CHAPITRE Vlil
LA MANIERE DE PREPAREll LA DECOCTION DE GAIAC.
Et premièrement, il le faut râper , et pour liure diceluy, adiousler huit, dix ou douze liures d'eau de riuiere ,
' Les deux paragraphes qui précèdent sont une analyse de l'article de Thierry : La de.scripiion du lioi.s de <iuiac, pages '4 à 78; mais le paragrapiie suivant appartient à Paré, et l'on peui niéuie roniarquerqu il y émet une opinion qui n'est pas sans quelque contradiction avec ce qui précède.
plus OU moins , selon que l'on verra estre nécessaire, suiuant les indications prédites : et le faut laisser infuser par l'espace de vingt-quatre heures, et l'eau sera quelque peu ch.aude, spécialement Thyuer, à fin qu'il s'amollisse mieux, et pénètre en sa substance solide.
Cela fait, la décoction doit estre faite pour le mieux in halneo Mariœ, à fin d'euiter vue empyreume, c'est-àdire, impression ignée, qui s'acquiert par boiiillir simplement deuantle feu.
Autres le font en vu pot de terre plombé deuant le feu : et faut garder que rien ne s'enfuye par dessus, pour Teuaporation et la déperdition qui se feroit de sa vertu Cela fait , soit consommé à la moitié, tierce , ou quarte partie , selon qu'il sera requis. Aucuns y meslent en le cuisant certains simples pour cuider rendre son action meilleure : comme lors que l'on doute qu'il y aye quelque partie affectée , y meslent simples qui spécialement ont esgard à icelle, lesquels opèrent comme en propre suiet, et seruent comme de véhicule poury conduire la faculté do ladite décoction. Autres mettent medicamens purgatifs : mais quand à moy, ieserois d'auis (sauf meilleur iugement) n'y mesler aucun simple', parc(- qu'il n'est bon faire deux vacuationsensemble, comme prouoquer la sueur, et purger le.ventre : car si le malade sue beaucoup , le ventre ne peut fluer : aussi s'il a flux de ventre, ne peut suer , parce que ces deux mouuemens sont contraires :parquoy ne doiui.'nt estre faits ensemble, d'autant que le médicament purgatif tire de la circonférence vers le centre, et
' L'édition de i'o'î> disait seulement ici •■
Cvaiijnani lity usler ou diminuer ses verlun. El tel est l'adnis, etc.
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la sueur tout au contraire. Et tel est l'aduis (le plusieurs {grands personnages et (Joclt's médecins.
La prcniicrc dccoction faite, roulée et passée, Ton rernollia auec le marc du bois ju cuit autant d'eau satis le laisser plus tremper, parce qu'il est assez macéré , puis on le fera boiiillir comiiu; la première : en huiuelle on peut udioMslcr à la îîn vn peu de canelle pour l'aiomatiser et roborer l'estomach : car en c«î faisant , on ne luy peut osier sa \ eitu : et d icille décoction, le malade en vsera à ses repas, el en Ire iceux s'il a soif.
le laisse ici à descrire qu'auparauant que le malade prenne de ladite décoction doit estre purgé et saigné selon l'aduis du docte Médecin , et s'il est en besoin : pareillement qu'il soit en vue chambre bien chaude en h) uer, et qu'il ne sorte nullement dehors :
et si c'est en esté , ne laissera d'aller quelquesfols à ses affaires La dose ou quantité de ladite décoction est de cinq à six onces, plus ou moins , bien peu llede, à fin que elle soit pluslost réduite de puissance à effet , et que par sa froideur actuelle l'estomach n'en fust blessé : et après le'malade sera couuerl médiocrement , à fin qu il sue : et où à grande difllcullé sueroit, la sueur lui seroit prouoquée par le moyen de bouteilles de terre, remplies d'eau chaude, mises à la planle des pieds : et autour des parties dou-
' Tout ce qui précède est extrait de La manière de préparer le gaïac, pages 7S à S2 du livre de Thierry. Il faut nolcr cependant que, pour ce qui concerna' l'addition d'antres médicaments , Paré émet une opininn absolument opposée à celle de son ami; Thierry considère en effet que, la vérole étant rarement une maladie simple, // ii'oi iiuperiimni démêler au gaiac d'autres reiné-» des qui satisfassent à tontes le» indications.
loureuses , on lui appliquera vessies à demy remplies de ladite décoction chaude : daboiidant deuaiit que le miîltrc au lit , on luy fiottera tout le corps aui'C linges chauds , à fin d'ouurlr les pores, attirer et subtilier les" humeuis.Quand il aura sué par deux heures ou enuiron , selon que les forces le permettront, on luy cssuyera premièrement les parties o; posites d<s douleurs, si aucunes en y a : puis (loiicenieiit les dolentes, pourcrainlç d'attirer dauantage dhumeiirs Cela fait, se rafreschira en son lit, euitant le froid, et deux heures après il pourra disner de bonnes viandes, et en petite quantité, selon sa nature et coustunie,et la puissance de sa bourse. Puis enuiron cing ou six heures après disner, prendra de la décoction, et sera mis au lit comme de.ssus. Et où le malade auroità desdain se mettre deu\ fois le iour dedans le lit, ou qu'il fust auciuiemcnl foible, il se pourra tenir chiiudement sans se coucher. Car en "orcs qu'il ne sue (les pores estants ouuerisj, ne laisse pourtant à se faire grande i xhalation des vapeurs et esprits venimeux et corrompus , comme il esl bien à croire :
veu que ceux qui couchent auec gens infectés de telle maladie, gaignent bien la verolle par la receplion des vapeurs venimeuses. 11 faudra qu'il conliniie les choses susdites, tant que Ton verra estre vtilepour la curalion de Geste maudite et détestable maladie. Par inlei ualle il sera lies expédient qu'il vse de quelques purgations, pendant qu'il prend ladite décoction , ou des clysteres, de quatre, cinq ou si\ iours, pour uelloyer les intestins et premières veines des e\cremenls recuits et desseii liés par la chaleur. La diele de gaiac est fort propre, principalement pour la cure
DE LA GROSSE VEROLLB
des nodus , d'autant qu'elle consomme rhumidilé superflue, et matière visqueuse imbue aux os. Or il faut ioy uoier, qu'aucuns empiri(|U('S dotuienl la decoclion laxaliue, ctroul suer tout ensemble : ce qui est corilre le précepte des anciens. Car à celuy qui sue beaucoup, le ventre; ne peut fluer : et s'il a le flux de a entre , ne pourra suer. Parquoy on ne doit ensemble purger et faire suer, d'autant que cesontdeux mouuemenlscontraires, comme i'ay dit cy dessus. Car la purgation attire de la circonférence vers le centre , et la sueur tout au contraire. L'usage de ladite décoction durera six sepmaines. plus ou moins, selon la grandeur de la maladie , et teniporamenl du malade, et le temps de Tannée II faut bien auoir esgard à bailler de ladite décoction discrètement , et à quelques-vns moins, comme à ceux qui ont grande chaleur au corps, et qui sont emaciés, et qui ont des scames et defedalions de cuir eslant sec et aride : qui denionstre vue grande adustion , et quasi incinération d(' toule riiabilude du coips , de peur qu'ilsnesoienl rendus ladres.
Mais au contraire il les faut plustost humecter et rafrescbir, tant par dedans que pai- dehors, auec bains, onguens, sans que le furet y entre, et autres choses pour tempérer la trop grande chaleur et siccité. Apres l'auoir ainsi tempérée, faut venir à la friction, et non à la décoction : toutesfois on luy en peut domier vn peu qui soit aqueuse douant la friction , pour tousiours d'auantage l'humecter'.
' Tout ce paragraplie offre une analyse ad[niral)lc de concision cl de ncllelé du long article de Thierry : Le Jemjw pour ( vsage de telle décoction, qui n'occupc pas moins de neuf pages (p. 82 à 91). Thierry s'i-lève aussi
Lors que le malade prend de la décoction , Ysera de viandes de bon suç en quantité médiocre : considérant qu(! la trop grande dicte aux maladies longues, est périlleuse. Or il est ainsi que ceste maladie est des plus longues, et leur faisant vser d'Nne trop cslroite diele, ils deuiennent emaciés et hectiques : et s'ils ont vlceres , se rendent quelquesibis rebelles et incurables. Parquoy le chirurgien ne doit chausser tous malades à vne forme, comme leur donner seulement trois ou quatre onces de pain (encores biscuit) dix ou douze pruneaux : mais vseront plustost de chair rostie , ou bouillie, selon qu'il sera nécessaire , comme ieunes moutons, veaux, chéureaux. connins de garennes , poulettes faisandées, allouelles grasses, merles, et leurs semblables : parce que le suc de telles viandes est meilleur, pour la similitude qu'il a auec nous, que cestuyde | runeaux. Leur pain doit est re de forment bien Icuéet bien cuit, ny trop tendre, ny trop dur. Leur boire sera de la seconde décoction de gaiac : et si le malade estoit trop débile, on lui donnera du vin , non trop forl,ny fumeux, mais petit et délicat , principalement après le premier trait de ladite décoction. Et quant au dormir, il l'euitera promptement après le disner et souper , parce que tel dormir remplit le cerneau de vapeurs , augmentant les douleurs. Faut euiler toutes passions d'esprit , à cause qu'elles enflambenl les esprits : à quoy luy seruira beaucoup passer le temps à quelque ( hose joyeuse, comme deuiser, iuiier des
contre ceux qui administrent à la fois et la décoction et les laxatif? ; mais il a trouvé dt grand effecl de donner de eçux-ci iom lut quatre, cinq ou ^ix jours. On voil que faré le suit trace à lrac«.
LF SEIZIEME LFVRE
instrumeus musicaux , aussi lire choses facétieuses. Il faut extrêmement fuir Venus, pour la debilitation des pardos ncrueuses '.
Plusieurs au lieu de eaiac vsent de l'esquine, qui est vue racine d'vn certain jonc, croissante aux Indes , fort noueuse, rare, pesante lorsqu'elle est récente, et fort légère quand elle est vie lie : laquelle lef^ereté demonstre n'estie bonne, ayant perdu sa vertu :
elle est sans odeur, dont quelques-vns tiennent qu'elle est sans qualité.
Préparation de l'esquine.
II faut la diuiser en petites pièces rondes, et la faire cuire en eau de fontaine , ou de riuiere : et d'icelle en boiuentlesmalades malin etsoir Elle doit eslre cuilte trois fois. La seconde et troisième décoction se doit faire auec moindre quantité d'eau que la première , ou doit bouillir plus iong^temps que la première, l'ayant fait plustost tremper l'espace de douze heures.
L'ordonnance est telle.
"if. Radie, cliyna' in taleos diuisœ, 3 . ij.
Aquap fonlis tb. xij.
Infundanlur per xij. horas, et decoquantiir dd consurnptionern tertiae partis.
Et de ceste décoction en faut prendre le matin la quantité de six onces à chaque prinse, vu peu tiède, et suer dedans le lit. La seconde décoction soit faite de la mesme racine qui aura
'Tout ce paragraptie est également analysé de l'article de Thierry •• Le re(jime en l'vsage de la décoction degaïac, p. 91 à 9G.
Thierry passe ensuite immédiatement à la seconde manière de curer par friction ; il ne dit rien de l'emploi de la squinc, ni de la salsepareille. Paré n'en avait pas fait mention non plus dans sa pren iére édition; et tout ce qui va suivre, à l'exception du dernier paragraphe,» été ajouté en 1679.
esté boiiillie : le patient en peut boire en ses repas et entre ses repas. Aucuns la font encore reboiiillir pour en faire une tierce décoction, qui ne peut auoir grande vertu.
De la salseparille se fait mesme décoction que de l'esquine.
"Le gaiac, l'esquine, et la salseparille, et autres prouoquans la sueur, ne le font seulement par leur chaleur, mais par leur qualité et ténuité de substance fondante, poussée par vn peu d'astriction 1.