CHAPITRE VII
LES MOYENS DE CVRER LA VEP.OLLIt , ENSEMBLE DV BOIS DE GAIAC
Plusieurs ont cherché et expérimenté diuersremedespour la curation de ceste maladie : ma s auiourd'hui , de tous elle se pratique en qualre manières : la première, par décoction de gaiac. La seconde , par onctions.
La troisième, par emplaslres , ausquels entre le furet , que l'appelle argent-vif. La quatrième , par parfums'^.
La première qui se fait par décoction de gaiac, n'est pas seure , ce qui est manifesté par l'expérience : car il n'est sufiisant pour esteindre ce vi-
' Tout ce paragraphe a été ajouté en lOSS.
^ Thierry ne di.slingue que trois manicres; mais il comprend dans la seconde les onctions et les emplâtres, qui consliluent la seconde et la troisième de Paré. Oiivr. cité, p. 67.
LE SEIZIEM
rus , mais seulement pour pallier :
parce qu'il escliauffe, atténue, prouoque les sueurs et vrines , desseiche et consomme les humidilés supertlues : et semble qu'il guarisse, veu que pour quelque temps appaise les douleurs, et autres accidens. Mais tous ses effets sont imbecilles, et ne fait vacuation que du plus subtil par les sueurs: mais largent-vif a toutes les actions du gaiac, et sans comparaison plus grande puissance et vertu : car outre ce que l'on voit par expérience qu'il eschauffe, atténue , incise, dissout, résout et desseiche , il prouoque sueurs , vrines , flux de bouche , et venîre , par lesquels non seulement les humeurs subtils , mais •aussi les gros ( siège principal de ceste maladie ) sont euoqués et tii es dehors. Or après I'n sage de la decoc tion du gaiac, on voit quelquesfois retourner les noduset plusieurs douleurs, lesquelles sont causées par les reliques des humeurs plus lents , espaiset visqueux, délaissés au profond des parties , lesquelles le vif-argent chasse et tarit entièrement '.
' Ce paragraphe est une exacte analyse d'un article beaucoup plus long de Thierry de Héry, pages 71 à 1\ de l'ouvrage cité. Mais on lira avec intérêt le passage que j'en extrais au suj<'t de la valeur attribuée au gaiac :
« Quant est de la première 'manière), qui se faict par décoction de gaiac, ie ne me délibère d'en faire icy vn traicté ■• mais vous déclarer en brief ce que par mes assidues expériences t'en ay cogneu et comprins par l'aduis des plus ralionclz et snflisans practiciens, tant de mes conipaignons cliiniriiieiis que des principaulx médecins de ceste ville de Paris, auec lesquelz iourncliement sommes api)pllczesconsnllations, ou sainement et charilablement est deuisé (après la cognoissance de la maladie des remèdes les plus seurs et briefz pour la cure et gucrison
h: LIVRE,
Quant à l'élection du bois de gaiac, celuy est le meilleur qui a le tronc assez gros, auec vne couleur tannée tendante à noirceur, et qui est récent et gommeux, et de bonne odeur, fort pesant, auec saueur acre, et quelque inordication , ayant l'escorce fort adhérente au bois : sa faculté est d'eschauffer, raréfier, atténuer, attirer, prouoquer sueurs et urines, et outre , a quelque chose de propre contre le virus verollique
Et faut icy noter, qu'en iceluy bois y a trois facultés : la première est en l'escorce : la seconde est en la partie d'après , qui est extérieure et blancheastre : la troisième est le dedans, ce que l'on appelle le cœur, qui est le noir , toutes lesquelles doiuent estre considérées.
Car la première substance , qui est l'escorce , est plus seiche, au moyen de quoy, quand il est besoin de fort desseicher, on vsera d'icelle : la seconde est moins seiche , parce qu'elle est aucunement plus gommeuse : non toutesfois comme la troisième, qui est le dedans, pource qu'elle a plus d'humidité gommeuse, au moyen de quoy peut moins desseicher. Et pour ce es corps deiicats . humides, et de rare texture, ou il est besoin, pour la conserualion des choses qui leur sont naturelles, moins desseicher, l'vsage de la deuxième ou troisième sera plus propre : et à ceux
d'icelle. Or, entr'eulx, l'vsage de cette décoction est estimé le plus doulx et moins violant : mais il ne suftit, pour l'entière cure et extirpation de cpste maladie : mesmes ie leur ay maintes fois ouy affermer que iamais ilz n'auoyent veu homme perfectement gucry auec seule décoction : ce que de ma part ie suis coiilraiiict leur accorder, pour l'infinité d'expérience que nous en auoni tous les iours. »
DE LA GROSSF. VEROLLE
qui de leur nature sont robustes, il faudra d'autant plus desseicher , et partant l'vsnge deTescorce leur sera propre auec les autres susdits, mes- K's selon qu'il leur sera besoin '.
Or quand ie narle îcy de fescorce dudit bois, il faut entendre qu'elle ne soit trop vieille, noire, vermoulue ou pourrie : qui se fait à cause que souuent iH bois est demeuré en chantier au bord de la mer, dont l'escorce se sera altérée et pourrie : aussi qne les mariniers mettent le bois au fond de leur nauire, où souuent réside \ne eau puante et infecte : ioint que d'autres eaux sales et ordes tombent d'en haut dessus, et ce le plus souuentpar longue espace de temps. Or estant les nauires arriuésau port, le distribuent et le vendent à la liure. Les apoticaires voulans conseruer leur poids , le mettent en leur cane, où il demeure bien fort long-temps : qui fait que ladite escorce, encore qu elle fist toute récente, se chancit et pourrit, voire sous icelle deux ou trois doigts dudit bois. Et partant, ie conseille n'ordonner i'escorce, ny du bois qui est trois, doigts proche d'elle.