LE MOYEN DE BIEN FAIRE LA SAIGNÉE
Maintenant ie te veux donner le moyen de bien faire la saignée.
Premièrement faut bien situer le malade , à srauoir, s'il est foible, sera saigné dedans le lict : et si les vertus sont fortes, sera assis dans vne chaire, situé de manière que ie iour donne droit au lieu où l'on voudra inciser le vaisseau.
Cela fait, le chirurgien frottera la partie auec sa main ou linge chaud , à lin d'attirer le sang au vaisseau :
puis fera vne ligature vn peu au dessus dudit vaisseau qu'il voudra ouurir, et r'enuoyera le sang des parties inférieures vers la ligature : et empoignera le bras du malade auec sa main senestre, si c'est le bras droit : et si c'est du bras senestre , le prendrade la dextre. mettant le pouce un peu plus bas que le vaisseau à fin qu'il le tienne , et ne vacille cà et là , et le faire esleuer à cause dusangqui aura esté enuoyé. Cela fait , de son ongle marquera le cuir qui sera sus la veine, à l'endroit où il la voudra inciser : puis subit prendra vne petite goutte d'huile ou de beurre frais , et frottera le lieu marqué par l'ongle , à fin de rendre le cuir plus lice et l'amollir, et par ce moyen sera plus facile à couperet fera moindre douleur au malade , à raison que la lancette entrera plusdoucement. Or le chirurgien tiendra sa lancette du pouce et de l'index , non trop loing ny trop près de la pointe, et de ses trois autres doigts s'appuyera contre la parlie :
robservation du prince de la Roche-sur- Yon. Voyez ci-devant page 411. Il reviendra sur ce sujet dans sa grande Apologie en défendant son procédé.
52Q LE QVINZIÉME LIVRE,
et d'abondant mettra les deux doigts susdits, desquels il tient la lancette, sus le pouce, pour aiidir d'auanlag-e sa main f(;rme el non tremblante :
alors fera incision vn peu obliquement au corps du vaisseau, qui soit moyenne, non trop o-rande ny trop pelile. selon le corps du vaisseau , et le sang gros eî subtil que l'on aura coniecluréy eslre conlenu. Elsefaut garder de» toucher l'arterc qui est souuent couchée sous la basilique, et sous la médiane vn nerf, ou le tendon du biceps : et quant à la veine cephalique, il n'y a aucun danger ».
Il sera tiré du sang selon qu'il sera besoin , puis défera la ligature, et en fera tne autre sur le corps de la veine, pour arresterlesang auec vne petite compresse : et la ligature ne sera trop lasche ny trop serrée , de fôçon que le malade pourra plier le bras à son aise. Et pour la faire comme ilapparlient, faudra à l'heure que ion la voudra faire, commander au malade de plior le bras : car si on lt*i bandoit estant droit , il ne le pourrôit après plier, ainsi qu'il a esté dit fcy dessus. Ce qui se fera auec vne telle lancette :
Lancette pour faire les saignées \
' Celait pcut-èlre ici le lieu de rappeler la piqûre du nerf dans unesaigriée faite àc.haries IX. Paré en a parié dans un chapitre spécial du livre vm. Voyez ci- devant, page n.'i.
'La ligure de ceUe lancelle avail paru pour la première fois dans la Meiliodc de traiter les ylaijcs de il leste, 1. ')()!, fol. 166, verso : avic cette annolalion :
y'nc hnicctle de laquelle feras les Scarijications pliisiost qtiuuec vn rasoir, d'auluni qu'elle coupe i>liis sublilemeui, el à Mioins de douleur.
Plus tard, en 15G4, l'auteur reproduisait la même figure à côté
CTÏAPITIIE LXVIII.
DES VENTOVSES».
Ventouses est vn vaisseau vetltru qu'on applique sur le corps pour attirer violentement. Il y en a de cuiure, de; corne, de verre, de bois, de terre , d'or et d'argent : les vnes sont grandes , autres petites ( appelées petits cornets) les autres moyennes. Et s'il adulent qu'on ne trouuast des ventouses, on se peut aider d'vn verre ou gobelet, ou d'vn petit pot de terre. Elles sont grandes ou petites , selon la diuorsitédes parties où elles seront appliquées. Or celles qui ont l'emboucheure estroite et qui sontlonguetles tirent de plus loing. On met dedans des estouppes ou chandelles de cire allumées ad cul d'icelles. Les petits cornets sont appliques les ayant trempés en eau chaude , et après qu'on les a vn peu eschauffés à la flamme d'vrie chandelle , ou de lampe ayant grande flamme: ou par suCcer auec la bouche.
On applique les ventouses lors que Ion veut faire vacuation de quelque matière coniointe en vne partie, principalement quand elles sont auec sCa-
du bistouri courbe , avec ce tiu-e nouveau : Luncelles courbées et toutes droites propi'ès à saigner et à ouiirtr aposlemes el faire autres incisions.
Enfin, elle a été reportée A ce chapitré à la date du chapitre même, c'est-à-dire ea
' Ce chapitre, comme le précédent, date de 1575; toutefois, le premier paragraphe n'y a été ajouté qu'en I5S5. Il a été en grande partie eniprunté aux annotations de IJalechamps sur le 4l« chap. de Paul d'Egine, chir. française , p. 231 ei sulv.
OPBRAtlONS Î)Ë CHIRVR6IE.
rifieation, et sotit aussi appliquées pour faire reuulsion et deriuation en quelque partie , comme pour la defluxion qui se fait aux yeux.
On les applique sur les espaules auec g^randes flammes : car par ce moyen font plus grande altraclion.
Pareillement aussi sous les mamelles des femmes pour faire reuulsion de leurs mois , quand ils fluent trop, et sont trop pareillement appliquées aux plats des cuisses, quand ils ne coulent assez : aussi aux morsures des bestes vénéneuses, et bubons , et charbons pestiférés , pour attirer le venin du dedans au dehors.
Cornélius Celsus veut que l'on applique la ventouse sus la partie dolente que nous prétendons guarir, en fuismt euacualion du sang et esprits flatueux imprimés en quelque partie.
Les ventouses s'appliquent sus le nombril pour résoudre vne grosse venlosilé enfermée en nos boyaux, ou en quelque autre spaciosité, comme entre quelque autre membrane des muscles de Tepigastre, qui causent colique. Aussi sont appliquées sur le flanc dextre ou senestre, quand au foye ou en la râtelle il y a tensioh douloureuse faite des ventosités , ou qu'il y hemorrhagie par le nez.On les applique aussi sus les reins et sus le ventre, à l'endroit où sont situés les vreteres, pour faire descendre la pierre à la vessie , et sont appliquées plus grandes ou plus petites, selon la nécessité.
D'auantagé lu vseras des cornets comme dos susdites vejitouses, es lieliX esquels les ventouses ne peuhetit.estre , pour leur grandeur, appliquées : desquelles t'ay voulu donner le portrait.
Venlomes de diiierse grand^tr , ayaim de petits trom, lesquels seYOni boiischéi de cire lors qu'elles serord appliquées : et quand on Us voudra oster, on leur donnera veni pur iceux '.
Cornets de plusieurs sortes, onec tes flanmieltes et lancette propre pour faire les scarifications '.
iî ' Poré avait fail figurer sous ce litre quatre ventouses cxaclemonl semblables, si ce n'est qu'elles étaient de diverse grandeur; il m'a paru dés lors sufiisanl d'en donner une, d'autant pus qu'aucune des figures originales n'était de grandeur naturelle.
Ces premières ventouses avaient été figurées d'abord dans le traité des Playts de la teste, en 16Gl, fol. ItG, verso ; puis, en 15C4, dans les Dix Hures de chirurgie, page 1G2.
2 Ici surtout Paré atait âiultiplié les fi-
Cornels qui ultirciu nejice de la boucht , en retirant non leine '.
ha-
LE QVINZIEWE LIVRE ,
au, jtu, mais par le be tiois petites dents OU aiguUlons, auet; lesquels elle perce la peau, non seulement de l'homme, mais aussi d'vn cheual ou d'vn bœuf, et s'y attache et succe, et se remplit de sanjf.
Il y en a qui sont venimeuses, et sont celles qui ont grosse teste, de couleur verdoyante , et reluisent comme vers ardans, et sont rayées de bleu sur le dos, ou toutes noires.
Aussi sont venimeusescelles qui viennent es marets, et aux eaux bourbeuses, et engendrent inflammation, aposteme, fleure et malins vlceres, voire souuent incurables.
Les bonnes sont celles qui sont de couleur de foye , menues , rondes , ayans petite teste, le ventre rougeastre, et le dos verd et rayé de couleur d'or par dessus , et qui habitent es eaux claires et coulantes. Apres les auoir prises , il les faut garder enuiron vn mois et plus, à fin qu'elles se desgorgent de leur baue et ordure, et leur changer d'eau souuent : par-ce que aucunesfois elles se seront ietlées sur quelque beste morte et charongneuse : et qui les appliqueroit sans estre desgorgées, elles pourroient imprimer quelque venin à la partie.
Partant il les conuient faire desgor-