‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 321 sur 511 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

DE LA SVPPRESSION OV RETENTION D'VRINE PAR CAVSES INTERIEVRES*.

Outrelescausesdcclarées cy deuant de la difficulté d'vriner, il y en a encores beaucoup d'autres qui sont bien nécessaires estre conneues au chirurgien : et partant il me semble bon en escrire de ce que i'en ay veu et conneu par expérience et raison.

Parce que la pluspart des chirurgiens, et autres, lors qu'ils voyent vue difficulté d'vriner, ils pensent promptementla cause venir d(^s pierres, à quoy le plus souuent se trompent : et parlant vont incontinent et sans discrétion ordonner choses diurétiques, lesquelles sont causes de grands accidens, et le plus souuent de la mort des panures malade, comme nous monstrerons présentement.

Les causes de la retenlion d'vrine sont plusieurs, à sçauoir, intérieure et extérieure : intérieure , comme quelque sang coagulé, verrues , petites eminences de chair procréées es

• Ce chapitre formait dans l'édilion do l.Mii deux chapitres, tous deux notés par encuv chapitre I, d'un livre spécial, intitulé de In .siippressio)i d'vrine. Ce livre contenait 17 chapitres, qui tous ont été transportés dans le livre nouveau des opemiions, lors de la première édition des œuvres complètes.

Le 1"^ paragraphe du chapitre actuel constituait le 1" chapitre du livre en 1564, a\ec ce titre : De la suppression d'vriiie ; il n'a rien été changé au texte. Tout ce qui vient après faisait l'autre chapitre, intitulé : Des causes internes de la rétention d'vrine : ils ont été réuni? en seul dès 167;); mais ce n'est qu'en 1570 que le titre a été rédigé comme on le lit actuellement.

voyes de l'vrine , ou ( comme nous auons dit) pierres et arènes : oxi que le patient aura eu vne grande fiéure ardente qui aura consommé la sérosité de la masse sanguinaire : ou par grandes sueurs, ou (lux de ventre, ou tous deux cnsemb'e^: ou pour quelque venlosilé ou inflammation et aposteme laile aux parties dédiées à l'vrine , ou aux parties proches et voisines , comme à l'intestin rectum, auquel se peut faire vne inflammation , à cause de laquelle ledit intestin tuméfié et douloureux fera vne retenlion d'vrine, au moyen que la vessie est pressée de l'inflammation et tumeur, aussi pour la connexion et voisinage que la vessie et rinteslin ont ensemble. Semblablement pour le vice du foye , ce qu'on voit aux hydropiques qui nepeuuent vrincr : ou vice de faculté segregatrice du sérum abolie : par quelque intempérie des reins ^ : aussi par le vice de la faculté animale , comme l'on voit aux maniaques, léthargiques, apoplectiques , paralytiques, et aux spasmes. Semblablement la pituite et autres humeurs froids , gros et visqueux, se pcuuent purger de tout le corps par la vessie : et iceluy humeur passant par les voyes de l'vrine, fait quelquesfois telle obstruction, qu'il empesche que TvrJne ne peut passer.

Aussi pour auoir retenu trop longue-

' Les cinq lignes en italique, qui précèdent à partir de ces mots: ou que lepatient, etc., se lisent dans toutes les éditions faites du vivant de l'auteur , et ont été retranchées à partir de la première édition posthume. Je présume que ce retranchement est le résultat d'une erreur d'impression ; et toutefois je n'ai pas voulu rétahlir le texte, sans en tenir le lecteur bien averti.

- Ce membre de phrase depuis les mots. ou vice de Jarultésegre^atricf, manque dans

ment l'vrine, parce que la vessie estant extrêmement pleine ne peut sortir, à cause que le conduit est cstreci, et rendu plus auguste : ioint (jue la vertu expultricc ne peut comprimer la vessie pour ietter ce qui y est contenu, à raison de la g^rande dilatation d'icelle, et de la douleur qui débilite et abbal incontinent toutes les vertus de la partie assiégée * : et partant il se fait entière suppression d'vrine : ce qu'on a vcu aduenir à plusieurs.

Et encores n'agueresàvn ieuneseruileur qui reuenoit des champs , menant en croupe vne honneste damoiselle , sa maistresse , bien accompagnée : et estant à cheual luy print vouloir de pisser : toutesfois n'osoit descendre, et moins encores faire son vrinc à cheual. Et estant arriué en ceste ville , voulant pisser , ne peust nullement : et auoit de très grandes douleurselesprcintes, auec vnc sueur ■N niucrselle , et tomba presque en svnrope. Et alors fus enuoyé quérir :

et disoit-on que c'estoit vne pierre qui l'engardoit de pisser : et estant arriué luy mis vne sonde dedans la vessie, et pressay le ventre : et par ce moyen pissa enuiron vne pinte d'eau : et n'y trouuay aucune pierre, et depuis ne s'en est senti.

D'auantage les vieils ont grande difliculté de ietter leurs vrines, parce que les parties dédiées à l'vrine sont flestries , desseichées, et retirées, et ont la vertu expultrlce foible et débile ■ et quelquesfois aussi ne la peuuent retenir, parce qu'elle est acre et mordante-.

* Ces mots, ci de la douleur qui débilite, etc. , manquent dans l'édition de 15Gi.

'.i Ce paragraphe a été ajouté ici en 1585; l'édition de 156 i et celle de lâ7à portaient en place :

Outre plus, d'vne plewesic suppuréedans le

LE QVINZIEME LIVRE,

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