CHAPITRE LXVi
QUE c'est que SAidNÉÉ'.
Phlebotomie est ihcisiott de vëljie euacuant le sang auec loâ autres humeurs, comme l'incisioh de l'at-iere est ditearteriolomie.
Le premier scope de la phlebotomie, est euacuer le sang péchant eh quantité : combien aussi que Soutient on se propose de tirer le sang (Jui pèche en qualité, ou tous les àeut ensemble. La quantité ou replelioh s'entend en deux manières : l'vWe, quant à la verlu,jaçoit que les veines ne se montrent trop pleines, qui rend soudain les hommes foibles et débiles, Nature ne pouuant porter vn tel fdik ou pesanteur : l'autre maniei-e dé téplelion se prend quant aux vaisseaux qui contiennent lesang, et se rapporte à l'abondance d'iceluy, encore que la vertu le comporte sans àUcUn ennny.
En cesle repletion les Veines soudent se rompent , et le malade crache le sang, ou bien il sort par quelque autre partie du corps, comme paf le nez, parla bouche en vomissant, par la matrice aux femmes , par les rongnons, de façon que l'on pisse le sang t ut pur, ou par les hémorroïdes, ou quelques veines variqueuses , ou sans estre variqueuses. La repletioli qui se fait quant à la vertu , se cdûnoist par la pesanteur et lassitude de tout le corps. La repletion quant aux vaisseaux, se connoist par l'extension d'iceux , et qu'ils apparoisseul fort
»ee ctiapitre et les suivants ont la date commune de li)76.
LE QVI^ZIE-ME LIVKK,
pleins : et Ivne et l'autre repletion a besoin d'euacuation '.
D'aiiantage , pour cinq intentions on fait la phlebolomie. La première est pour euacuer l'abondance du sang et des humeurs, comme es pléthoriques , et à ceux qui sont vexés de quelque passion sansplethore, comme pour quelque inllammalion. La seconde est pour détourner et diuertir, ce que l'on appelle reuulsion : comme lors qu'il suruient vn flux de sang par la narillescnestre, on doit faire la saignée au coslé dextre, et ainsi au contraire. La troisième est pour at tirer . comme lors que nous voulons prouoquer les mois des femmes, nous ouurons les veines saphenes aux malléoles. La quatrième est pour altérer, comme nous saignons es fleures aiguës, à fin d'euacuer le sang bouillant , et refroidir ce qui reste. La cinquième est pour preseruer , comme nous phlebotomons au printemps et automne, ceux qui sont disposés à cracher lesang, ou suietsàsquinance, pleurésie, epilepsie, apoplexie, gouttes, et à d'autres indispositions : aussi es playes nous saignons pour euiter le phlegmon.
Auant que saigner on doit considérer si les excremens du ventre ont esté retenus long temps dans les boyaux , et si ainsi est , les faut premièrement vuider auec clysteres gracieux, ou suppositoires , ou noiiels, à fin que les veines mesaraïques ne tirent des boyaux quelque substance putride.
On ne doit saigner les vieils ( si ce n'est en vne nécessité ) pour crainte
t Toute celte dissertation sur les deux replélions ad vires et ad rasa est de l'aul d'Egine, liv.vi,ch.40, et copiée presque mot à mol de la traduction de Dalecharaps.
de la diminution de leur chaleur naturelle , et desiccation de leur substance : pareillement ny les ieunes enfans, pour crainte de trop grande resolution de leur habitude faite par l'abondance de leur chaleur natu relie : à raison de la rarité de l'habitude de leurs corps , aussi de la mollesse et délicatesse de leur substance.
La quantité dti sang que l'on lire se mesure à la force de la vertu et à la grandeur de la maladie. Si le malade est débile , et que la maladie demande grande euacuation , on fera la saignée à deux ou trois fois , et quelques iours interposés.
Pour vne grande douleur de teste qui est en la partie postérieure , nous incisons les veines du front, et premièrement nous fomentons la partie auec eau chaude pour amollir le cuir, et attirer d'auantage de sang dans les vaisseaux.
Aux squinances, on ouurira les veines au trauers qui sont sous la langue , sans aucunement lier le col, de peur de suffoquer le malade.
A toutes affections ou maladies qui ostenL l'haleine et nous estranglenl , et à celles qui soudain font perdre la paroUe , la phlebotomie est nécessaire : aussi à toutes grandes contusions des parties internes ou externes, comme est tomber de haut , ou auoir receu quelque coup orbe, encores que la vertu fust débile , et que le sang ne pechast ny en quantité ny qualité , il faut faire la saignée : pareillement en apoplexie , squinam^e, pleurésie, fleures ardentes.
Aussi si le malade , après s'estre précipité, vomist le sang, soudain luy faut oiiurir la veine : autienient le sang se pourrait railler, si on le laisse reposer et refroidir.
Il ne faut saigner le malade en la
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
5'il
vig ueur de la fiéure ». Or si la lîéure ne croist plus , et aussi ne decroisl point , et n'espérons aucune declination d'icelle, en tel cas il ne faut perdre ceste seule occasion de la saignée , encore qu'elle soit pire qu'en la declination de l'accès.
Quelques-vns débattent que le sangdoit estre tiré au plus loin qu'il est possible du lieu où il fait le mal , et y cause inflammation , et que par ce moyen le cours des humeurs est deslourné : le faisant autrement , que Ion attire à la partie malade ce (pii le charge et offense. Ceste opinion est fausse : car la saignée vuide et euacue premièrement le lieu le plus prochain 2. Car i'ay souuentesfoîs ouuert les veines et artères du mesme lieu , comme à la chiragreet podagre, les veines du pied ou de la main , et à la migraine les artères et veines des temples : et par ceste euacuation^de sang qui estoit flué auec le virus arthritique , et les esprits bouillants qui estoient euacués , la douleur soudain s'appaisoit : ce que i'ay fait plusieurs fois auec bonnes et hoiueuse issue. Ainsi Galien commande inciser les artères des temples pour la fluxion des yeux , et pour vue douleur de teste inueterée , ou pour vue migraine ^ ce que i'ay fait plusieurs fois auec bon succès^.
' L'édition de 1575 ajoutait ici : et qui te ferait, serait Inij caiiper la (jorije.
* Il s'agit ici de la grande question de la révulsion soulevée par lîrissol au commencement du XVI' siècle , et résolue contre les Arabes à l'époque d'A. Paré. Celui-ci représente donc en cet endroit l'opinion victorieuse.
5 Gai. 13, 7Î/e/.,chap. dern. — A, P.
■* Paré ne décrira pas ici la manière de faire l'artériotomie : mais il en a donné une description excellente pour l'épuque dans son chapitre de lu t/jiyrana-, en racontant