‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 353 sur 511 · LE TEMPS DE LA FIIICTION · texte numérisé non relu

LE TEMPS DE LA FIIICTION

La friction se fera le matin , lors que la concoction et digestion sera parfaite , et l'estomach '^ et intestins deschargés , à fin qu'il ne se face

' Ce que j'ai dit du chapitre précédent convient presque absolunuml à celui-ci. Le titre est pris d'un article de Thierry, p. 150, et le texte en esta très peu près lilléralement copié, même quand l'are semble parler à la première personne. Pour donner une idée de l'empâunl. je noierai toutes les modilications que Paré a laites au texte do Thierry.

2 Thierry dit : et le ventricule.

subuersion d'icelle , et distraction des opérations de nature. Mais où nature serait dfbile , le patient pourroit vue heure deuant la fiiclion prendre quelque gelée, moyeu d'vn œuf, ou cinq ou six raisins de damas les pépins esians ostés', ou quelque consommé, et autre chose semblable de fa( ile digestion , et en petite quantité, pour n'empescher nature à la concoction diceux. Puis faudra commencer ladite friction aux articles seulement , comme des mains, coudes, espaules, pieds, et genoux. Mais où le palient sera fort , (;t où sera besoin plus fort esmouuoir, on en pourra appliquer aux emonctoires des parties nobles, et lelongde Tespine dorsale, auec prouidence et discrétion, euilant sur toutes choses les parties nobles (comme nous auons prédit en nos indications), à fin de ne faire comme ces malheureux, lesquels fiottent indifféremment tout le corps, depuis la plante des pieds iusques à la sommité de la tcsie. Et en ces frictions faut considérer la situation des symptômes : comme pour exemple, si les parties supérieures sont plus affectées, la friction sera plus copieuse en icolles . et ainsi des inférieures : mais il faudra prenùerement frotter les parties moins dolentes, pour ne remplir d'auantage les parties plus affectées. Pareillement faut noter, que tout ainsi comme les trop douces frictions ne font suffisante ouuerture des pores : aussi les trop fortes sont cause de les serrer, faisant douleur, commotion , et attraction en la partie : parquoy sera meilleur les faire médiocres , et nous arresler principalement sur la vertu et force du patient : estant cesleindi-

' Ces irotS,OK cinq ou six raisins de Damas, les pépins estant osiés , sont une addition de Paré.

DE LA GROSSE VEROLLE

cation la première et principale entre les autres.

Il y a encore vne autre chose , à laquelle il faut sur toutes autres auoir esgard , et qui est cause de tons les maux et recidiues qui siiruiennent aux affligés de cesie maladie : c'est la quantité des remèdes, et nombre des frictions : laquf^IIe ( auec la parfaite connoissance et gradation des temps de la maladie, et de la température des corps et parties) fait la médecine coniecturale et deuineresse , et y sont tous méthodiques et rationels bien empeschés. le vous laisse donc à présupposer comme un tas de vieilles et autres empiriques pourront limiter la quantité d'icenx? Et ne m'esmerueille plus si l'on voit, par expérience, vn nombre intiny de gens perdus à iamais. Suiuant doncques nos indications tant de fois répétées , il faut auec méthode et raison en approcher le plus que nous pourrons , et sçauoir quand nous cesserons lesâites frictions. loint qu'il n'est possible exactement descrire le nombre d'icelles , ou quantité dos medicamens. Il ne faut doncques , comme nos empiriques^ en donner (selon leur recepte ) aux vus quatre , aux autres cinq, aux autres six, ny plus ny moins, à l'vn comme à l'autre , pource qu'ils n'ont que vne forme pour chausser vn chacun : mais faut pour la grandeur et qualité de la maladie , et la nature des corps , les appliquer , en continuant iusques à ce que l'on connoisse suftisante eduction des humeurs vénéneux , soit par flux de bouche, de ventre, sueurs, vrines, ou resolutions insensibles : qui se connoistra par la dessiccation des pustules et vlceres , se-

' Thierry "avait écrit diqucK.

ir.

comme nox nmeifio-

dation des douleurs , et autres accidens communs à telle maladie.

Et où nous verrions qu'es corps solides et robustes Nature ne voudroit par la manière des frictions susdites s'esmouuoir,i'aypratiqué en aucuns*, qu'il estoit bon les frotter sur la fin deux fois le iour , vne au malin , et l'autre au soir , enuiron cinq ou six heures après le disner (parce que lors la digestion sera acheuée et ay trouué qu'elles faisoient trop plus d'action , que ne feroient trois par trois diuers iours : comme au contraire es corps délicats et de températures rares, i'ay laissé maintes fois (par mesme prouidence ) un iour entre deux frictions , voire deux, ou trois , de crainte que par les fréquentes ne se feist ti op grande resolution des esprits, et fust par conséquent nature rendue siimbecille (laquelle est principale agente en cecy) qu'elle ne peust nous aider à expugner et chasser hors ce qui lui est estrange et nuisible. Et faut noter qu'es dernières frictions, spécialement quand ils commencent à cracher, les corps sont tellement préparés à cause des précédentes, qu'vne fera plus que deux au commencement.

Pour ceste cause, ayant tousiours les indications deuant les yeux, faut considérer la nature et force des corps , et ( s'il est possible) no point donner plus d'vne friction, lorsqu'on verra nature esmeuë, soit par flux de bouche, de ventre ou autres des susdits : et seroit trop plus seur les faire à diuerses fois suiuant Galien en son liure De vente sectione , où il dit , que si la maladie est grande , et la vertu

' Il ne faut pas oublier que c'est le texte pur de Thierry, et en conséquence que les mots i'ay pratiqué , et plus loin i'aij troinié, l'ay laissé, ne se rapportent point à Paré.

LE SEIZIEME LIVRE

foible, il faut tirer du sang, non à vne fois, mais à plusieurs. Aussi Massa raconte vne histoire (l'vn qui estoil tout marasmi'', et desseici.é, auec extrêmes douleurs, lequel il pensa, estant quasi déploré d'vn chacun : et dit qu'après Tauoir fait frotter par quelques fois, il lelaissoit refociller et reprendre ses forces par aucuns iours :

et ainsi continua par si long temps, qu'il fut frotté trente sept fois, et fut guari. l'en ay veu traiter à aucuns de mes compagnons, et fait frotter plusieurs, quinze, seize, ou dix sept fois (laissant quelques interualles) et par après estre guaris y. Autant s'en doit faire es corps resouts et débiles : prenant toutesfois garde que les frictions ne soient par trop imbecilles, et en si petit nombre, que la cause ne fusl suffisamment touchée :

car par art et aide des medicamens , il se procure vne crise par le moyen de laquelle nature aidée et dominatrice, expelle et chasse le venin par les euacualions susdites : de sorte que estant la crise parfaite , il s'ensuit vraye ei entière curation.

Les signes de ladite crise sont inquiétudes telles, que debout ny couché les patiens ne peuuent se contenir, boire ny manger : et sont auec perpétuelles lassitudes, quasi iusques à syncope : toutesfois le pouls bon , fort et égal : il leur suruient des espreiules, iellanl par leurs selles quelque matière sanguinolente et visqueuse : puis au bout d'vn iour ou deux que iNalure commence à expel- 1er, et se deschargeant euacuer la cause du mal, auiant se diminuent tels accidens, et sentent allégement de toutes douleurs. Mais par rresire les remèdes suflisants, la crise de-

' Même remarque que plus haut toujours Tiiierry qui parle.

c'esl

meure imparfaite, et laisse tousiours quelqu(;s restes de ferment qui pourra corrompre toute la masse et engendrer recidiue de maladie , dont s'ensuiuront accidens pires que les premiers : et est cause qu'aucunesfois demeure caché ce leuain en vn corps, six mois, vn an, deux ans, dix ans, et plus'.

Aussi pareillement il faut bien se donner de garde que les medicamens ne soient trop violens ou indiscrètement appliqués, pour les grands accidens qui ont de coustume d'en aduenir : comme i'ay veu en plusieurs, qui par telles fautes estoient tourmentés et affligés en plusieurs et diuerses sortes ; les \iis ( par la trop grande violence des medicamens qui auoient colliqué et consommé l'humeur radical j estoient deuenus tabides : aux autres suruenoient vlceres sordides et putrides en la bouche , qui mangeoient et ron-

' Jusqu'ici Paré a copié exaclement le texte di' Thierry; dans cet endroit il commence par relrancher un passage assez long de l'auteur original. Voici ce passage:

« Qui faict doubler aucuns que cesle maladie soil héréditaire, comme lèpre, arlhrilis ;qui est maladie des articles , communément dicte gouttes natnrelles), epilepsie, néphrétique (qui est passion des reins), et, semblables, lorsqu'elles ont de couslume demourer cachées en vn corps , non seulement quelquefois dix ou douze ans, niais la vie d'vne personne fviuant de régime} sans qu'il s'en doute, et les enfants de luy en seront affligez : ce q^i n'est pas ainsi de ceste maladie : car on la voit ordinairement gue» rir auec les racines, et ne se voyent point recidiuer du père au filz (comme les précédentes, si ce n'est faulted'eslre traitez. »

A part cette suppression , Paré reprend le reste de l'ailicle, non plus cependant toutà-fait mot à mot, mais peu s'en faut. Il en faut excepter deux petites inlcrcalations que je noterai plus bas.

DE LA GROSSK VEROLLE

geoient vne bonne partie d'icelle , et de la langue : quelqucsfois se degeneroient iusques en gangrené et mortification, dont aucuns sont morts miserat)Iement. A aucuns ia langue s'est tellement enilée qu'elle remplissait toute la boucbe, ne pou uant manger, qui estoit cause de leur mort.

Es autres la colliquation esloit telle, qu'vn mois après leur iluoit la bouche , et iettoient continuellement humidité par icelle. S'ensuit aussi aucunesfois Ane déperdition ou deprauation grande de l'action des muscles qui font le mouuement de la mandibule infeiieure, en sorte qu'aucuns sont demourés sans iamais ouurir la boucbe que bien peu : autres ont perdu les dents aucc déperdition de la mascboire : qui est chose misérable, que par l'ignorance et asnerie de tels coquins, tant de personnes sans occasion languissent , ou misérablement périssent : attendu mcsmes que pour la connoissance qu'ont auiourd'huy gens rationels (plus que iamais) tant de la maladie que des remèdes , il est possible de les curer plus seurement, et auec moindre violence.

Lors qu'on craint le flux de bouche trop grand après deux ou trois frictions, faut purger le malade , selon l'aduis de Rondelet K

Semblablement il ne faut tousiours continuer les frictions iusques à ce qu'il se face flux de bouche ou de ventre , par-ce qu'il y en a plusieurs à qui iamais il n'aduient , encores qu'on les frotlast jnriniement(à quoy aide beaucoup la préparation précédente des humeurs ) : et à beaucoup d'iceux ( traités méthodiquement ) aide nature par les résolutions insen-

' Ce paragraphe n'est pas dii lexle de Tlnerry ; du reste il n'a été ajouté ici qu'en

sibles, ou flux d'vrine, auec quelque petit flux de ventre incité de nature, ou par art : et me suis fort bien trouué en tel cas leur fai: e vser après par quelques iours d'une décoction de gaiac le matin , aucunement laxatiue, pour la nature de l'humeur. Et si le corps est plein et abondant en humeur cras , lent et visqueux , i'y adioustedu vin blanc parmy. Mesmes le l'ay veu aussi préparé auec vin seul , profiter à des gens , voire bilieux et marasmes.

S'il suruient dysenterie après les frictions, il faut bailler clysteres ausquels y entre bonne quantité d'axonge de porc, à fin de tenir et adoucir l'acrimonie du médicament qui a causé la dysenterie. Aussi le lait en tel cas est souuerain , deleié auec theriaque récente *.

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