exact.

» A. Paré a corrigé l'inexaclilude de cette ligure par la note marginale suivante :

Il faut que le malade soit situé les fesses plus près du bout et extrennté de la table.

LE QVINZIÉME tiVKË ,

ouueile au dehors , (;t assez larj,'^e , à fin que le tranchant du rasoir puisse entrer librement dans sa cauilé pour guider la main d(; linciseur. La figure est telle».

' Avant d'en venir à l'opération , Marianus a un cliapilrc de medici piœparalione , qui a trop d'intérêt relativement à l'histoire de l'art au xvr siècle, pour que nous le passions sous silence. Le voici donc en entier.

De la préparation du médecin.

• Avant que de passer à l'incision , nous disons que le médecin doit disposer en ordre tous les instruments que nous venons de décrire, afin que quand il en demandera un, un aide un peu inlellisenl ne lui en présente pas un autre ; ce qui ne l'embarrasserait pas peu dans l'opération. C'est pourquoi pour éviter toute perte de temps, nous exposerons comme il doit s'arranger avec ses instruments,

u Le lit étant donc préparé, et le malade couché, avant d'appliquer les bandes (jui tourmentent déjà le patient, l'opérateur doit se munir de ses instruments en secret et à la dérobée , pour ne pas causer par le déploiement de l'appareil un surcroît d'épouvante. Il mettra donc tous les instruments en argent entre les manches de l'habit et la chemise [inier luiiicw et diuploidis municua), dans l'ordre où nous les avons décrits, la sonde d'abord et ensuite les autres jusqu'au dilatatoire. Quant à celuici dont les bras écartés tiendraient trop de place, il lecacheradans un étui de cuir [itt ca- Ihjis) attaché sur l'ombilic; un peu au-dessous seront placées les tenailles; et en dernier lieu les latéraux, à cause de l'affinité qu'ils ont avec les tenailles. Ceci a un autre but , c'e^t de récliaulVer un peu ces instruments , de peur que le froid du métal ne blesse la vessie , attendu que le froid est ennemi non seulement des os, des dents, des nerfs et de la moelle . mais encore est capable d'amener la destruction du corps humain. Tous les instruments étant ainsi cachés , il doit encore recouvrir ses deux manches d'une petite compresse , tant pour

Sonde ouuerte en sa partie exiericttrcK

Le chirurgien la passera ointe d'huile en la v<Mge iusques à la vessie, puis la tournera vn peu vers le costé fenestre2,ct le serviteur situé à la

que le patient ne vienne pas par un regard de coté à apercevoir ce qu'elles cachent , que pour éviter d'être sali par le sang. C'est ainsi que le maître doit se préparer, afin que l'opération se fasse plus rapidement. »

Les instruments que Marianns veut ainsi cacher dans les manches , étaient la sonde, l'explorateur, les deux conducteurs et le bouton. Comme il ne parle plus que des instruments en argent, le cathéter ou itinéraire , le rasoir et le cochléar étaient sans doute confiés aux aides. Quantaux latéraux, je dois avertir que le texte est fort obscur ; lé voici : Ibidcmque Forceps occuUcndus est , quem idtirno propier afftnilalein quum seciim duo Latera coutruxeruiit , in liiijns iiiodi extralione commode subseqiictnr. J'ai traduit comme s'il y avait siibscqnentur.

> Le cathéter de iMarianus, exactement copié par Franco , oflrc une courbure plus forte que celui-ci.

^L'édition de 1564, suivie encore par celle de 157Ô, disait: vers le costé droit. Le changement du texte a eu lieu en 1671).

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

main dextre, alors esleuera de sa main senestre les testicules en haut vers le costé dexire : cela fait , le chirurgien fera l'incision sur la sonde , à costé senestre , euitant la cousture du perineum , et pareillement ne la fera trop près du siège ». Or l'incommodité

' Marianus ne procède pas aussi vite que Paré. Après avoirarmé son opérateur comme on l'a vu dans les notes i)récédenles, il veut que l'on examine l'urine du malade , afin de conjecturer la nature de la pierre : l'urine sanguinolente annonce une pierre rugueuse ou épineuse; l'urine laiteuse et trouble indique une pierre lisse et polie. Ensuite il faut introduire la sonde exploratrice pour reconnaître la pierre , et , si inpénueur n'csi stupide ou de plomb , pour apprécier son volume, et y conformer l'ouverture du dilataloire. Enfin , toutes les jjrécautions bien prises, le médecin dispose ses aides au nombre de trois: l'un, de sa main gauche passée par-dessus la cuisse , embrassera les testicules, et les relèvera en haut vers le pubis ; et de la main droite, les doigts rapprochés et égalisés, il tendra la peau vers le côté de la fesse gauche, pour attirer le raphé de ce côté, et faire que l'incision ne tombe pas sur le raphé, ce qui serait mauvais : en effet, l'expérience a fait voir que l'incision pratiquée sur ce point serait mortelle. Des deux autres aides, l'un maintient le pied gauche du malade, et l'autre le pied droit.

« Les choses étant ainsi , l'opérateur s'agenouille en face des parlies honteuses du malade , commence par raser les poils entre l'anus et les couillons ; puis il examine soigneusement où l'incision devra se faire; car cet examen mal fait entraînerait deux dangers , d'une part un écoulement involontaire d'urine , si l'on intéressait l'orifice des muscles qui ferment la vessie ; ensuite un péril de mort peut-être , si l'incision était portée trop bas près de l'anus, à cause de la iésioii des veines hémorroidales qui verseraient beaucoup de sang, et aussi parce que l'action du dilatatoire s'étendrait trop vers la partie membraneuse de la vessie. C'est pourquoi , et pour n'avoir rien

qui pourroit venir pour la faire sur la cousture, ce seroit que la playe ne pourroit estre après si bien reunie ny consolidée pour la callosité d'icelle cousture , et qu'elle est exangue, et que l'vrine passe par dessus, qui puis après llueroit perpétuellement par

de pareil à craindre, nous désignerons le lieu lui-même , entre l'anus et l'extrémité de l'os femoris, qu'on appelle aussi le milieu des deux extrémités, »

( Il est essentiel de s'arrêter ici , pour remarquer que ios femoris , dans le langage de Marianus , signifie l'os iliaque ; et que le milieu des deux exirémiiés de ces os indique manifestement la symphyse pubienne. Ceci bien entendu , je continue. )

« Le lieu ainsi désigné , l'opérateur se relève, et de sa main gauche, ou s'il estgaucher de la main droite , il saisit la verge ; de son autre main il introduit l'Uinéraire dans le canal ; et dirigeant son extrémité vers l'ombilic ( ei complicando instrumentum versus umbilicum) , il le fera pénétrer jusque dans la cavité de la vessie. Embrassant alors la verge avec la main gauche, il la ramènera vers soi; puis avec le doigt auriculaire [sic) de la main droite, il palpera à diverses reprises le point désigné pour l'incision sur l'itinéraire; pour cela il faut que le périnée soit tendu, et s'il ne l'était pas, on appuierait de la main gauche sur l'itinéraire, pour obtenir la tension désirée. Et enfin d'un seul coup, à droite s'il est droitier , à gauche s'il est gaucher, il fera une incision longitudinale; en effet cette incision suivant la direction des fibres, des muscles, et des rides de la peau , en rendra la consolidation plus facile. C'est pourquoi je ne puis retenir mon étonnement de voir le» autres écrivains, et toi surtout, Cornélius Celse, recommanderde faire l'incision selon la largeur des fibres et des plis de la peau , et tomber ainsi directement dans l'inconvénient qu'ils voulaient éviter. N'est-il pas hors de toute espèce de doute qu'après une telle incision , soit que le malade repose les membres étendus, soit qu'il afîecte toute autre position, le simple rapprochement des

48îi I.E QVïNZIÉME LIVRE ,

la playe. L'autre incommodité qui pourroit aussi venir, faisant l'incision trop près du sicfi^e , scroit que Ton pourroit en tirant la pierre , rompre quelque rameau des veines hemorrhoides.quicauseroitvn flux de sang qui mal aisément en ceslc partie est estancLé : dont aucuns par telle faute ont perdu la vie. Pareillement il y auroit encore danger en tirant la pierre, qu'on dilacerast grandement le muscle sphincter, et le corps de la vessie '. Parquoy l'incision se fera deux doigts près le siège, et selon le long des filaments, à fin que puis après elle se reprenne mieux et plustost. Ladite incision, faite du rasoir, doit estre seulement de la grandeur d'vn pouce :

jambes écarte notablement les lèvres de la I»laie? ce qui en cas pareil, ol à raison du suintement très fréquent de l'urine, favoriserait éuiineraraent la formation d'une fistule. Au contraire en incisant selon la longueur des libres et la direction des rides , ce serait une cbose admirable que la promptitude de la consolidation , les lèvres de la plaie demeurant accolées. Donc pour ne pas tomber dans l'erreur signalée, que l'incision soit faite suivant la longueur, et que l'on presse sur le rasoir jusqu'à ce que l'opérateur le sente logé dans la gouttière creusée sur la convexité de l'itinéraire , et que là même il le fasse couper un peu, de manière à diviser la paroi intérieure du canal. La longueur de l'incision doit être de la largeur de l'ongle du pouce , ou un peu plus. » 1 Franco craint aussi la non-réunion d'une plaie qui léserait la commissure mais de plus il a peur qu'elle n'amène des coniad'iiom el iuilammaiion.s. Quant à la recommandation de ne point trop s'approcher du siège, Paré a suivi en cet endroit les idées de Marianiis Sanctus; Franco avait bien posé lo même précepte ■ mais non point par celte crainte futile de la lésion d'une veine bémorroidale , et seulement en vue du danger réel d'alteindte le rectum . Ouvrage cité , p. 12-j et i^i.

pourcc qu'on l'augmente puis après par vn bec de corbin et par le dilataloire, et raesmcment par la pierre lors qu'on la tire. La raison pourquoy on fyit la playe au commencement si petite, c'est pource que ce qui est coupé ne se reunit si bien ny en brief temps que ce qui est dilaceré et deschiré '. Car la dilaceration se fait selon la rectitude et longitude des fibres nerueux.

Doncques après auoirfait l'incision sur la sonde auec le rasoir tranchant des deux costés,tu mettras dans la playe l'vne de ces verges d'argent, appelées conducteurs ( pource qu'ils seruent de guide aux autres inslrumens que Ton veut introduire en la vessie) laquelle en son extrémité a vue petite eminence et rondeur, qui s insère et entre dans la cauité de la sonde descrite cy deuant 2. Ladite verge est marquée AA. Puis en faut couler vne

* Ainsi qu'on l'a vu dans la note précédente , 3Iarianus recommande aussi une petite incision , et Franco suit le même précepte; mais Paré est le seul qui en ail donné une raison aussi mal fondée. J'ai entendu des cbirurgiens de notre temps reproduire cette idée de Paré , et professer que les déchirures guérissent plus vite que les incisions. On ne saurait s'élever trop fortement contre une assertion aussi dangereuse qu'elle est mal fondée.

- Paré oublie ici un des temps de l'opération de 31arianus. Après l'incision faite , l'opérateur « fait tenir à quelqu'un le rasoir dans la plaie même , tandis qu'il prend l'explorateur qu'il introduit dans la gouttière de l'itinéraire, en le glissant sur les cotés du rasoir légèrement incliné, et qu'il pousse ainsi jusqu'à l'extrémilé de la gouttière. Quand il sera arrêté à celle extrémité , il se trouvera dans la cavité de la vessie même j et s'il y a de l'urine , elle .s'échappera à Iravers l'explorateur. Cela étant fait, le chirurgien retiendra d'une main l'exploraleur en

OPERATIOîiS DE CHIRVRGIE.

autre par dessus icelle , qui aura en son extrémité vne cauitéet petite hoche comme vn fourchon, qui embrassera et coulera iusques à l'extrémité de la première. Ledit second conducteur est marqué BJB,

Les figures des Conducteurs sont telles , et en a de deux jaçons *.

place, et de l'autre main il retirera l'itinéraire hors de la verge. »

Cet explorateur ou gitetieur , comme l'appelle Franco , n'était autre qu'une sonde d'argent à peu près droite, mais aplatie à l'extrémité, de manière à offrir une sorte de tranchant mousse, tout-à-fait propre à se glisser dans la gouttière de l'itinéraire ou cathéter. Telle est au moins la description qu'on peut en donner, d'après la ligure de Marianus Sanctus; Franco ne l'a point représenté.

' Ces conducteurs ont été différemment

Puis on tirera hors la sonde, et seront lesdits conducteurs poussés dedans le corps de la vessie, les tournans sans dessus dessous : et alors on doit mettre les chenilles au pertuis d'icelles. Les autres où ne sont icelles che-

figurés par Franco , et les figures de Franco ne s'accordent pas même tout-à-fait avec celles de Marianus, du moins dans l'édition d'Offenbach. Selon Marianus, c'étaient deux stylets assez gros, en argent, sans cavité intérieure nî extérieure, longs chacun des deux tiers d'une palme, recourbés à leur extrémité externe , droits dans le reste de leur étendue. A l'extrémité externe était attachée une petite clavette, comme celle que l'on voit dans les figures de Paré , qui s'introduisait de même dans un trou du conducteur. Voici d'ailleurs comment Marianus enseigne à s'en servir.

« L'itinéraire retiré , il prend un des conducteurs et l'introduit le long de l'explorateur, pour ne pas être exposé à quitter le chemin de la vessie. Ce premier conducteur introduit, il retire l'explorateur, devenu désormais inutile , et porte le deuxième conducteur dans la vessie en le glissant le long de l'autre. Après quoi les saisissant entre l'index et le médius, il ajuste les clavettes, et les écarte l'un de l'autre assez pour que l'ouvreur ou diiatatoire se puisse loger entre eux. Il met donc entre eux le diiatatoire , de façon que celui-ci les regarde par ses côtés ( per costas ) , et le pousse ainsi dans la vessie , par un effort continu et uniforme , de peur que des variations dans cette impulsion n'irritent la nature; faisant cependant toujours attention à ceci , que l'un des conducteurs reste collé au côté droit, l'autre au côté gauche du diiatatoire, de façon que les côtes {cosiœ) de celui-ci semblent glisser sur eux dans la vessie, et qu'il n'est besoin de le pousser que pour la petite portion de sa surface qui déborde latéralement les conducteurs. »

Les deux chevilles ou clavellcs avaient pour effet, comme l'auteur l'explique très bien, d'empêcher les conducteurs de glisser eux-mêmes dans la vessie , lorsqu'on pousse

LE QVINZIEME LIVRE,

uilKes sont plus aisées, etsontnominées espées par ceux qui font telles opérations. Puis seront fort serrées entre les doigts de l'operateur, lequel puis après doit entre ses deux conducteurs pousser auec violence dedans la cauité de la vessie vu autre instrument nommé bec de cane : puis l'ouurir des deux mains, le tournant à dextre et à senestre, cà et là, auec force, pour dilacerer et aggrandir la playe tant qu'il sera besoin , pour faire passage et entrée aux autres instruments qu'il faut encor y mettre. Toulesfois , s'il est possible de dilater assez la playe et extraire la pierre par ce mesme instrument pendant qu'il est dedans la vessie, ce seroil bien fait K

entre eux le dilalatoire, cl qu'on ne les lient qu'entre L'index et le médius.

Franco a Ogurc un conducteur tout-à-fait arrondi et cylindrique, et un autre qui est creusé d'une gouttière longitudinale. Celuici devait entrer le premier, sa gouttière glissant sur l'explorateur, et servant plus lard à faire glisser l'autre.

A. Paré supprimant l'explorateur, fait glisser le conducteur à bec arrondi le long de la gouttière du catlréLer, et le conducteur à fourche le long du cylindre du premier. Cette modllication, qui porte à la fois sur la forme et sur le nombre des instruments, ne peut guère lui appartenir puisqu'il n'avait jamais fait la taille; je répète donc ce que j'ai dit dans mon introduction, que probablement il suivait ici les indications de Laurent Colot. Toutefois il faut bien dire qu'il ne le nomme pas, et que toutà-l'heure, en faisant allusion à une autre forme du conducteur , il leur donne le nom d'espées , d'après ceux qui font telles opérations. De tout ceci force nous est de conclure que le grand appareil était pratiqué en France dès liioi par d'autres que, par les €olot, et qu'il avait même déjà subi diverses modifications.

* Voici une des plus notables modifications du procédé de Marlanus Sanclus. Celui-ci,

Lu fKjure du bec de Cane , caue en sa partie extérieure , est telle.

Et aussi sien ne peut, et qu'il faille dilater la playe d'auantage, la pierre estant trop grosse, adonc faut vserde cest instrument nommé dilataloire^ lequel ayant mis dedans la vessie, sera pris par les deux bouts, les pressant ensemble : par cela on dilatera la playe tant qu'on voudra.

La figure d'vn Dilalatoire clos^.

La figure d'vn Dilalatoire ouueri.

comme on l'a vu dans la note précédente , .après les conducteurs introduisait le dilatatoire ; Franco a suivi celle description, et voici que Paré recommande un autre instrument, qui suffit quelquefois pour terminer l'opération , mais qui d'autres fois demeure insuffisant , et à défaut duquel il faut reprendre le dilalatoire de Marianus Sanctus. Ces modifications du grand appareil n'ont été notées par aucun historien.

1 Ce dilalatoire est le même que celui de Marianus, reproduit par Franco, et la figure est si nette, que toute description serait su-

OPERA.TIONS DK CHIRVRGIE.

Apres la dilaceration et dilatation , tu te seruiras du bec de cane cy-dessusescrit, oudecestuyquiest courbé 1.

Tenailles en forme de bec de cane courbé.

Par icelles tenailles sera cherchée la pierre, dilatant laplaye pour Tempoigner : et lors que l'operateur connoistra la pierre estre entre ces te-

perflue. Je noterai cependant que, dans le chapitre assez long que'Marianus consacre à le décrire , il ne fait point mention de ses cèies , cosiœ , dont il parle en détaillant le procédé opératoire, et que j'ai traduite indistinctement par côlcs ou côtés. Voyez la note de la page 483.

• Voici un nouveau changement dans les instruments. Marianus,et Franco qui le suit, figurent des tenailles que le premier appelle Forceps, et qui difTèrent essentiellement du bec de cane droit, en ce que chaque cuiller se termine par une pointe fort aiguë et recourbée. Manifestement ces pointes exposaient à blesser la vessie. Marianus décrit longuement leur dimension ; Franco néglige ces détails, d'autant , dit-il , que ce sont des moindres poincls diidil art.

Les tenailles courbes sont une autre addition des opérateurs français, .le ne sais à qui elles appartiennent: Franco n'en parle pas.

nailles , promptement faut lier les branches d'icelles , et la tenir fermement, puis la tirer non tout à coup :

mais la faut tourner d'vn costé et d'autre , l'amenant dehors peu à peu auecques la plus grande dextérité que l'on pourra. Et ce faisant, se faut garder de trop comprimer et estraindre la pierre par lesdils instrumens, de peur de la comminuer et rompre en pièces.

Aucuns, à lîn qu'elle n'eschappe d'entre les instrumens, mettent deux doigts dedans le siège, et gaignent le dessus de la pierre : chose qui aide grandement à la tirer, et que i'approuue. Les autres se seruent de ces deux pièces appelées ailerons , et les mettent à costé des tenailles: l'vne dessus et l'autre dessous : puis lesioignent ensemble , de sorte que la pierre ne peut aucunement eschapper, comme tu vois par ceste figure.

Figure des filerons et de la pierre prise en iceux auec le bec de cane *.

Les ailerons, que Paré appelait ailerons

LE QVINZltME LIVRE

Antre figure, où à l'extremilé des ailerons y a vue vis pour les mieux tenir , auec vue pièce de fer pliée, pour encor les serrer d'aaaiilaqe. Ladite pièce esi marquée A.

dans lc> ôdilions antéiiemcs à celle de l5!<5, sont une imilalion des lalcrcs de iMarianiis, que Franco appelle les latéraux. Ces latéraux étaient d'une construction vraiincpt pitoyable, et les ailerons constituent à cet éfravd

En lieu des ailerons, on peut yger d'vn bec de raiie, et l'extraclion en

un perfectionnement réel. Le but est d'ailleurs absolument le même. Yoici ce que dit Marianus :

o Cela étant fait (l'introduelion du diiatatoire enseignée toul-à-l'heure) on rapproche les branches de l'instrument pour obtenir une dilatation égale au volume de la pierre, du moins autant que le médecin a pu le conjecturer par l'exploration ; et à travers cette dilatation, on pofle dans la vessie les tenailles, en les faisant glisser de même le long des conducteurs. Les tenailles introduites, on retire lesconi|ucteurs , et on incline les tenailles d'un côté et de l'autre pour trouver et saisir la pierre ; et quand celle-ci sera saisie, on continuera à porter l'instrument de côté et d'autre , et on l'extraira sans apporter à celle manœuvre aucune violence , sous prélexte de se hâter. J'entends parler des petites pierres , qu'elles soient lisses ou épineuses j mais si la pierre est grande, l'extraction n'est plus aussi simple. Yoici comment il faut agir :

» Lors donc qu'on reconnaît le calcul si volumineux, qu'il ne pourra qu'à grand' peine ou même qu'il ne pourra jamais être extrait par la dilatation, il faut d'abord lier ensemble les branches des tenailles, de sorte que la pierre ne puisse s'échapper de leurs cuillers; puis le médecin prendra les deux latéraux, dont il introduira l'un par-dessous les tenaillesjusqu'ù ce qu'il soit arrivé pardessus la pierre; l'autre sera introduit de même par-dessus les tenailles. »

Ici suivent quelques détails qui ne pourraient être compris que par la figure de l'instrument , et d'où il résulte que ces deux latéraux ne faisaient pas seulement office de deuxièmes tenailles, comme Franco" scmblç le croire, mais qu'en se joignant l'un à l'autre , ils dilataient la plaie en avant de la pierre, au degié que le chirurgien jugeait convenable : vnuui mm uUcro aggreyct [medicus) et crucetn vnam constituât, quani tantnni poterit dilatare quantum ad exiraciionem lapidis necessariam essepresenserii Parcelle voie, ajoute Marianus , on pourra extraire toutç pierre,quelque volumineuse qu'elle soit.

OPERATIONS DP. CHïRVRGIE.

sera plus subite, et auec moins de douleur '.

La pierre tirée par les moyens cy dessus , il la faut diligemment reg-arderpour voir si elle est en quelque en droit vsée et polie : ce qui se fait par la collision, confriction, et attrilion d'vne ou de plusieurs autres pierres.

Toutesfois le signe le plus certain (comme par cy deuanl auons dit) c'est la sonde, qui se peut faire à présent auec vn des bouts de Hnstrument descrit cy dessous : duquel tu te seruiras , tant de sonde que de curette.

Figure d'ini instrument d'urgent nommé Curette, propre pour l'extraction d'vne pierre , sonder s'il y eu a d'autres , et amsi pour recueillir et amasser le sable, sang coagulé, et autres choses estranges qui seraient en la vessie , la pierre tirée ^.

1 Cette phrase manque dans les premières éditions, et se lit pour la prenaiére fois dans celle de 1586.

2 Cette curette, invention française quant au nom et quant à la forme, semble avoir été faite pour remplacer les deux instruments que Marianus décrit sous les noms lalins d(il^erriculum,etAbsiergcns ou Coclilear.

Le vcrricnlum était un lil d'argent pareil au mandrin de nos sondes, Icniiiné par une petite boule d'argent, pila argentea , qui ne devait pas dépasser au plus le volume d'une cerise. Le cochlear avait, suivant Marianus, la forme de la cuiller des Turcs ; on en aura une idée assez rapprochée , en se figurant une spatule à extrémité large, garnie d'un rebord soudé à angle droit avec la circonférence elliptique delà lame. Marianus nous apprend que les opérateurs vulgaires appelaient le premier instrument bucion , et c'est manifestement de là qu'est venu le boulon des lilhotomistcs, tel que Paré le figure à l'autre bout de la curette. Franco a

Si par iceluy on connoist en la vessie y auoir autres pierres, il les faut tirer comme deuant : et les ayant ainsi tirées , faut mettre en la vessie l'autre bout qui est caue en façon de

commis ici une erreur ass'^z grave; trompé par la méchante figure de Marianus, il a cru que le verriculum était creusé en cuiller, et lui-même l'a r€présenté et décrit avec cette forme. îl ne donne même au verriculum et au cochlear d'autres synonymes français que ceux-ci : le grand et le petit culicr. Le texte de lAIarianus ne pouvait cependant laisser de doute. En effet, outre la description fort claire de l'instrument, voici comment le docteur romain en explique l'usage :

« La pierre étant extraite, le médecin prendra aussitôtIeremcH/«/K, qu'on appelle aussi bucion , l'introduira dans la vessie, et le promènera par la circonférence de ce viscère pour rechercher s'il n'y aurait pas quelque autre pierre, attendu qu'on en a trouvé non pas une ou deux , mais quelquefois qua-« tre et jusqu'à huit.- ce que l'on reconnaîtra facilement si le médecin, prenant dans sa main le calcul déjà extrait , l'examine avec diligence; s'il le voit comprimé d'un côté et présentant là une facette polie comme par usure, ce qui provient du frottement de deux ou plusieurs calculs,il devra aussitôt en aller chercher un second avec les tenailles , et l'examiner à son tour pour voir s'il estserablable au premier.

» S'il y avait plusieurs facettes, on jugerait qu'il y a encore d'autres pjerres dans la vessie : sinon on peut assurer qu'il n'en reste plus. Cette assurance une fois donnée, on prendra en dernier lieu Yabstergens ou cochleay , et le portant dans la vessie, on ramènera au-dehors les caillots de sang, en répétant cette manœuvre trois ou quatre fois et plus s'il est nécessaire , et prenant soin de ramener en même temps tous les fragments que les tenailles auraient pu détacher de la pierre , et qui deviendraient le noyau d'une nouvelle pierre.

» Tout cela étant fait dans l'ordre indiqué, on est sûr d'avoir véritablement terminé l'extraction de la pierre, »

rueillier, et ]o tourner d'vn costé et d'autre pour prendre et attirer les choses estranges qui peuuent rester en la vessie, comme sanff coaj^ulé et arènes , qui puis après seroient cause de génération d'autres pierres.

Rembert de Douay , médecin de l'empereur César, en ses observations médicinales au liiire 1. chapitre H , dit s'estre trouué douze pierres en la vessie d'vn homme,dont la plus grosse estoit d'vnenoix*.

Pour retourner à notre propos, où la pierre seroit trouuée trop grosse, et qu'il y eust danger de rompre et dilacerer le corps de la vessie , la voulant tirer, il la faut rompre auec bec de corbin, tels que ceux-cy^.

' Cette citation manque dans les premières éditions , et a été intercalée ici en 1585.

2 Voici encore un nouveau témoignage des travaux et des recherches de ces opérateurs ohscurs du xv ou du xv!"" siècle, qui sont restés ignorés, jusqu'ici, parce que les historiens n'ont pas pris la peine de descendre dans ces détails. A quelle époqueeut-on l'idée de briser la pierre dans la vessie , lorsqu'elle était trop grosse ? nous l'ignorons; tontefois il est certain que ce fut avant Mariauus Sanctus. 11 a en efl'ct son 'chapitre li qui est ainsi intitulé :

De /'raiigeitle in ciirmii 71011 (idinitlciido.

« Ce serait ici sans contredit le lieu d'exposer la forme et la manière d'agir de ce qu'on appelle le brisc-\>ierrc Jrdnijens) , si son application n'était pas si périlleuse et pour le patient et pour le mailre. Même entre les mains d'un homme très exercé à l'opération , il expose le malade à la mort; c'est ])Ourquoi je n'en dirai mol. »

Quel était ce brise-pierre si redoutable? Je n'oserais même former aucune conjecture à cet égard ; mais si les inciseurs vulgaires coimaiisaicut le /'««/oh, verriciilutn, la

LE QVINZIEME LIVRE,

La figure d'vn bec de corbin denleli pour rompre les pierres en la vessie, lequel femie à vis.

cuillère [abslergens quod alii cocUtear nomiiiunt , dit Marianus), le brise-pierre, que Marianus rejette, et que son maître Jean de Romanis n'employait pas , enfin le crochet de Celse, les tenailles de Gaddesden , cl le cathéter du chirurgien génois dont j'ai parlé dans mon introduction, que reste-l-ildonc pour mériter au procédé de Jean de Romanis le litre de grand appareil? Ce que l'un peut lui accorder en propre, c'est l'idée de faire une très petite plaie à l'urètre, et de dilater le col de la vessie ; et l'on voit que déjà du temps de Paré, on avait des idées fort nettes sur la valeur de celte dilatation prétendue , et l'on savait qu'on ne dilatait qu'en déchirant.

11 est assez remarquable que l'ranco, qiii avait lu Marianus, n'ait pas fait atlenlioii à ce chapitre du brise-pierre , et ait donné comme une idée nouvelle le broiement ilc la pierre (juand elle esl trop grosse. 1! n'y avait là de nouveau, comme il a été dit, que les tenailles tranchantes qu'il avait imaginées pour cet objet.

OPERATIONS

Autre bec de cor but ' .

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