CHAPITRE XIII
DE LA TROISIÈME CVRATION PAR CEROI- NES , OV EMPLASÏKES , VICAIRES DE LA FRICTION 2.
Pour ce que plusieurs abhorrent le nom et l'vsage de la friction faite auec lesdifs onguents, on a pratiqué l'admotion des ceroines , ou emplastres , lesquelles sont vicaires et tiennent les lieux des frictions , excepté seulement qu'elles sont plus tardiues:
et non seulement doiuent estre pra-
' Ce paragraphe final n'appartient pas non plus à Thierry; mais il se lit dijà dans l'cdilion de 1575.
- Ce chapitre est, comme le précédent, ou extrait ou copié littéralement de l'article de Thierry de Héry, intitulé : Des cooiius ou emplaslres vicaires de la friction, pag. loS à 167. Il y a ce|)endant, comme dans le précédent, quelques petites intercalât ions.
liquées et vsitées en ce fait, celles qui sont (lescrilcs par de Vigo , mais aussi (comme nous auonsdit des frictions) celles qui sont composées de choses plus ou moins anodynes,emollienles, incisiues, resoluliues, ou desiccatiues, pour la nature des symptômes ou accidens, aussi des humeurs qui doiuenl estre vacués, et autres indications susdites, sans oublier Fargent- vif pour alexipharmaque contre le venin, cause de la maladie. Par vue transpiration insensible par sueurs et llux de bouche , elles miliguent les douleurs , et resoluent les nodus et autres duretés.
Au lieu de l'emplastre de de Vigo on peut vser de ceste cy ' :
Hf, Massie emplastri de melilolo el oxycrocei ana ft. G .
Argent! viiii cxliiicti 5 . vj.
Oleo laurino et despica.
Reducantur ad formam emplastri.
Lesdils emplastres sont de grand effet, pource que demourans continuellement sur les parties, leur action est aussi continuelle : etdoiuent estre appliqués spécialement aux recidiues, et où les humeurs sont gros, visqueux, et adherans aux parties profondes, el difficiles à éradiquer : parce quelles bcsongnent et font leur action plus lentement , et auec moindre violence que iie font les frictions : de sorte que nous sommes maintesfois contraints sur la fin desdifs emplastres donner quelques frictions, pour inciter nature à plus prompte euacuation. Nous les auons aussi quelquesfois appliqué à des natures où les humeurs estoient tellement
' Ce paragrai)he, avec la formule qui le termine, n'est pas du texte deTliierrv; mais on le lit déjà en 157.^. .
LE SEIZIEME LIVRE
préparés, qu'au bout de deux ou trois iours elles avoient fait action suffisante pour la consomption de la cause de la maladie : e, fallait les oster, autrement eussent fait colliquation , et les mesmes accidens que nous auons dit delà friction violente •et trop copieuse. Pour ce faut auoir mesme iugement à les oster , comme nous Tauons dit en la friction.
Les emplastres se doiuent estendre sur du cuir vnieraent, elles appliquer à lenuiron des articles , et mesmes lieiix des frictions '. Les autres couurenl tout le bras depuis la main iusqu'àl'espaule, et lesiambes depuis le dessus du genoiiil iusqu"à l'extrémité des doigts : mais à l'endroit des articles, ie voudrois estendre l'emplastre vn petit plus espais. Et faudra les y laisser iusques à ce que nature, aidée par le moyen de la crise susdite, face educlion ou euacuation des humeurs corrompus de ce venin, comme nous auons déduit parlant des frictions. Et faut aussi les augmenter ou diminuer suiuant, les intentions susdites.
Et où en l'vsage d'icelles suruiendra prurit ou démangeaison , lors faudra leuer les emplastres, et fomenter les lieux auec vin chaud , y adioustant /7orf.< chamœtyieli, meliloti, rosarum, et semblables, pour résoudre ce qui est cau.se dudit prurit : lequel cessé , laudra les y remettre.
Aussi pour euiter ledit prurit, pourrez couurir les emplastres de quelque taffetas, ou linge délié appelé crespe'^,
' Voyez le chapitre 28 De la composiiion des vu'dicautenx. — A. P. — Celte note n'est pas dans l'ouvrage de Thierry, bien que le texte auquel elle se rattache soit liltéralemeut celui de Thierry même.
3 Thicrrv dit seulement : ou Unqe délié.
DE LA GROSSE VEROLLE
à fin de garder qu'ils ne s'attachent, ou adhèrent au cuir pour empescher la transpiration.
Les effets d'iceux emplastres sont tels que des frictions , et font crise quelquesfois par resolution insensible, flux d'vrine, flux de ventre : mais le plus souuent par flux de bouche , qui est bien le plus certain. Doncques au moyen de l'opération faite par l'application des emplastres, et aussi de la friction ( incitant le flux de bouche susdit ) sont procréées vlceres virulens et sordides par l'acrimonie des humeurs malings et corrompus de ce venin adherans aux parois de la bouche : qui fait érosion, et s'augmente autant comme l'humeur acre continuellement passant les abreuve.
Et pour empescher leur augmentation, et le grand flux de bouche, faudroit vser souuent de clysteres remollitifs seulement , pour empescher les humeurs des parties inférieures de ne monter aux supérieures : qui seroit cause d'augmenter le flux sans vtilité, spécialement au commencement d'iceluy , et lors que les humeurs se commencent à esmouuoir et se fondre. Aucunspour la mesme intention donnent au malade médicament purgatif à l'heure du mouuement des humeurs, à fin de les euacuer par les selles, et euiter lesdits vlceres de la bouche : qui n'est toutesfois la voye plus certaine.
La curation de tels vlceres est différente des autres, parce que nullement doiuent estre reprimés , ou repercutés, encore que soyent enflammés : mais peuuent estre tempérés auec gargarismes anodins , pour leur diminuer l'ardeur, et défendre par ce fréquent lauement que les humeurs gros et visqueux ( adherans aux parties internes de la bouche ) n'augmen-
tent les vlceres : à quoy est bon l'vsage de la décoction d'orge , lait de vache tiède tenu dedans la bouche :
aussi mucilagines sein, maluœ , alth.
psUlij, lactucœ^ lini,extractœ inaqua hiirdei , maluœ vel parietariœ : lesquels tenus en la bouche adoucissent les vlceres, et empescheut les humeurs d'y adhérer. Pour le commencement , il se faut garder d'y appliquer choses fort detersiues, parce que la plupart des medicamens détersifs ont quelque acrimonie qui pourroit causer douleur , et si les vlceres estoient nets et detergés , pourroient par ceste acrimonie de tels remèdes estre irrités d'auantage.
Etpource faudra au commencement, et pendant le flux, se contenter de l' vsage des choses susdites, empeschant que la sordicie et corruption n'augmente : pourueu toutesfois que lesdits vlceres ne fussent trop violens :
car où par la véhémence des medicamens , ou deprauation de nature , le flux seroit extrême , et rendroit la bouche et les ioiies si tuméfiées que par trop grande replelion les esprits ne peussent reluire , il se pourroit ensuiure une gangrené , comme aucunesfois adulent. En ce cas , nous sommes contraints de laisser la proprecure poursuruenir aux accidens :
et pour ce faire, nous vsons de medicamens refrenans, comme est, ilecoctum hordei, plantag. solani, polygoni, bursœ past. etc. cum syr. ros. violar.
nymphœce^ cydoniorum , berberis, granatorum.) etc. Aussi comme sont mucilag. et decocta s<m. lactucœ, psyllij, cydoniorum, plantag. cucumer. melonum,papaucris albi\hy(>scyami albi, etc.inaquis hord. ros. plantag. solani, nymphœ, caprifoUj, etc'.
' Paré a ici passé sons silence un passage
LE SEIZIÈME LIVRE
FautpaieilItMnenl faire esluues seiches, auec choses chaudes, desiccaliues, et roboranles, à On qu'estans les sueurs proiiocjuées par romierture des pores, le trop grand mouuement de la nature soit relire '.
Lors donc qu'on verra le flux diminuer, l'on pourra adiouster auec les
de Thierry qui n'est pas cependant dépourvu d'inlérèt ;
a Et d'.iduantage pour reuoquer et réprimer le flux, nous vsons de frictions aux extremitez auec la main ou linge moyennement chaulx , nous appliquons ventouses sur la région des espaules et fesses: et faisons emplastres de mastic ou semblable, qui comprend entièrement tout le ceruix et à l'entour du col : pareillement sur les artères .des temples : il est bon aussi de couper les cheucux, ely appliquer choses pour desseicher et roborer le cerueau, comme sachetz faictz de cypei-its, calamus aromnlicus, etc. »
' Ici encore Paré a retranché un passage de Thierry bien plus curieux que le précédent :
« Or, ou ce mouuement prouiendroit de la force des médicaments, et trop grande quantité d'argent vif, i'ay en ce cas noté vne chose, en laquelle i'ay Irouuo vn merueilleux effetit : c'est que Je patient vse de choses dorées, soit auec fueilles d'or (qu'on peull mesler auec ses viandcsl ou auec petis grains d'or creux , en la (auiié desqueiz soyent mises choses qui ayeiit vertu de roborer les parties nobles : comme thcrinca, coiiffclio (lemituo, allzernies, et autres confections cordiales : ces grains ainsi auallez, et mis dedans l'estomach, Hz ne fauldrontà attirer ce qu'il y aura de la faculté de l'argent vif de toute l'habitude du corps, et se congoislra quand ilz seront rendu/ par les selles, pource que lors ilz apparoisiront blancz comme s'ilzauoyent esté frottez d'argent vif. l'U voyla le moyen conmie le flux Incité par l'action d'iccluy pourra infalliblement estre euacué et diminué... »
Je saule le reste, qui offre beaucoup moins d'intérêt.
y arcrari.'-nies susdits, quelque peu de syvo]). eœ rog. siccif, mel. rt s. diamorrlion,dianucum , et semblables, pour doucementdeterger.Eloùon voudroit dcssciclier les vlceres , on pourra les toucher auec eau alumineuse.ou eau des alkemistes corrigée et adoucie, comme celle qui aura ja opéré (qui est bleiie ) eau de sublimé , ou autre faite auec choses desiccatiues : lesquelles en peu de temps les desseicheront , ioint que lors on pourra vser de gargarismes desiccatifs aucr quelque astriction : adioustés auec les eaux prédites, ex ros. plantagine, solano^polygonOf bursa et virgapast. cynoglosso , les simples qui s'ensuiuent, balaust. rosœ rub. tnyililli , sumnch , alitmen, acacia, berberis, gallœ, malicoinim, et semblables.
11 faut noter que le flux de bouche ne cessera iamais iusques à ce que les vlceres des genciues et de la langue .soient consolidées et cicatiisées.
Parlant, elles seront touchéesde l'eau desublimé, oudecellequi aura serui aux orféures, qui ont puissance d'arrcsler la putrefaclion et corrosion '.
Pendant lellux, il faut restaurer et nourrir les patiens auec viandes propres , lesquelles seront liquides , de bon suc , et de facile concoction : attendu lors qu'il ne leur est possible de mascher, et que nature est débile, et diuertie ailleurs à l'expulsion de ce qui est estrange : ioint aussi la grande résolution qui est faite des vertus , tant par les grandes douleurs précédentes,inquiet udesnocturnes,comme pendant le flux de bouche : ejitre autres ils pourront v.ser d'œul's mollets, potages faits auec moyeux d'œufs, orge mondé , consommés faits auec
' Ce paragraphe n'est pas du texte dt Thierry. Il n'a été ajouté ici qu'en 1686.
DE LA GROSSE VEROLLE
extremifés de veau et quelque volaille sans sel, g^eiée,espreintes, coulis, et semblables : desquels ils vseront peu et souuent, ayans à chacune fois laué et nettoyé la bouche. Pareillement vseront de décoction de gaiac, aromatisée cum cinamomo, ou de vin vieil bien meur, clairet et subtil, auec eau d'orge : si on veut leur donner vn boire plus nourrissant, pour autant qu'Us ne mangent rien de solide , on pourra leur faire tremper de la mie de pain blanc bien leué auec du vin prédit , puis l'exprimer pour mesler de la substance du pain auec le vin, qui le rendra plus nourrissant, et luy diminuera son acrimonie : autrement faire tremper du pain chaud auec du vin par l'espace d'vne nuit , puis le faire distillerm balneoMariœ : le commencement de la liqueur qui sorlira sera quelque peu forte : mais l'autre sera douce, et d'icelle pourra mesler parmy son vin, qui le refocillera et nourrira.
Aussi où pour les grandes euacuations le patient seroil fort débile , ou syncopiseroit,onluy pourroit donner à sentir bon vin bastard , maluoisie, hippocras, eau rose , vinaigre rosat, et auJrcs telles choses pour restaurer les esprits : toulesfois faut obseruer la nature da patient, et s'enquérir diligemment si ensanlé il les a appelés ou non : pource qu'autrement telles choses luy pourroient pluslost nuire qu'aider , les ayant en horreur. Sur toutes choses ne faut négliger son ventre, et où il s'endurciroit,doitvser de clysteres, lesquels seront d< ux et lenilifs : parquoy est bon auoir l'aduis du médecin.